Géostratégie spirituelle

Une réflexion à propos d’un courant de pensée qui circule dans le corps de Christ, à propos des esprits territoriaux. Brièvement, il est incontestable à cause de la vision de Daniel, rapportée dans le livre du même nom, que des esprits, puissances et dominations, agissent dans les lieux célestes et sur la terre. Ce qui pose problème réside davantage dans l’affrontement et la gestion de cette réalité spirituelle. Certains pensent qu’il faut s’en tenir à ce que la Bible dit à propos du combat spirituel contre les puissances de méchanceté (c’est-à-dire peu de choses en définitive au plan tactique), et d’autres estiment devoir entrer dans une confrontation directe, dont l’enjeu serait territorial : un esprit identifié, une puissance liée et chassée, une domination territoriale vaincue, et c’est tout un quartier, une ville, une région, un pays qui peut être délivré ou connaître un réveil.

On enseigne donc, ici ou là, aux enfants de Dieu à monter sur les montagnes afin d’y prier, lier, afin de louer, parler aux puissances, commander aux esprits, pour qu’ensuite des régions entières en soient libérées. C’est un peu plus complexe que cela, évidemment, mais c’est l’idée globale. Il est mis en avant une guerre spirituelle entre les anges et les démons, non seulement dans les lieux célestes mais aussi sur la terre, entraînant les chrétiens dans une lutte pour reprendre des territoires, maison, ville, région, nation.
Cette vision du combat spirituel, qui s’inscrit dans la mouvance de la troisième vague, appelée aussi « le royaume maintenant », trouve de multiples points d’ancrages dans le christianisme évangélique. Sans avoir la prétention de traiter entièrement ce que certains appellent le mapping spirituel, je voulais proposer une pensée alternative abordant la question sous l’angle des « lieux élevés ».

UNE AUTRE VISION DES LIEUX STRATEGIQUES

« Quand je les introduisis dans le pays touchant lequel j’avais levé ma main de le leur donner, ils ont regardé toute haute colline et tout arbre touffu, et là ils ont offert leurs sacrifices, et là ils ont présenté la provocation de leur offrande, et là ils ont placé leurs parfums agréables, et là ils ont répandu leurs libations » (Ézéchiel 20:28, voir aussi 6/13).

Nous avons ici et dans de multiples endroits, une description des pratiques ancestrales des peuplades superstitieuses locales, qui pensaient ainsi être plus près du ciel et donc mieux entendues, plus fortes. C’est là qu’on dressait son « dieu », c’est là qu’on le priait. On retrouve la même pensée avec la confusion de Babel « faisons-nous une tour qui atteigne jusqu’aux cieux » (jusqu’à la sphère céleste, là où se trouvent les puissances qui sont sur-naturelles), démarche qui s’inscrit dans la continuité d’une autre pensée instillée en Eden : devenir comme Dieu, parvenir à son niveau, être son égal.

Les hauts-lieux ont toujours été regardés par Dieu comme des vecteurs de superstition et de faux cultes (66 références exclusivement dans l’Ancien Testament), mais JAMAIS Il ne crédite la thèse que ce sont des sites spirituels privilégiés (de son point de vue). Vous ne trouverez pas cette pensée venant de l’Eternel. En revanche, ce postulat se retrouve TOUJOURS du côté de la superstition et de l’idolâtrie, c’est pourquoi les satanistes relaient encore aujourd’hui ces pratiques. Ils sont les dignes descendants de la semence spirituelle de l’iniquité. Mais ce sont des pratiques de mensonge, qui reposent sur des superstitions qui n’ont aucun fondement biblique, nous ne sommes donc pas appelés à les imiter. L’Église Christ tomberait bien bas en prenant pour modèle ces exemples navrants, cédant un peu facilement à la pression de l’énergie d’erreur qui est désormais répandue sur la terre habitée (2 Thes. 2/11).

UNE SÉDUCTION APPAREMMENT LUMINEUSE
Copier ces pratiques serait éminemment dangereux pour notre foi, car on peut parfaitement imaginer que les puissances de méchanceté – dont la réalité n’est pas à démontrer – voyant le peuple de Dieu se fourvoyer dans une voie idolâtre, seraient parfaitement fondées et disposées à produire certains effets afin de mieux les tromper. Car il existe bel et bien des prodiges mensongers (2 Thes. 2/9, Marc 13/22), et l’Église ferait bien de se pencher sérieusement sur cette question. Comment les définir ? Comment les reconnaître ? La proposition du bon sens est de continuer de se fier à la Bible, de lui conserver notre confiance, et lui redonner autorité pour éclairer nos expériences ; puis, apprendre à séparer le prodigieux du merveilleux, car c’est bien là que beaucoup tombent dans la confusion. Certaines apparitions plus que douteuses (mariales par ex.) seraient à ranger dans une catégorie de mensonges spirituels prodigieux, mais qui ne rendent pas gloire et honneur à l’oeuvre de Christ, et à l’ensemble de la révélation des Écritures, mais conduisent les croyants dans des comportements sectaires. Le Seigneur est merveilleux, et ses oeuvres sont merveilleuses, parce que tout est en harmonie avec l’ensemble de la Révélation : « la somme de ta Parole, C’EST CELA, la Vérité » (Psaume 119).

Dieu n’est pas le Dieu des montagnes (1 Rois 20/23), Il est le Dieu de l’univers, et nous sommes ses enfants. Notre théologie n’est pas de nous situer ici ou là sur la terre en des pseudo-positions de force, car nous sommes (déjà) assis dans les lieux célestes avec Christ (Ephésiens 2/6). Croire qu’il est besoin pour mieux prier de nous élever reviendrait en fait à nous abaisser ( !) spirituellement. Notre combat contre le mensonge et l’erreur est au moins aussi important que celui de propager la Vérité, et il nous faut apprendre à résister à ces soit disant révélations qui ne sont pas en accord avec la Parole de Dieu, « il est ici ou il est là » (Luc 17/23), si toutefois nous pensons encore que la Bible fait autorité sur les expériences spirituelles, même si elles émanent de personnes influentes.

Les chrétiens qui suivent ces exemples d’inspiration occulte font la démonstration que la Parole de Dieu est faible en eux, et que la portée céleste de l’oeuvre universelle accomplie est courte. Cela ne signifie nullement qu’il ne soit pas nécessaire de combattre spirituellement, car le sujet de cette réflexion ne concerne que la tentation des combats géo-stratégiques. De même que nous ne sommes pas appelés à adorer ici ou là (Jean 4/20), notre efficacité dans la prière n’est pas supérieure dans une église (pour l’adoration), sur une montagne (pour les principautés), dans la nuit (pour les esprits de nuit), armés d’une trompette, etc.

Même Daniel dont l’histoire est suremployée dans ce genre de débat, n’a eu qu’à se tenir dans le jeûne et la prière – et non pas à s’attaquer au prince de Perse. Se servir de cette histoire biblique pour justifier l’engagement de l’Église contre les principautés est un abus et une authentique déviation. Le combat de Daniel était de se tenir devant Dieu en regardant à Lui, le reste étant le travail des anges, la sphère de l’Esprit. Le fait que Dieu soulève un peu le voile, et nous montre que des dominations sont sur les pays, ou que des anges « portent » les fameuses 7 églises de l’Apocalypse n’est absolument pas une invitation à traiter nous-mêmes avec ces personnages. En aucune façon ce n’est la vision biblique néo-testamentaire.

D’une manière objective, on peut considérer que l’invitation à prier sur des lieux élevés peut être tranquillement regardée comme bibliquement fausse par les enfants de Dieu. Les témoignages d’expériences personnelles (abondants et contenant toujours du surnaturel) ne peuvent ni ne doivent égaler (voire dépasser, ce qui est pire) en crédibilité le modèle biblique qui nous a été laissé, notamment dans le Nouveau Testament. Il est intéressant de noter que ces théories, qui semblent vouloir nous dévoiler les ressorts cachés du monde des ténèbres, et nous en donner des clés, sont défendues par des ministères ou des personnages qui sont souvent issus de l’occultisme ou de la sorcellerie.

«Et l’Eternel me dit dans les jours du roi Josias: As-tu vu ce qu’a fait Israël, l’infidèle? Elle s’en est allée sur toute haute montagne et sous tout arbre vert, et elle s’y est prostituée » (Jérémie 3:6, voir aussi 2/20).

En montant sur les montagnes, l’Israël infidèle va aux faux dieux, c’est vrai – et cela ne paraît pas directement assimilable au phénomène dont nous parlons ici – mais cette remarque attristée de Dieu ne concerne pas « simplement » l’adoration portée à de faux dieux. Certes Israël se prostitue avec les idoles des peuples environnants, mais aussi avec des importations cultuelles QU’ELLE MELANGE au culte de l’Eternel, comme par exemple le roi Achaz qui ajoute un autel vu à Damas (2 Rois 16/11), ou alors en invoquant l’Eternel à la manière des idolâtres, avec les danses des idolâtres, la musique des idolâtres, les rites sacerdotaux des idolâtres. C’est le chemin par lequel Salomon s’est perdu, malgré la sagesse du Saint-Esprit qui était en lui. On continue de servir l’Eternel, de faire les choses dans l’intérêt de l’Eternel, parfois même en « craignant l’Eternel », tout en polluant le chemin de la Vérité ; et on ne se rend même plus compte que Dieu n’est plus là :

2 Rois 17:32
Et ils craignaient l’Eternel, et se firent d’entre toutes les classes [du peuple] des sacrificateurs des hauts lieux, qui offraient [des sacrifices] pour eux dans les maisons des hauts lieux: ils craignaient l’Eternel, et ils servaient leurs dieux selon la coutume des nations d’où ils avaient été transportés.

Cette question d’un mélange des genres, et de la confusion qui en résulte est tout à fait centrale aujourd’hui. Dans ce verset, deux choses parfaitement incompatibles à nos yeux cohabitent néanmoins dans le cadre-même du ministère, ce qui prouve la crédibilité de la séduction spirituelle. Pour incroyable et inconcevable que ce soit, ces cas sont néanmoins vrais et ils nous sont rapportés pour notre avertissement et notre enseignement. On peut donc mélanger « crainte de l’Eternel » tout en servant d’autres dieux. Le dénominateur commun étant toujours le mélange, en opposition avec la séparation.

Il serait sans doute difficile d’entraîner aujourd’hui le peuple de Dieu dans une impiété directement idolâtre, l’amenant à invoquer UN AUTRE DIEU. Cependant, d’une manière subtile, les partisans des théories spirituelles d’altitudes enseignent à établir indirectement une relation avec les puissances, en s’adressant à elles, en parlant à la terre, à la lune, aux arbres, à la création, et en donnant des ordres à cette création, à la manière de Dieu. C’est la pensée de la « troisième vague » qui prétend que l’Église doit entrer dans une autorité renouvelée, absolue, totale, afin que le royaume de Dieu s’établisse maintenant sur la terre. C’est un chemin attirant, séduisant, et beaucoup de fils et filles de Dieu qui étaient appelés à briller comme des étoiles dans le ciel (Daniel 12/3) sont entraînés dans le sillage d’un ange de lumière qui déforme (encore) la Parole de Dieu, et les fait chuter dans le terrestre (Apocalypse 12/4).
On invoque pêle-mêle Josué parlant au soleil et à la lune, Élie appelant la foudre pour tuer des hommes et Jésus maudissant le figuier ou faisant cesser le vent, pour étayer ces nouvelles « révélations ». Pour incontestables qu’ils soient, ces exemples n’en sont pas pour autant des enseignements. Il est important de remarquer que 20 siècles de christianisme n’en ont pas fait état. On peut difficilement imaginer Finney, Studd ou Hudson Taylor, Müller, Spurgeon, Pierre, Paul, Etienne, demander au soleil ou à la lune de faire quelque chose pour eux. Le même Élie aurait pu répéter le même prodige à l’égard les prêtres de Baal, mais le prophète a plutôt prié l’Eternel que le feu descende sur son autel, et c’est au fil de l’épée qu’il a égorgé tous les sacrificateurs de Jézabel et non en les vouant à la foudre. Élie ne s’est pas autorisé non plus à commander à un nuage de venir mettre un terme à la sécheresse (1 Rois 18/44), pas plus qu’il ne s’est adressé aux corbeaux pour établir son menu (1 Rois 17/4). Et on sait ce que Jésus a répondu à ses disciples proposant d’appeler le feu du ciel sur un village hostile à l’Évangile (Luc 9/55)…

RAPPEL
Il est bon de se souvenir qu’une des méthodes d’égarement les plus couramment employées par l’ennemi consiste à pousser le croyant à dépasser les limites, et à le faire s’aventurer trop loin : « si tu es réellement un Fils de Dieu, alors COMMANDE A CES PIERRES de devenir du pain » (Mat. 4/3).
Les fils et filles de Dieu peuvent donc être entraînés à tenter des expériences qui font effectivement partie d’une certaine réalité spirituelle, mais qui, pour Dieu, ne font pas partie de son plan ni de sa volonté pour nous.

UN DERNIER ARGUMENT
On avance l’argument ultime : « dans les derniers temps, la connaissance augmentera » (Daniel 12/4) pour justifier bibliquement que Dieu aurait prévu de nous emmener au-delà du cadre protecteur des modèles bibliques, et en sous-entendant qu’il s’agit justement de cette connaissance spirituelle qui permettra aux enfants de Dieu de marquer leur avantage sur le Mal.
Mais ce n’est pas de NOUVELLES REVELATIONS dont les chrétiens ont aujourd’hui besoin, mais de VIEILLES REVELATIONS. Nous avons besoin de la nourriture et de l’onction des disciples, des prophètes, des héros de la foi qui n’ont pas gravi des montagnes pour lier des esprits, mais qui ont accepté avec joie l’enlèvement de leurs biens, et qui n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort.

Plusieurs versets du Nouveau Testament nous disent que dans les derniers temps, la FOI reculera, et l’amour du plus grand nombre se refroidira. Face à ces prophéties, à quoi donc pourrions-nous assimiler cette fameuse connaissance augmentée des derniers temps ? DE TOUTE EVIDENCE PAS A LA CONNAISSANCE DE DIEU, et c’est bien dommage. Mais alors ? Une meilleure connaissance du catalogue des séductions religieuses ? Une meilleure connaissance du péché, pour mieux s’en séparer, ou de l’Homme tout simplement ? Une meilleure connaissance de la Croix ? De la repentance ? Je pense qu’il faut revisiter certaines théories, au profit d’un véritable réalisme spirituel, en rendant à la Parole de Dieu sa vraie place : au sommet, élevée au dessus de tout.

(A propos du mouvement du Royaume Maintenant, voir le message de David Wilkerson : http://sentinellenehemie.free.fr/wilkersondavidw14.html)

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