Nehushtan !

Il y eut un jour un instrument de Dieu puissamment béni, et dont l’Eternel se servit pour une mission particulière.
Un certain temps passa, pendant lequel ce « ministère » jouit de son aura. Puis Dieu décida de passer à un autre moyen de bénédiction. Celui-ci avait fait son temps.
Bien peu envisagent cette éventualité : de laisser à Dieu le soin de fixer – s’Il le souhaite – l’interruption ou la fin d’un «ministère». Nous sommes prophètes, envoyés, instruments, ad vitam, qu’on se le dise. Quid de Jonas, Agabus, et tous les «acteurs d’un jour» biblique ? Bref.
Il se trouve que l’instrument en question continua d’être sollicité, avec déférence, par ceux qui voulaient voir encore en lui le même vecteur de la grâce divine.
Son influence continua donc d’être importante, pendant une durée assez longue, compte-tenu du fait que la puissance l’avait quitté depuis belle lurette. On lui parlait encore avec respect, on l’appelait «instrument de Dieu», on le consultait, on l’entretenait, on le vénérait.

Puis un jour, un roi s’est levé, clairvoyant, et inspiré. La religion et la tradition avaient moins de prix à ses yeux que la Vérité et la justice. Alors, dans une action destinée à frapper les esprits, il vint à l’instrument, et considérant qu’il générait une forme d’idolâtrie, il s’adressa à lui en changeant solennellement son nom afin de le ramener dans son identité véritable aux yeux de tous. Il faut appeler un chat : un chat !
Le combat de ce roi n’était pas contre l’instrument lui-même, mais contre l’idolâtrie qu’il générait dans les coeurs. Il n’était pas seul responsable de cet état de fait, car c’étaient également les attentes du peuple qui avaient donné au mensonge et à l’erreur un statut de vérité spirituelle. Il fallait changer cela.
Alors il lui dit : voilà comment je te vois, voilà ce que tu es : « NEHUSHTAN ! »

Vous connaissez certainement cette histoire : le nom originel de l’instrument était «serpent d’airain», et le roi était Ezéchias, qui avant de le détruire et de le réduire en poussière, le rebaptisa «morceau d’airain !», en hébreu «Nehushtan !», qu’on traduirait aujourd’hui peut-être plus familièrement par «bout de ferraille !» (2 Rois 18:4). C’était là sa véritable réalité, et elle DEVAIT être proclamée sans crainte.

Sous un certain aspect, aux yeux de peuple de Dieu, cette action a pu ressembler à un crime de lèse-majesté, une profanation d’une chose sainte, divine, un choc violent pour ceux qui voyaient encore Dieu en lui. Mais Dieu ne s’y trouvait plus. Et le roi le savait.

Comme Ezechias, nous ne devons pas regarder aux apparences. Dieu Lui-même emploie le serpent d’airain, puis abandonne ce moyen. La Vie véritable est toujours en mouvement, plus proche de l’inattendu que du prévisible religieux. Comme Ezechias nous ne devons pas craindre de considérer les choses pour ce qu’elles sont, si nous sommes conduits à le faire, et dans l’intérêt commun fraternel.

Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche (Jérémie 15/19).

Beaucoup tombent hélas dans le jugement à l’emporte-pièce, et il ne faudrait pas que l’histoire qui précède serve de prétexte à la chair, pour s’enhardir à contester inutilement, ou pour juger/condamner « le serviteur d’autrui » (Rom. 14/4). Car il y aura un terrible retour de bâton pour les hommes de bélial qui passent leur temps à creuser à la recherche du mal : sur leurs lèvres il y a comme un feu brûlant (Proverbes 16/27). On connaît les dégâts du ministère de la répréhension systématique, et la raideur aveugle de ces apôtres-là.

Pour autant, nous ne devons pas nous laisser impressionner par les manipulateurs qui instrumentalisent les églises, les oeuvres, et qui martèlent certains versets inhibiteurs (toujours les mêmes) : Ne jugez pas, Ne touchez pas à l’oint de l’Eternel, etc… car dans certains cas, on se sert de la Bible pour asservir le peuple.
Oui, bien que ce soit un sujet attristant, la Bible parle de faux frères, de faux témoins, de faux docteurs, de faux prophètes, de faux apôtres et de faux Christs. Pas étonnant que le discernement, son apprentissage et son usage soit au centre d’une telle pression. Sur un plan stratégique, il est de toute première importance pour l’ennemi de gérer cette question avec le plus grand soin.

Certaines oeuvres chrétiennes d’aujourd’hui ne sont plus des oeuvres de Dieu, et ne suivent plus la volonté de Dieu (que ce soit momentanément, ou pas, il nous est donné de le discerner). De même, certains instruments de Dieu qui furent hier utilisés par Dieu, et au travers desquels transita l’onction divine ne sont plus aujourd’hui des instruments de Dieu (momentanément, ou pas). Parfois, rien ne peut le laisser supposer.
La sagesse et l’intégrité (appelons cela « l’éthique spirituelle ») voudraient que l’on se replace en retrait lorsque Dieu Lui-Même s’est retiré. Mais nous avons nos programmes, notre notoriété à entretenir, et nos projets «pour Dieu». Certaines machines ne peuvent plus être stoppées.

Un tabou entoure tout homme ou toute femme qui, un jour, parla pour Dieu, agit pour Dieu – à plus forte raison lorsque des signes ont accompagné – car on ne touche pas «aux oints de l’Eternel». Eux-mêmes se présentent parfois comme intouchables. Mais si effectivement David n’a pas levé sa main ni son épée sur Saül, c’est en toute liberté qu’il l’a quitté. Que chaque personne qui est sous le joug d’un pasteur autoritaire l’entende clairement !
Ce que l’histoire de David et de Saül démontre bien, et qui s’inscrit parfaitement dans la pensée présentée ici, c’est que nous assistons à la pathétique obstination d’un homme qui s’accroche au pouvoir, tout en sachant que Dieu s’est retiré de lui. C’est biblique ! Et nous voyons ainsi clairement qu’il est possible qu’un homme nommé par Dieu assure un commandement, règne et gouverne … alors qu’il a été secrètement rejeté par l’Eternel. Dieu le laisse, mais Il ne l’approuve plus. Or, pour ces hommes, le gouvernement est le signe que les autres doivent se soumettre à son ministère. Pour les hommes, il est toujours responsable, mais plus pour Dieu, ni pour ceux qui aiment la vérité. Certes, il pourra encore agir pour le Bien, mais Dieu s’est détourné vers d’autres instruments.
Il est de la plus grande importance de comprendre ceci : ce n’est pas parce que Dieu ne règle pas une situation qu’Il l’approuve. Les apparences sont parfois trompeuses, et notre devoir est de comprendre et d’être conduits par l’Esprit.

Des églises entières sont parfois entre les mains d’hommes (les femmes seront également concernées de plus en plus) qui ne sont des hommes de Dieu que dans leurs souvenirs, et dans le souvenir des paroissiens du commencement de leur ministère. Et leur domination tiendra hélas souvent à l’écart l’onction et la Parole de Dieu révélée (que portent les « petits » David), au profit d’un système bien rodé, ce qui n’est pas le moindre des drames pour le corps de Christ.

Certains seront certainement choqués par un tel discours, mais je préfère personnellement être choqué par la réalité que ces mots ne font que traduire. Car cet état de fait a parfois pour conséquence d’entraîner le peuple de Dieu dans la stérilité d’actions inspirées par l’homme, et de permettre qu’on se serve des enfants de Dieu pour satisfaire à des ambitions personnelles pseudo-spirituelles.

L’église est « la colonne et le soutien de la vérité» (1 Tim. 3:15), et nous serons complices du destructeur (Prov. 18:9) lorsque nous ferons preuve de timidité, de lâcheté dans l’exercice de notre responsabilité de défendre la vérité, y compris lorsque nous devons nous en servir vis-à-vis de nous-mêmes. Car le jugement doit commencer par la Maison de Dieu. Avec ou sans elle.

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