Eli et l’alliance brisée

Éli était un sacrificateur de Dieu, et son ministère s’exerçait à Silo, là où Josué avait dressé le tabernacle de l’Eternel.

Durant de nombreuses années, la ville de Silo fut la capitale et le lieu d’adoration des enfants d’Israël, bien avant Jérusalem, et l’arche de l’Eternel reposait là.

Eli était un homme pieux, qui jugea le peuple pendant 40 ans; à cette époque, un tel sacrificateur exerçait des responsabilités comparables à celles d’un véritable gouverneur, une autorité spirituelle indiscutable, qui étendait son influence dans la sphère politique d ela société.
Cet homme connut une trajectoire irréprochable durant un long temps, mais fut sur un point gravement déficient vers la fin de sa vie : il manqua de fermeté à l’égard de ses fils qui étaient sacrificateurs comme lui, et dont la conduite était répréhensible. Ils «entraînaient à la transgression le peuple d’Israël» [2/24]. Cette coupable tolérance révéla en fait qu’Eli ne défendait plus vraiment cette Loi qu’il avait la charge de protéger et d’enseigner.
A cause de cette injustice, toute sa famille fut entraînée dans l’humiliation, mais aussi – et ce qui est plus grave – l’ensemble d’Israël.

Dans une prophétie qui lui fut un jour adressée [1 Samuel 2/27 et 3/11], Dieu remit en question l’Alliance dont Eli était le bénéficiaire, (celle du sacerdoce et de Ses serviteurs sacrificateurs) et annonça la mort des fils rebelles, ainsi que la défaite du peuple tout entier.
Puis, dans le même temps, l’Eternel suscita Sa réponse spirituelle, face au déclin du témoignage de Sa Parole (représentée par Son serviteur); une semence cachée, mais dans laquelle Il plaça la potentialité de Son Esprit : un enfant, du nom de Samuel.
La réponse divine s’exprima donc par un instrument petit et faible. Nul en effet n’aurait choisi un enfant pour succéder à la maison d’Eli. Mais Dieu le fit. Ce petit commencement, l’Eternel l’a cueilli dans la terre du renoncement du coeur d’Anne, la femme qui était stérile [1 Samuel 1/11].

La fin de l’histoire va se précipiter à l’occasion d’une guerre qui éclate brusquement avec les Philistins; tout le peuple d’Israël part alors au combat, mais c’est une défaite cuisante; les fils d’Eli sont tués, et l’arche de l’Alliance capturée.
En apprenant la mort de ses fils, Eli ne bronche pas; mais lorsqu’il entend que l’arche est capturée, il tombe et meurt, le cou brisé. C’est incontestablement le signe qu’il avait conservé une échelle des valeurs qui était juste, et que l’oeuvre de Dieu était prééminente pour lui, bien qu’il n’ait pas trouvé la force de confirmer ce choix.
Eli avait été au cours de sa vie un serviteur fidèle et consacré, et il avait prononcé la Parole de Dieu pour son peuple; mais sa fin ne fut pas conforme à son commencement.
Tiraillé entre sa fibre paternelle et sa vocation, entre la nécessité de pérenniser son sacerdoce et l’obéissance à Son Maître, il ne pouvait se résoudre à intervenir et à sanctionner ses fils, fut-ce pour la cause de Dieu.
Nous le voyons «trembler pour l’arche» [4/13], mais cependant pas devant le Dieu qui y résidait, pour Lui obéir.

Pour Eli, les choses de Dieu passent donc avant la volonté de Dieu, signe qu’il ne considère pas que «l’obéissance vaut mieux que des sacrifices», comme cela sera révélé à Samuel, son successeur [1 S. 15/22].

La prise de l’arche par les Philistins signifiait également que Dieu avait choisi d’abandonner Silo, lieu de culte de l’époque.
Par cette défaite lourde de sens, une page de l’histoire d’Israël était tournée brutalement. Désormais plus rien ne serait jamais comme avant, dans la manifestation du Témoignage de l’Eternel au sein de Son peuple.

Lorsque plus tard l’arche reviendra, signe du retour de la présence de Dieu, elle ne retournera pas à Silo, et le peuple passera d’un ministère de Juges et sacrificateurs à un ministère prophétique (celui de Samuel).

La vie d’Eli s’achève donc comme un bateau qui file sur son erre, lentement et inexorablement, vers une issue qu’il a comprise à l’avance, et qu’il ne fait rien pour éviter.
Ce n’est pas un petit détail de noter que vers la fin, ses yeux commencèrent à être «troubles» (3/2), et que jusqu’au terme de son existence, «son regard fut fixe», aveugle (4/15).
C’est l’image d’une vision spirituelle déclinante, sclérosée, éteinte.

Eli fut jugé parce qu’il ne répondit pas à l’Alliance de l’Eternel par sa propre alliance, au moment de sa faiblesse. Là où Asa, roi de Juda, n’hésita pas à déposséder sa propre mère du gouvernement et à lui ôter sa dignité de reine [2 chroniques 15/16], Eli fut passif et ne fit rien pour écarter ses fils avilis du service de l’Eternel.

L’histoire d’Eli nous enseigne (entre autres choses) qu’accepter l’Alliance de Dieu ne nous dispense pas d’y répondre, dans une démonstration de notre amour pour la vérité; et nous découvrons que cet amour, cet attachement à la pensée de Dieu a quelquefois un prix, car il se peut que nous soyons amenés à prendre position contre nous-mêmes … afin de demeurer en Jésus-Christ.

article de Jérôme Prekel/paru dans le n°19 du Sarment

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