«L’Église virtuelle» est désormais nuisible, d’après le directeur éditorial de 9Marks

Article sur Evangéliques infos

Selon Jonathan Leeman, pasteur et directeur éditorial des médias américains 9Marks, il est primordial que l’Eglise, sortie des restrictions sanitaires, se désengage des offices en ligne. Ceux-ci nuiraient à la foi et à la communion fraternelle des chrétiens.

Jonathan Leeman considère que persévérer à suivre les réunions seul face à son écran équivaut à «se  retirer du chemin de l’encouragement, de la responsabilité et de l’amour», l’expérience de l’Eglise n’étant alors qu’un simple «livestream hebdomadaire», déclare-t-il dans un article pour the Gospel Coalition du 18 août.

Il encourage les pasteurs à éloigner le plus possible les membres de leur communauté de «l’Eglise virtuelle», car cette pratique ne serait bonne ni pour leur statut de disciples, ni pour leur foi. Selon Jonathan Leeman, la vie de l’Eglise doit être «ressentie» et «expérimentée», et certaines vérités ne sont comprises qu’en contact direct avec la famille de Dieu.

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Le revers de la médaille

Les cultes en ligne sont proposés et diffusés en France par des églises qui disposent des infrastructures et des ressources techniques et spirituelles en quantité suffisante, ce qui leur permet d’offrir un service de qualité. Les groupes de louange sont rompus à l’exercice et les orateurs sont des prédicateurs à forte notoriété : le culte accède un peu malgré lui au statut de produit consommable. Et même si nous partons du principe que toutes choses se font dans les meilleures intentions, et que le résultat est bon, ce culte prend sa place sur une gondole du web chrétien, et on a beau se dire qu’il faut vivre avec son temps, ça fait tout drôle. Nouvelle pratique, nouvelles habitudes, avec les effets positifs et aussi les effets négatifs évoqués ici par Jonathan Leeman.

Pour éviter la mutation du culte (et de l’église) en produit de consommation, devrions-nous résister à ce passage qui semble obligé (constitué par une adaptation à la société – numérique, entre autres) ? Le mal n’est-il pas déjà fait ? Ne sommes-nous pas plutôt dans un processus avancé, dont le culte en ligne n’est qu’un des aspects ?

Dans son livre « le bonheur paradoxal », le sociologue Gilles Lipovietsky disait en 2006 « La religion ne constitue plus un contre-pouvoir à l’avancée de la consommation-monde. À la différence du passé, l’Église ne met plus en avant les notions de péché mortel, elle n’exalte plus ni le sacrifice, ni le renoncement. Le rigorisme et la culpabilisation se sont fortement atténués en même temps que les anciennes thématiques de la souffrance et de la mortification. Tandis que les idées de plaisir et de désir sont de moins en moins associées à la «tentation», la nécessité de porter sa croix sur la terre s’est effacée. 

le christianisme est passé à une religion au service du bonheur intramondain 

D’une religion centrée sur le salut dans l’au-delà, le christianisme est passé à une religion au service du bonheur intramondain mettant l’accent sur les valeurs de solidarité et d’amour, sur l’harmonie, la paix intérieure, la réalisation totale de la personne. Où l’on voit que nous sommes moins témoins d’un «retour» du religieux que d’une réinterprétation globale du christianisme, lequel s’est ajusté aux idéaux de bonheur, d’hédonisme, d’épanouissement des individus, diffusés par le capitalisme de consommation : l’univers hyperbolique de la consommation n’a pas été le tombeau de la religion mais l’instrument de son adaptation à la civilisation moderne du bonheur terrestre ». (p120)

Frappante constatation. Le consommateur de produits religieux existe, c’est un fait avéré : et ce qui était vrai déjà du temps de Jésus ou de Paul, est encore plus vrai aujourd’hui. Il existe une forme de consommation de messages, de formations spirituelles. Nous sommes entourés d’un monde régit par la logique de supermarché, qui transforme tout en produit. Et nos habitudes de consommateurs trouvent à s’exprimer à l’égard de la foi comme dans le rayon boucherie : nous voulons une viande de qualité et nous voulons qu’elle nous coûte le moins cher possible.

Les cultes en ligne ont ceci d’extraordinaire qu’ils permettent à de nombreux chrétiens isolés de participer, à distance, à tout ou partie de ce que l’église X ou Y propose. On entend ici ou là que de nombreuses personnes se sont converties, et d’autres peuvent encore se convertir. Il y a donc une bénédiction qui opère, et c’est encore un des effets de la Grâce de Dieu. Le revers de la médaille, exposé par Jonathan Leeman est une réalité également.

6 comments On «L’Église virtuelle» est désormais nuisible, d’après le directeur éditorial de 9Marks

  • Personnellement nous suivons les cultes et émissions de La Porte Ouverte, car ils sont remplis de l’Esprit Saint . Ce qui importe c’est que nous soyons connectés au Seigneur par l’Esprit et donc à l’église universelle . Ensuite nous pouvons vivre notre foi avec notre entourage ce qui nous permet d’être des témoins , ce qui me semble être le plus important . L’église d’aujourd’hui doit être beaucoup plus ouverte pour le témoignage , il n y a jamais eu autant de personnes qui se convertissent qu’ en ce moment. Le but reste atteint , répandre la bonne nouvelle partout dans le monde et les médias y participent largement .

  • Bonjour
    Si pour un temps suivre des réunions virtuelles à son importance par rapport à des circonstances particulières, elles ne seraient être une fin ensoi.
    Je suis toujours étonné de voir des chrétiens se contenter ou se satisfaire de vivre une communion virtuelle, alors qu’ils peuvent se rassembler avec d’autre frères et sœurs.
    Bien sur, il peut y avoir, des blessures et autres mauvaises expériences qui ne sont pas étrangères à cette situation, quant ce n’est pas simplement la facilité, ou une conception bien arrêté de l’église
    Pour moi c’est un baromètre de l’amour fraternel, Si je n’ai plus le désir de retrouver mes frères et sœurs selon 2tim2v22, alors il y a problème dans mon cœur et j’ai besoin de m’éxaminer pour voir si je suis encore dans la foi 2cor13v5.

  • La communion fraternelle est le prétexte le plus couramment utilisé pour pousser les chrétiens à assister aux cérémonies religieuses, alors que tout est fait pour qu’il n’y en ait pas de communion fraternelle sauf peut-être à la fin du culte pendant quelques minutes. Une autre activité qui ressemble le plus au culte est le cinéma : vous regardez un show, plus ou moins bon, sans parler à votre voisin. Et après on ose vous traiter de consommateur !
    Le vrai souci que vont avoir beaucoup de pasteurs c’est que leur business model, c’est le cas de le dire, n’est plus valide.
    J’écoute régulièrement les prédications de Derek Prince: elles sont d’un niveau nettement plus élevé que les prédications entendues dans les églises-bâtiments, et en plus vous pouvez régler la vitesse à 1,25 ou 1,50. La communion fraternelle me manque c’est vrai mais ça fait 40 ans qu’elle me manque. Je crois que tant que ce problème d’absence de communion fraternelle ne sera pas adressé, les églises-bâtiments se videront !

    • Bonjour Marc,
      Peut-être faudrait-il définir ce qu’on entend par « communion fraternelle ». Certains pensent que la communion fraternelle repose sur les bonnes relations des membres, qui devraient, a minima, manger ensemble une fois par semaine (voire plus si affinités), à cause de Actes 2/42 : « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières ». Mais ce serait une compréhension raccourcie du sujet.

      Dix-sept versets du NT emploient le mot grec « koinonia » qui a une connotation très pratique. Il y a la part spirituelle (la communion du Fils (1 C. 1/9), la communion au sang de Christ (1 C. 10/16), la communion au mystère (Eph. 3/9)) et ce qu’ils mettent en commun (les contributions volontaires (Romains 15.26), l’assistance mutuelle, et les libéralités (2 Corinthiens 8.4)).

      Disons que la communion fraternelle, c’est un ensemble de choses, et à chaque fois qu’on enlève un élément, on appauvrit logiquement l’ensemble. Mais personnellement, je ne considère pas que s’il manque la convivialité, l’accueil et la chaleur humaine, il n’y a plus de communion fraternelle. Parce qu’il reste la communion fraternelle à l’Esprit de la vérité, dans la prière, le recueillement, la joie, le témoignage, l’adoration, et aussi la tristesse. C’est pour ces raisons aussi que les chrétiens se rassemblent, et pas forcément par des manœuvres manipulatrices de pasteurs à la dérive.
      Avec les années, je continue de participer à la communion fraternelle, même si elle est amputée de choses dont le manque se fait cruellement sentir. Parce que je préfère une communion fraternelle carencée, à pas de communion fraternelle. La plupart du temps, ce que j’y cherche, je le trouve. C’est peut-être ça, la question de fond.

    • Bonsoir Marc,
      J’ai 38 ans et j’entends depuis longtemps que la communion fraternelle s’étiole dans nos églises. J’ai vu partir de nombreuses personnes de l’église locale pour vivre leur foi chez elles face à leurs écrans et la crise du Covid à accéléré le phénomène.
      Nous pouvons toujours reporter la faute sur les pasteurs mais je crois que nous sommes les premiers responsables, nous avons la communion que nous voulons bien avoir avec nos frères et sœurs…
      Je n’accuse personne mais je m’aperçois dans ma vie que si je souhaite avoir de la communion fraternelle (et je pense que c’est l’essence même de l’Église) je dois être le premier à la proposer et à l’inciter.
      Je vois les chrétiens dans les pays persécutés qui font tout pour se retrouver et passer du temps ensemble (et bien souvent pas pour des agapes mais plutôt prière, étude et partage de la bible) et nous à contrario, qui peinons à faire une réunion de prière !!
      Je constate que la pandémie à été heureusement ou malheureusement un révélateur de nos réelles motivations profondes.
      En Christ,

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