Signes d’apostasie : fausse mort et perte de la quête de l’immortalité

«Le coeur des sages est dans la maison du deuil,
et le coeur des insensés dans la maison de la joie»

Ecclesiaste 7/4

Combien cette pensée est éloignée de la vision contemporaine ! La «maison de la joie» — métaphore d’une existence tournée vers les plaisirs, c’est-à-dire d’influence hédoniste[1] — représente un style de vie insouciant auquel aspire l’homme naturel; mais l’Ecclésiaste, auteur de cet aphorisme, donne ici une autre direction. L’ensemble de sa réflexion, dans ce chapitre 7, s’inscrit dans une logique qui n’est justement pas naturelle :   «Mieux vaut le chagrin que le rire, dit-il, car le coeur est rendu meilleur par la tristesse du visage».

Il serait difficile de faire un best-seller aujourd’hui avec ce thème ! Ou de faire le buzz avec un article sur le Net … Parce que la chose n’est pas évidente à entendre (voire même complètement déplacée), surtout à une époque où “la dépression” est devenue un des fléaux du siècle : on cherche davantage, et par tous les moyens, à fuir la tristesse, l’affliction, sous toutes ses formes. La tendance contemporaine dirait plutôt : mieux vaut le rire que le chagrin : le cœur est rendu meilleur par la joie !

On aura compris qu’il s’agit là d’une sagesse qui ne s’inscrit pas dans l’air du temps, et qui pourrait être contredite jusqu’à l’intérieur d’un certain christianisme, influencé par les aspirations à l’épanouissement personnel prôné par la société postmoderne (ou hypermoderne)[2]. Il est donc logique qu’en première lecture, cette vision biblique soit perçue avec peu d’enthousiasme, et qu’elle soit même soupçonnée de véhiculer une forme de névrose religieuse.

Pourtant, l’auteur ne suggère pas de passer sa vie dans les cimetières, ou de se priver de cultiver une certaine joie de vivre[3], puisque la joie est un don de Dieu[4]. Mais il veut rappeler que se détourner de la mort, de son sens et de sa perspective (la maison de deuil) conduirait l’âme humaine dans une forme de déni de réalité, puis dans une fuite en avant à la recherche du bonheur terrestre sans Dieu, qui représente à ses yeux l’exact contraire de la sagesse.

C’est en effet la mise en présence avec la pensée de LA fin (en général) et de notre propre fin (en particulier) qui constitue un moment de réflexion d’une profondeur irremplaçable, nous rappelant la fragilité, et donc la valeur de l’existence[5]. La vie nous a été donnée sans que nous l’ayons demandée et nous la recevons, conscients de ce qui nous précède et de ce qui nous survivra, de toute éternité. La pensée de la fin n’est en ce sens pas morbide, mais porteuse d’une promesse qui nous relie à l’absolu, c’est pourquoi il est important que les vivants n’oublient pas la mort, qu’ils ne la dés-intègrent pas de leur existence, car elle est l’ultime expérience que chacun doit vivre.

La « maison de deuil » représente en définitive une certaine philosophie de la vie, essentielle, fondamentale, qui contient un ensemble de pensées et de questions existentielles, dont le faisceau dirige les regards vers Dieu et vers l’éternité : c’est précisément au travers de ce processus de réflexion que «l’Éternel a mis dans le coeur des hommes la pensée de l’éternité, bien qu’ils ne puissent pas vraiment saisir la plénitude de l’oeuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin » (Ecclésiaste 3/11). Et qu’est-ce qui conduit à la pensée de l’éternité, sinon l’acceptation d’un questionnement dont la réponse ne peut pas être trouvée dans l’Homme ? Cette impasse intellectuelle pousse l’esprit à trouver le chemin d’une vérité en dehors de lui, au-delà de ce que son esprit peut circonscrire, c’est-à-dire vers Dieu.

Pour Cicéron[6], philosopher c’est justement apprendre à mourir :

«Que faisons-nous lorsque nous détachons notre âme du plaisir (c’est-à-dire du corps), des affaires privées (qui en dépendent étroitement), des affaires publiques, bref de tout ce qui est synonyme d’activité, que faisons-nous, dis-je, sinon l’obliger à se ressaisir, l’inciter à la concentration et surtout l’isoler du corps ? Or, séparer l’âme du corps, c’est, assurément, apprendre à mourir »[7].

L’empreinte de «la maison de deuil» dans le passé

On raconte que dans la Rome antique, lors des cérémonies de triomphe des généraux romains, se tenait un esclave, derrière le héros, sur son char. Il était chargé de lui souffler cette phrase : «Memento mori !» (Souviens-toi que tu mourras !). Elle était censée lui rappeler son statut de mortel, dans un moment d’élévation et d’exaltation de soi,[8] alors qu’il était sollicité par la vanité des gloires terrestres. La sagesse de la « maison de deuil » n’était pas loin.

Dans la suite de l’Histoire, certains grands de ce monde et certains esprits éclairés se sont montrés sensibles à cette réflexion, tel par exemple Charles Quint qui, dit-on, se couchait tous les soirs dans un cercueil pour méditer sur sa condition de mortel [9].

C’est à la fin de l’époque médiévale que cette philosophie a cherché à diffuser son influence dans la société, en empruntant le chemin de la culture: le «Memento Mori» est devenu un style pictural, qui mettait en scène la perspective de la mort et les pensées qui y sont attachées.

Dans le même temps (et jusqu’au XIXè siècle) est apparu l’ars moriendi, ou l’art de bien mourir. C’était une forme de littérature populaire, fortement influencée par la pensée religieuse de l’époque, et qui répondait à un besoin, à un questionnement des sociétés de ce temps, dans laquelle la mort était très présente. Ces ouvrages, existant sous diverses formes (y compris à destination des enfants), étaient davantage des supports de réflexion sur la mort que des manuels de préparation.

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Au Moyen-Âge, les maisons étaient souvent décorées de fresques décrivant des scènes porteuses de messages philosophiques, ou bibliques. L’une d’elles, bien connue, datant du 13è siècle, représentait : « les trois vivants et les trois morts ». Trois hommes fortunés (ou trois rois) rencontraient les cadavres de leurs ancêtres, qui les avertissaient au moyen d’une formule latine qui était reproduite à chaque fois : Quod Sumus, hoc iritis (voici ce que nous sommes : un jour vous serez pareils !) ou encore Quod fuimus, estes; quo sumus, vos iritis (Ce que nous avons été, vous êtes; Ce que nous sommes, vous serez !).

L’interpellation était destinée à rappeler à la conscience de l’homme que la vie est limitée et que son fil peut être coupé à tout instant. Il faut se souvenir que la mortalité de ces époques reculées était élevée, et que l’espoir de dépasser la cinquantaine était très faible. La moitié des enfants disparaissait avant l’âge de 10 ans [10].

Le Memento Mori a donc été un genre artistique, qu’on qualifierait sans doute de morbide aujourd’hui. Il fut progressivement abandonné, pour quasiment disparaître au moment de la Renaissance. Le style a cependant été longtemps présent, comme une source d’inspiration philosophique : il n’était pas rare de trouver un crâne humain sur le bureau de Monsieur Tout-le-Monde, en guise de presse-papier ! On représente Hamlet, de William Shakespeare, dans une célèbre scène où il s’interroge sur le sens de la vie, s’adressant à un crâne, dans une formule rendue célèbre : «être ou ne pas être, telle est la question ?».

 

Ultima Forsans

ultima fosansUne autre trace de la présence de cette pensée dans la société existait sous la forme d’une mention gravée par les horlogers sur les cadrans solaires (et sur les montres à gousset) : «Ultima Forsans !», qui signifiait : « La dernière, peut-être !..»[11]. Il fallait entendre : c’est peut-être la dernière heure : réfléchis !

Cette tradition ancienne des horlogers était une émanation de cette volonté de rester proche de «la maison de deuil» dont parle l’Ecclésiaste, grâce à l’inscription de ces simples mots, pour rappeler une pensée naturellement réfractaire. La perspective de la fin s’invitait donc régulièrement par ce moyen (à chaque fois que l’on regardait l’heure !) afin que chaque homme puisse se remémorer que le temps est compté dans cette vie, et qu’il faut faire face à la réalité d’une fin, même si elle nous semble toujours éloignée, ou même, curieusement improbable … Cette démarche participait d’une sagesse à laquelle la Bible nous invite en toute circonstance :

« Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse» (Psaume 90/12).

Une perte de contact progressive

Le rapport à la mort — cette fréquentation de «la maison de deuil» — a progressivement changé à l’époque moderne, sous la pression d’une volonté de plus en plus affirmée de la cacher. Avant ce changement, la société affrontait différemment le trépas, qui n’était couvert d’aucun voile et d’aucun silence :

La mort au Moyen Age est une mort consciente, de préférence au lit. Le mourant a la conviction intérieure qu’il va mourir et accepte sa mort (et cela se poursuit à la Renaissance et jusqu’au XVIIIe siècle). Le fait d’être averti permet de prendre ses dispositions. Les morts du Moyen Age, croyants, se tournent vers Jérusalem, dans l’attitude des gisants, face vers le Ciel. Le cérémonial de la mort comprend plusieurs étapes : le regret de la vie (de courte durée, sans dramatisation excessive), la demande de pardon du mal qu’on a fait, la recommandation à Dieu de ceux qui survivent, la prière (pénitence) et l’absolution. Ce protocole est public : le lit du mort est entouré d’une assistance parfois nombreuses et qui comprend des enfants. La mort est acceptée paisiblement, sans drame excessif : c’est la mort apprivoisée [12].

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C’est à la faveur de la Révolution Industrielle (Fin XIXème et début XXème siècle) que le monde moderne a commencé à se déconnecter progressivement de ses liens avec le monde naturel, ses cycles et tous les enseignements dont ils étaient porteurs. Graduellement, les populations ont déserté les campagnes pour s’installer dans les villes, alors que c’est justement le contact avec la nature qui est le plus favorable pour conserver le lien avec la vie — et avec la mort. Au siècle dernier, plus de 80% de la population (Europe et États-Unis) vivait encore à la campagne. De nos jours, les chiffres sont inversés : plus de 80% des habitants résident dans les zones urbaines.

La domestication de l’énergie a mis un terme à la dépendance vis à vis de la lumière naturelle, qui obligeait les hommes à vivre à son rythme. L’éclosion de la vie (le printemps) et son crépuscule (l’hiver) sont devenus illisibles dans toutes leurs nuances, pour le citadin. Les enfants ne sont plus témoins du miracle de la vie — ni de la réalité de la mort[13]. Ce ne sont plus les saisons qui rythment la vie, mais plutôt les campagnes publicitaires, qui cadencent la consommation. Toutes ces transformations ont accompagné ou entraîné une nouvelle manière de considérer la mort :

Un changement d’approche de la mort s’est fait au XXe siècle, d’abord dans les pays anglo-saxons : la mort est devenue un tabou. Dès la seconde moitié du XIXe, on commence à s’interroger sur la nécessité de révéler à un malade la gravité de son état, d’abord pour l’épargner lui, puis pour épargner l’entourage en lui évitant des émotions trop fortes. La mort ne doit pas troubler ce bonheur constant qu’est la vie.

On observe un déplacement de la mort dans la première moitié du XXe siècle : on ne meurt plus chez soi mais à l’hôpital et souvent seul. L’hôpital est le lieu où on lutte contre la mort mais aussi le lieu où l’on vient mourir [14]. La mort résulte souvent d’une décision technique (arrêt des soins, précédée d’une perte de conscience qui constitue une première mort). L’initiative de la mort n’appartient plus ni au mourant, ni même à sa famille, mais aux médecins. Ceux-ci s’efforcent de rendre la façon de mourir acceptable pour les survivants. Les rites post-mortem changent eux aussi. Les condoléances sont limitées, le deuil estompé. Toute manifestation excessive est jugée comme une anormalité morbide, on cherche à épargner les enfants en ne pleurant pas devant eux. Le développement de l’incinération est la solution la plus radicale de faire disparaître les morts. Les urnes ne sont pas visitées, les cendres sont parfois dispersées. En fait, il est possible de penser que ce refoulement de la douleur aggrave les traumatismes liés à la disparition d’un être cher [15].

 

Des conséquences profondes

Une vraie distance s’est donc installée, parfois une rupture, qui est le résultat d’un refoulement graduel de la mort, une sorte de tentative d’exorcisation qui modifie et dénature un équilibre originel/naturel : si la société des hommes entretient une fausse considération de la mort, elle nourrira également, par voie de conséquence, une conception erronée de la vie.

La philosophe Hannah Arendt a postulé que c’est justement la relativisation de la mort (sa dénaturation) qui a entraîné comme conséquence l’émergence du concept des camps de concentration et des chambres à gaz, entraînant des comportement (in)humains inédits dans leur expression globalisante, à l’intérieur des sociétés modernes (barbarie, crimes contre l’humanité, génocides)…

Ce phénomène semble avoir déployé ses effets dans plusieurs compartiments de la société contemporaine, dans lesquels la perception de la vie, et sa valeur, ont été sérieusement modifiées, entraînant certaines conséquences :

Le net développement du suicide, qui avoisine aujourd’hui 60% dans certains pays : un million de personnes par an meurent par ce moyen, soit plus que les victimes de guerres et d’homicides réunies[16]. Et ce chiffre est sans doute bien plus important que ne le montrent les statistiques rassemblées par l’OMS[17]. Il s’agit d’un problème qui va en s’aggravant : on annonce un chiffre de près de 20 millions de tentatives de suicides par an[18], qui est sans doute lui aussi inférieur à la réalité. Il révèle une augmentation de la souffrance personnelle, mais aussi une notion altérée de la valeur de la vie.

L’augmentation des meurtres gratuits et des assassinats de masse (dans les lieux publics, les écoles), phénomènes nouveaux du XXè siècle[19]. On constate une implication croissante de jeunes, d’adolescents et même d’enfants, qui tuent pour des motifs futiles, parfois par simple désouvrement[20]. La justice, désemparée, cherche souvent à requalifier ces “homicides” en “coups et blessures ayant entraîné la mort”, ce qui ne contribue pas à une saine prise de conscience de leur part de la valeur de la vie[21].

– La légalisation de l’avortement, geste thérapeutique justifiable dans des circonstances particulières, qui est devenu un acte chirurgical de confort auquel on a recours à grande échelle. L’OMS avance le chiffre de 50 millions d’IVG annuels dans le monde[22] : si ce sont de simples gestes chirurgicaux sur des amas cellulaires, c’est un moindre mal, mais si ces foetus sont des êtres humains, il s’agit alors du plus grand génocide de toute l’histoire de l’humanité. Qui se répète chaque année.

Le phénomène des infanticides : les médias font régulièrement état de destructions de familles. La réalité du phénomène se constate dans l’analyse des statistiques du CePiDc : les enfants de moins d’un an sont surreprésentés dans la comptabilisation des décès de la population (en France, ils constituent 3,8% de l’ensemble des homicides, alors qu’ils ne représentent que 1,2% de la totalité de la population[23]). D’après un récent constat[24], il semble que plus d’un tiers des décès d’enfants répertoriés comme étant accidentels, ou sans cause connue, soient en réalité des infanticides.

– L’émergence de l’euthanasie, qui prend sa place dans la société comme une évidence moderne : selon un sondage IFOP d’octobre 2014[25], réalisé pour l’Association le droit de mourir dans la dignité, les Français seraient 96% à souhaiter que la loi encadre le suicide assisté et l’euthanasie, afin de permettre aux personnes qui le souhaitent d’en bénéficier. Dans la plupart des pays, l’euthanasie active est condamnée. Mais la jurisprudence autorise un peu partout une euthanasie passive (arrêt des traitements à la demande du patient).

– L’avortement post-natal, autre phénomène-conséquence lié à la fois à l’infanticide, l’avortement et l’euthanasie. Des chercheurs[26] ont commencé à travailler pour porter cette idée dans l’agora de la bioéthique mondiale[27]. En résumé, puisque le cadre de définition du statut moral de l’enfant n’est pas défini, alors l’avortement post-natal devrait pouvoir être permis dans tous les cas où l’avortement l’est, y compris le cas où le nouveau-né n’est pas handicapé. Pour le moment, l’idée est irrecevable par la communauté. Mais le fait qu’on publie de telles études dans des revues prestigieuses (Journal of Medical Ethics) et que des chercheurs soient financés pour de telles recherches[28] appelle une attention particulière.

Il existe bien d’autres signes imputables à la relativisation de la mort, entraînant une dégradation de la perception de la vie. Dans son livre “La condition de l’homme moderne”, Annah Arendt anticipait que ce phénomène favoriserait l’émergence de nouveaux comportements :

… Le fait de couper l’homme de la mort, de la notion de mort et de la réalité de la mort devient le meilleur moyen de le ramener vers l’animalité. Le résultat de cette transformation de la perception de la vie entraîne la perte de la quête de l’immortalité, remplacée par la préoccupation du cycle vital propre à la société de consommation.

On peut parfaitement concevoir que l’époque moderne – qui commença par une explosion d’activité humaine si neuve, si riche de promesses – s’achève dans la passivité la plus inerte, la plus stérile que l’Histoire ait jamais connue.

La tendance à l’inertie, la disparition progressive de toute action, voilà ce que nous sommes en train de faire. C’est donc l’avenir même de l’homme qui est en jeu et qui suppose chercher à sauver de l’oubli la quête d’immortalité [29].

 

Le mensonge de la mort moderne

Nous avons vu que la sagesse inspirée de Dieu préconise non seulement de ne pas dissocier la mort d’avec la vie, mais qu’elle conseille d’entretenir un lien continuel avec elle, opposant «la maison de la joie» (représentant le refuge de l’hédonisme et diverses philosophies) à la «maison du deuil» (représentant un face-à-face avec sa propre finitude, qui conduit à la recherche de l’éternité).

C’est là l’influence que diffusait l’époque médiévale au travers des différents moyens qui étaient employés (Memento Mori, Ars Moriendi). L’inspiration était spirituelle, l’expression était religieuse.

Il en est autrement dans la société moderne : depuis le milieu du XXè siècle, nous sommes entrés dans une succession de crises (sociales, économiques, politiques, civilisationnelles) dont la plus importante est sans doute une déspiritualisation[30], étape préparatoire vers une phase finale dont parlent les prophéties bibliques[31].

Les comportements ont donc changé : on évite de se penser comme mortel, on travaille avec acharnement à faire reculer les effets de l’âge, on cherche l’éternelle jeunesse, et le chiffre d’affaire annuel de la cosmétique[32] et de la chirurgie esthétique[33] démontre bien la réalité de ce phénomène, qui prend de plus en plus d’ampleur.

Cependant, «la mort» n’est pourtant pas absente de la scène du Monde, et la société moderne entretient plusieurs types de représentations, qui paradoxalement travaillent davantage à une forme de banalisation qu’à une stimulation de la réflexion:

– une représentation brute de la mort, mais distante, sous la forme d’images qui s’invitent chaque jour dans notre salon, avant/pendant/après le repas, en écoutant et en regardant les infos du jour. Accidents, attentats, assassinats, suicides, meurtres, épidémies, catastrophes : des morts de toutes sortes, absurdes, choquantes, brutales, mais toujours lointaines. Une mort que nous n’avons pas le temps d’analyser ou de comprendre, qui dure à peine une seconde, qui ne nous concerne pas de près et donc ne nous questionne pas, parce qu’elle est détachée de nous, impersonnelle : c’est ce que la psychologie sociale appelle «le concept de la mort kilométrique [34]». La société antique apprenait à accepter sa propre mort, tandis que la société moderne, la mort des autres.

– une représentation esthétisée à l’excès par l’industrie cinématographique, qui met en scène une mort fictive, étroitement unie à une violence extrême, — fictive elle aussi — dans des images puissantes, qui plongent les spectateurs dans des expériences émotionnelles de plus en plus réalistes dans la forme, tandis que le sens réel est complètement absent. La mise en scène de la mort ne dure qu’un instant, et on passe à autre chose. C’est sans doute dans cet espace théatralisé que le sens de la vie et de la mort a subi le plus de désinformation et de transformation au cours du XXè siècle.

– une représentation erronée destinée à l’imaginaire de l’enfance et de l’adolescence, au travers de jeux électroniques de plus en plus sophistiqués (3D, réalité virtuelle), où on joue sa vie et celle des autres, simplement pour performer son score, des «jeux» où la relativisation de la mort est poussée à l’extrême. Certes, la mort y existe, comme une menace latente pouvant s’exécuter à tout moment, mais tempérée par la possibilité de recommencer à l’infini, sorte d’éternité qui conditionne l’inconscient du joueur[35]. Mais c’est en réalité la valeur de la vie qui est atteinte et modifiée[36].

Les idéologues de cet opium psychique prétendent que l’idée de la mort — qui est déstructurante de par son caractère irrévocable et inexplicable — doit être apprivoisée au moyen d’une multitude de productions imaginaires dans le but d’atténuer son «pouvoir dissolvant», et par là même, son caractère angoissant. On utilise (et exploite) la fonction euphémisante de l’imaginaire pour dénaturer et refouler la vraie mort, alors qu’il faudrait au contraire l’intégrer: car c’est le seul moyen pour l’être humain de se penser comme mortel, et c’est là justement le message de l’Ecclésiaste.

On ne peut donc pas dire que l’exposition de la mort soit absente de la société moderne. Elle semble au contraire très présente, mais dans une fiction continuelle, qui contribue à sa banalisation. On parle d’elle, on la montre, mais sans qu’il soit possible de sonder personnellement sa signification, sinon en s’identifiant à des personnages et des situations fictives. Cette relation distante avec la mort n’a bien sûr plus rien à voir avec « la maison de deuil » dont parle l’Ecclésiaste.

De nouveaux signes sociaux

Les différents phénomènes qui modifient la perception de la mort conduisent logiquement à une sous-estimation de son importance, dans l’inconscient de chacun.

fumertueNous ne pouvons que constater autour de nous les effets de cette pensée, de ce déni, lorsque par exemple la société de consommation commercialise des produits qui donnent la mort (c’est écrit dessus, comme dans le cas du tabac) tandis que des gens continuent de les consommer, aveugles à la réalité de la mort, sourds à sa vérité. Parce que la vérité et la réalité sont occultées par le mensonge, noyées sous un déluge d’images séduisantes et de fausses promesses, dans une dynamique de recherche du plaisir, qui supplante tout.

On comprend donc que l’inconscient collectif, marqué par une relativisation de la mort, n’oppose pas de résistance à la tentation d’en porter la marque visible : de la profondeur de jadis à la superficialité moderne, il était logique que la relation avec la mort devienne simplement une histoire d’image. La mode s’est donc emparée de l’emblème, qui prend sa place dans la société, n’étant plus un objet d’aversion ou de crainte, mais une marque comme une autre.

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Contrairement aux apparences, nous n’assistons pas ici à un retour du Memento Mori, puisqu’ici il n’y a pas de message philosophique, sauf peut-être indirectement celui du nihilisme[37] qui est véhiculé par une culture de mort (voir certains courants musicaux comme le hard/black/death metal).

Le signe de mort, tel que nous le voyons apparaître un peu partout aujourd’hui, après avoir été une marque de reconnaissance destinée à véhiculer la peur, réservé à des groupes marginaux, descend dans la rue pour devenir un emblème — que les fashion victims payent pour pouvoir le porter. La marque de la mort est devenue un signe branché pour une communauté de consommateurs anésthésiés qui n’ont plus peur de rien, puisqu’ils ne croient plus en rien.

Ce pénomène illustre peut-être, en mode mineur, le mécanisme d’une autre marque : la Bible annonce qu’à la fin des temps, un grand nombre de personnes prendront volontairement sur elles ce que les Écritures appellent «la Marque de la Bête[38]» : une marque de perdition, que logiquement nous ne devrions pas accepter (et encore moins désirer), mais qui se retrouvera sur certains, malgré tout. Parce que le sens de l’analyse spirituelle et de la compréhension personnelle des choses sera gravement altéré.

Les signes d’apostasie

Il est inévitable que les temps changent, que des transformations s’opèrent de manière incessante, — et que surviennent des scandales[39]. Il est nécessaire que les choses puissent évoluer, mais tous les changements ne sont pas synonymes de progrès, et ce n’est pas là une pensée réactionnaire[40], ou moralisatrice, mais une réflexion qui s’inspire d’une sagesse biblique immuable, qui plaide pour que certains repères, certaines valeurs, survivent dans la génération suivante: «Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée»[41]. Contrairement à la sagesse populaire qui prône «de vivre avec son temps», la sagesse biblique préconise de «ne pas s’y conformer»[42] : Vivez dans ce monde, ne cherchez pas à vous y soustraire[43], mais n’oubliez pas que vous appartenez en réalité à un autre système de valeurs, une autre royaume[44], ou selon un terme plus actuel : une autre «société».

Nous enregistrons aujourd’hui tellement de signes d’apostasie (dans la société occidentale et christianisée) qu’il devient évident, même pour les commentateurs non-croyants, que nous sommes entrés dans une phase de déconstruction de l’héritage du judéo-christianisme. C’est exactement ce qu’évoquent certaines prophéties bibliques :

«Ne vous laissez pas facilement ébranler dans votre bon sens, et ne vous laissez pas troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là. Que personne ne vous séduise d’aucune manière; car il faut que l’apostasie soit arrivée auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme du péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu » (2 Thessaloniciens 2/2 à 4)

«Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. Eloigne-toi de ces hommes-là » (2 Timothée 3/1 à 5).

«Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume!» (Esaïe 5/20).

Le chrétien et la «maison de deuil»

Nous avons vu que le Monde (la société des hommes sans Dieu) est parcouru d’influences qui façonnent les mentalités, orientent la culture et alimentent l’inconscient collectif. Le «progrès» est interprété généralement en terme de protection et d’augmentation de la liberté personnelle.

Quels sont les effets sur l’Église ? Les chrétiens sont exposés, comme tout un chacun, à toutes les influences de l’esprit du Monde, c’est pourquoi ils sont appelés à vivre dans une veille active[45]. La pression de la recherche du plaisir est en constante augmentation dans la société qui nous entoure : si les chrétiens n’y sont pas attentifs, s’ils y succombent un tant soit peu, alors ils perdront le contact progressivement avec les valeurs qui ne se trouvent que dans «la maison de deuil»: ils troqueront des valeurs éternelles pour des valeurs temporelles[46] et se retrouveront — par un mouvement mécanique logique — dans la «maison de la joie». C’est-à-dire dans une vie de foi basée sur la recherche des plaisirs spirituels et d’une marche à moindre coût.

Dans ses fondements, le christianisme est pourtant lié à «la maison du deuil», dans son ADN spirituel, au travers du sacrifice du Seigneur Jésus. En effet, il est entré dans le monde pour mourir et nous pouvons considérer que chaque pas qu’il a fait en public, chaque message, chaque action, s’est inscrit dans cette perspective. La mort (la maison de deuil) faisait partie de sa vie avant même qu’il soit l’heure pour lui d’y entrer.

Qu’en est-il pour nous ?

Dans le point de départ de notre christianisme (la découverte de la justification par la Grâce), nous avons été acceptés par Dieu tel que nous sommes, sans que rien ne nous soit demandé, sinon la reconnaissance de l’état de péché de la nature humaine et la rédemption par Christ : «Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3/16).

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Ce chemin de Salut nous entraîne dans une marche vers l’identification avec Christ, puis dans une incarnation, que Dieu désire la plus aboutie possible («…jusqu’à ce que Christ soit formé dans vos cœurs »[47], «… participants de la nature divine »[48]).

Ce processus d’incarnation, de transformation, est une démarche constante, un chemin exigeant, qui consiste d’une part au dépouillement de ce que l’apôtre Paul appelle “le vieil homme”, et d’autre part au revêtissement du nouvel homme [49].

Tout christianisme qui se refuserait à intégrer le renoncement à soi-même dans l’existence ne serait plus le christianisme. C’est également là le sens de «la maison de deuil» dont parle l’Ecclesiaste, et dont la fréquentation vaut mieux que «la maison de joie». Il faut en effet accepter de réaliser le deuil de ce que nous possédons, et, bien au-delà, de ce que nous sommes en Adam :

« Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, NE PEUT PAS être mon disciple »[50]

« Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, IL NE PEUT PAS DEVENIR mon disciple »[51] : il pourra être un croyant, mais il ne pourra pas entrer dans le corps des disciples (il y a une différence ![52]).

Ainsi, suivre Jésus impliquera OBLIGATOIREMENT de connaître «la maison de deuil», non pour s’y établir et vivre une foi misérabiliste et névrosée, mais parce que c’est la composante indispensable d’une vie spirituelle dynamique : «regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ» (Romains 6/11). Il ne s’agit pas seulement de considérations théologiques, ou d’une théorie mystique, mais de vérités qui contiennent une dimension pratique et dynamique.

Pendant les 19 premiers siècles de notre ère, les enseignements fondamentaux de la perfection spirituelle (la sanctification) ont mis l’accent sur la nécessité d’intégrer une mort dynamique (note 44) pour le développement de la vie de Dieu dans le cœur du croyant. Aujourd’hui, quel livre en vogue dans le christianisme moderne en parle encore ? Un grand nombre d’enseignements sont imprégnés de la recherche du bien-être, de l’amélioration des conditions de vie, de la réussite, de la prospérité … en un mot de perspectives terrestres.

La «maison de deuil», dans le sens de la mort à soi-même, contient un ensemble de vérités spirituelles qui ne peuvent se recevoir que par l’expérience personnelle, (ce qui nous protègera d’une gestion intellectuelle du sujet). C’est le seul moyen d’une véritable progression spirituelle, pour la connaissance de Christ : «Si le grain de blé ne meurt, il ne peut porter de fruit» (Jean 12/28), et nous savons que Jésus ne parlait pas seulement de lui.

Le grain de blé doit tomber dans le sol et mourir. Nous, qui prêchons l’Evangile, nous ne devons pas nous considérer comme des agents des relations publiques, envoyés pour établir de bons rapports entre Christ et le monde. Nous ne devons pas nous imaginer chargés de mission pour rendre Christ acceptable auprès du grand commerce, de la presse, du monde du sport, ou de l’enseignement moderne. Nous ne sommes pas des diplomates, mais des prophètes, et notre message n’est pas un compromis, mais un ultimatum. Dieu offre la vie, mais pas la vie ancienne améliorée. La vie qu’Il offre est une vie qui renaît de la mort [53].

La lumière de Christ brille dans «la maison de deuil» comme nulle part ailleurs : bien qu’elle soit perçue extérieurement comme un espace de mort, elle est à l’intérieur un espace de vie[54]. Pour les enfants de Dieu, pour ceux qui marchent par la foi, elle est devenue une maison de vie.

C’est grâce à cette expérience acceptée et vécue, que certains sont rendus capables d’entrer dans une vision spirituelle libérée, et de voir (par exemple) le principe de la perte avec un regard différent : « acceptant avec joie l’enlèvement de vos biens, sachant que vous avez des biens meilleurs et qui durent toujours» (Hébreux 10/34).

 

L’ancienne croix et la nouvelle croix[55]

«Sans la mort à soi, il n’y a aucun espoir d’échapper à la puissance de satan sur notre vie» (William Law).

On cherche beaucoup aujourd’hui à donner une image positive de la croix (lorsqu’on en parle encore), à la dépouiller de ce qui fait peur, de ce qui fait mal et de ce qui coûte. C’est une erreur, car la croix est incontestablement un espace qui a quelque chose à voir avec la souffrance, avec la perte volontaire (renoncement) avec la mort, notre mort personnelle, en tant que seul moyen d’entrer dans une rupture de nos esclavages naturels. La croix, c’est un espace de solitude, c’est le seul endroit où la mort peut exercer son minsitère libérateur… [56] Seul, «celui qui est mort est libre du péché » (Romains 6/7).

Et la Parole de Dieu nous demande d’accepter d’être prêts, à tout instant, à nous soumettre à son conseil et à son jugement[57]. Non pas d’envisager l’ensemble de notre vie avec une menace quotidienne, un fardeau écrasant, une atmosphère morbide, mais comme acceptant le joug qui consiste à marcher avec Christ en lui abandonnant le contrôle de notre destin. Ce ne sera jamais un fardeau pesant (car son joug est doux, Matthieu 11/30), ce sera au contraire un soulagement, celui d’avoir changé de maître, et de savoir que ce que nous Lui avons confié est entre de bonnes mains.

On devrait donc entendre le mot «mort» dans le sens d’une abdication de principe de notre volonté naturelle, (ce qui ne va pas sans difficultés) et de l’acceptation du dépouillement du gouvernement charnel auquel nous sommes liés naturellement. Et cette partie dépend presqu’entièrement du travail du Saint-Esprit dans nos cœurs et dans nos vies. Ce dont nous avons besoin, ce que nous attendons, ce après quoi nous soupirons, c’est que l’ancienne création prenne sa place, “dans la mort”, c’est-à-dire en retrait, au second plan : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême, pour la mort, afin que comme Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, ainsi nous aussi nous marchions en nouveauté de vie» (Romains 6/3).

Les Écritures attestent que la mort du vieil homme est un fait accompli par Christ, mais que ce fait a besoin de devenir une expérience vivante : la vie naturelle est là, et sera toujours présente («et si je vis dans la chair…»[58]) mais elle doit être, d’une manière ou d’une autre, placée en retrait, tenue dans une mentalité d’abdication des droits naturels (souvent en faisant taire les peurs) afin que la vie de Christ ne soit pas supplantée, détournée, instrumentalisée. Faute de quoi les fleuves d’eaux vives ne pourraient jamais s’écouler[59], car ils ne jaillissent que dans un cœur où Christ est Seigneur, lorsque notre couronne est à ses pieds.

«La maison de deuil» pourrait-elle éviter de résonner de discours et de réflexions sur la mort ? Le christianisme naturel (charnel) le voudrait, lui qui a la démangeaison d’entendre des choses agréables[60]. Et ses reproches ne peuvent baisser en intensité, à mesure que l’apostasie augmentera.

La vieille croix n’avait aucun rapport avec le monde. Pour la chair orgueilleuse d’Adam, elle signifiait la mort. Elle mettait à exécution la sentence imposée par la loi du Sinaï.

La nouvelle croix, elle, n’est pas opposée à la race humaine; elle en est, au contraire, une partenaire amicale et, si je comprends bien, elle alimente un flot d’amusements légitimes et bons et d’innocentes réjouissances. Elle laisse Adam vivre sans entraves, avec une motivation inchangée; il peut continuer à vivre pour son plaisir et, maintenant, au lieu de se réjouir à chanter des chansons douteuses en buvant des boissons fortes, il se réjouit à chanter des cantiques et à regarder des films religieux. L’accent reste toujours sur la jouissance … qui se tient sur un plan plus élevé ![61]

La «maison de deuil» n’est un lieu de mort qu’en apparence, car en réalité, c’est un lieu de vie, celui de la vie cachée à laquelle tout croyant aspire, et à laquelle tous sont destinés : «car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu» (Colossiens 3/3).

Nous devons donc tenir fermement cette vision, cette vérité, en nous souvenant que la réalité spirituelle invisible de la Pentecôte, c’est la Pâque : il ne peut y avoir de puissance de résurrection sans la croix. Il en est de même du croyant. Sans la foi (celle qui conduit à la mort effective du vieil homme, le renoncement à ses pensées, l’abdication de ses forces), il est impossible de lui plaire[62].

Paul dit à Timothée : « prends ta part des souffrances[63]»: était-ce une exhortation mystique empreinte de religiosité morbide ? Pour ce qui les concernait, ils devaient faire face à une opposition sévère et cruelle : « celui qui voudra vivre pieusement en Jésus-Christ sera persécuté » (2 Timothée 3/12). Pour ce qui nous concerne, l’exhortation moderne du vrai christianisme appelle moins à chercher la souffrance qu’à ne pas la craindre, ne pas la fuir, ne pas lui tourner le dos. Parce que si le christianisme moderne déserte la «maison de deuil» pour habiter dans la «maison de joie», alors ce sera la fin du vrai service, du don de soi, de la fidélité, de l’engagement et de l’esprit de sacrifice, ce sera la fin du véritable amour, celui qui repose sur un choix, et non sur un plaisir. Ce sera le triomphe de l’émotionnel, de la facilité, de l’individualisme, en un mot : de l’humain.

 

 

 

Un croisement de directions

La vie naturelle est une inclination à emprunter la direction opposée à la croix : elle cherche la vie, la liberté, le plaisir (l’évitement de la souffrance), la préservation des intérêts personnels (l’individualisme, l’égocentrisme).

La Croix, quant à elle, est porteuse de principes parfaitement antagonistes : la mort du domaine naturel, l’abandon de la volonté propre, l’identification à la mort de Christ… POUR la vie spirituelle qui en découle : le service de Dieu, l’amour du prochain comme soi-même.

Cette démarche, abondament présentée par les auteurs néo-testamentaires, est porteuse d’une forme de contrainte évidente — l’obéissance de la foi — qui en est la clé. L’obéissance provoque, de la part de Dieu, la mise à disposition des ressources nécessaire à l’accomplissement de sa volonté. À contrario, la résistance à l’entrée de Dieu dans Ses droits sur notre vie («car vous n’êtes plus à vous-mêmes»[64]) provoque la tiédeur, le désèchement et rend, au-dessus de nous, le ciel d’airain. La Croix (et le Saint-Esprit en nous) nous amène à nous défier de l’insouciance (le chemin large et spacieux[65]) et de toutes les philosophies qui utilisent ces notions, pour leur préférer le chemin étroit, qui mène à la porte étroite.

Les notions de plaisir et de facilité sont totalement opposées à la croix ancienne, et au principe de sacrifice que l’apôtre Paul (par exemple) met si souvent en avant. La croix ne véhicule jamais l’idée d’un service construit sur le plaisir, alors que des voix s’élèvent dans le christianisme en faveur d’un hédonisme chrétien[66], c’est-à-dire une vie spirituelle dont le fondement n’est plus la croix. Il s’agit donc d’un christianisme qui ne pourra éviter de « marcher en ennemi de la croix ».[67]

La nouvelle croix (la croix naturelle, en opposition à l’ancienne croix) ne met pas le pécheur à mort : elle le réoriente. Elle le renvoie dans une autre direction, dans un mode de vie plus sain et plus heureux, tout en sauvegardant son amour-propre. A celui qui est autoritaire, elle dit : «Viens et affirme-toi pour Christ!». A celui qui est imbu de lui-même, elle dit : «Viens et glorifie-toi dans le Seigneur !». A celui qui est avide d’émotions, elle dit : «Viens et repais-toi de communion fraternelle». Le message de l’Evangile est dévié, obliqué, dans le sens du courant en vogue, pour être accepté du public. La philosophie qui se tient derrière est sans doute sincère, mais sa sincérité ne l’empêche pas d’être fausse. Elle est fausse parce qu’elle est aveugle. Elle passe complètement à côté de la signification fondamentale de la croix[68].

La Croix amènera notre intérêt personnel à son niveau le plus bas, dans un dépouillement totalement inverse à la doctrine de la Prospérité,[69] émanation d’un évangile post-moderne — l’évangile du vieil homme — qui relève d’une théologie terrestre et humaine[70]. Et nous savons que le christianisme humain ne pourra éviter de prêcher un Dieu qu’on amène au niveau de l’humain, (alors que l’évangile fait le contraire) : c’est le péché du veau d’or, c’est-à-dire un aménagement de la religion dont les exigences anciennes et révélées sont écartées, pour ne conserver que les formes extérieures principales : c’est l’humanisme chrétien, qui n’a plus de chrétien que le nom[71].

Pour Christ, la Croix a été un abaissement et un dépouillement qui précédait la gloire[72]. Pour nous, l’expérimentation acceptée de la croix pourra sembler nous appauvrir extérieurement, tandis que dans le même temps, notre homme intérieur se renouvellera d’une manière incompréhensible et inattendue[73]. Il s’agit là d’un chemin totalement inaccessible à la compréhension et aux aspirations du chrétien post-moderne qui n’envisage la foi que par l’addition et la multiplication, tandis que l’Esprit de vie se sert du brisement pour faire émerger la vie véritable. Parce qu’alors le Fils est à sa place.

La Croix (la maison de deuil) est une folie pour l’Homme livré à ses sens, cherchant son propre épanouissement, parce qu’il ne cherche qu’à ajouter tandis que son appel spirituel consiste à accepter le retranchement du Naturel : c’est pourquoi le christianisme charnel ne pourra éviter de s’opposer à la croix, et par voie de conséquence, à Christ Lui-Même, tout en se revendiquant de lui[74].

La Croix est aussi une folie lorsqu’il s’agit pour nous d’accepter de la prendre comme une marque sur notre vie (tandis que d’autres choisissent de prendre une autre marque,[75] la marque de la Bête, celle de tous les autres systèmes), et d’accepter de la porter chaque jour, pour suivre l’idéal et le désir de l’Esprit en nous[76], ce chemin que nous reconnaissons intérieurement comme le meilleur, le plus haut élevé, celui sur lequel même l’insensé ne peut pas s’égarer[77].

La vieille croix est un symbole de mort. Elle représente la fin soudaine et brutale d’une vie humaine. Du temps des Romains, celui qui se chargeait de sa croix et qui s’engageait sur le sentier de la mort avait déjà dit adieu à ses amis. Il savait qu’il ne reviendrait pas. Il partait pour toujours. La croix ne faisait aucun compromis, elle ne modifiait rien, elle n’améliorait rien, elle n’épargnait rien; elle immolait tout en l’homme, complètement et définitivement. Elle n’essayait pas de rester en bons termes avec sa victime. Elle frappait dur et cruellement, et quand elle avait achevé son oeuvre, il ne restait rien de l’homme, il n’existait plus.

La race d’Adam est sous la sentence de mort. Il ne peut y avoir aucune commutation de peine, aucune échappatoire. Dieu ne peut approuver aucun des fruits du péché, aussi innocents ou agréables qu’ils puissent paraître aux yeux des hommes. Dieu doit mettre l’homme «à sac» et le «liquider» totalement, avant de pouvoir le relever en nouveauté de vie.

Cette prédication d’évangélisation qui établit des parallèles conciliants entre les voies de Dieu et celles des hommes est traître envers la Bible et cruelle pour l’âme des auditeurs.

La foi en Christ ne va pas en parallèle avec le monde, au contraire, elle le coupe. En venant à Christ, nous ne haussons pas notre vieille nature à un niveau supérieur, nous l’abandonnons à la croix[78].

 

Conclusion

La mise en opposition de la « maison de joie » et de la « maison de deuil » qui est faite par le livre de l’Ecclésiaste reflète assez exactement la dualité du christianisme de la fin des temps, qui nous est annoncé par Dieu comme cédant à la facilité — et donc tournant le dos à la difficulté :

«Dans les derniers temps … L’amour du plus grand nombre se refroidira …» [79]

«Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles.… les hommes préféreront le plaisir plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force »[80].

… Aimant le plaisir plus que Dieu : il ne s’agit pas seulement de la description du monde des incroyants, mais également du monde des croyants, une description qui touche à la maison de la foi. Aimer le plaisir, c’est chercher à vivre une vie spirituelle qui ne coûte rien, et surtout aucun effort : ce qui entraîne la disparition du sacrifice de l’autel[81].

Quel est donc l’appel pour ce temps ? Dieu cherche une Église — un christianisme — qui ne se coupe pas de «la maison de deuil», Il cherche une foi dans laquelle la mort peut agir, comme l’exprimait l’apôtre Paul : «la mort agit en nous pour que la vie agisse en vous» [82]… et non pas seulement un Corps qui cherche à optimiser toutes les possibilités de plaisirs religieux, afin de proposer au monde une formule qui soit acceptable par lui.

Mais le Seigneur trouvera-t-il cette Église et cette foi à son retour ? [83]

 

 

Jérôme Prekel®www.lesarment.com/dec2014

La brochure en pdf Apostasiefinal

 

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[1] Hédonisme (du grec ancien : ἡδονή / hēdonē, « plaisir » et du suffixe -ισμός / -ismós) est une doctrine philosophique grecque selon laquelle la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir constituent l’objectif de l’existence humaine.

[2] Parmi les caractéristiques du concept de la société post-moderne, on trouve : le culte du présent, la recherche du bien-être personnel, la fragilisation de l’identité. Dans “Les Temps hypermodernes”, le sociologue Gilles Lipovetsky estime que depuis les années 80, nous sommes passés de la recherche de l’épanouissement de soi à l’obsession de soi (crainte de la maladie, de l’âge…). L’hypermodernité entraîne un mouvement qui centre toujours davantage les choses sur l’individu en valorisant l’hédonisme libertaire, favorisé par la disparition des repères et des structures d’encadrement traditionnel (État, religion, famille).

[3] Ecclésiaste 2/10, 9/7, Proverbes 10/28.

[4] Galates 5/22 : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité…»

[5] « Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort » (Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, p. 244)

[6] (-106 à -43)

[7] «Devant la mort» (Première Tusculane), par Pierre Grimal, Arléa, p. 74-75.

[8] Ou selon Tertullien au chapitre 33 de son Apologétique : « Respice post te! Hominem te esse memento! » (« Regarde autour de toi, et souviens toi que tu n’es qu’un homme ! »). http://fr.wikipedia.org/wiki/Memento_mori

[9] Philippe Martin «Petite anthologie du bien-mourir»; Charles Quint, (1500-1558)

[10] Claude Masset, Laboratoire d’ethnologie préhistorique – UMR 7041 du CNRS et de l’Université Paris I. : «À quel âge mouraient nos ancêtres ?»

[11] Photo cadran solaire de Calvisson par Michel Lalos http://michel.lalos.free.fr/cadrans_solaires/autres_depts/gard/cs_30_nimes.php

[12] Essai sur l’histoire de la mort en Occident, du Moyen Age à nos jours, de Ph Ariès.

[13] «Tous les ennuis que nous vaut la vie moderne sont dus à ce qu’il y a divorce entre la nature et nous». Isaac Asimov (Les cavernes d’acier).

[14] En 2009, 70% des décès ont lieu en milieu hospitalier, «La mort à l’hôpital», Rapport RM2009-124P de l’Inspection Générale des Affaires Sociales

[15] Essai sur l’histoire de la mort en Occident, du Moyen Age à nos jours de Philippe Ariès.

[16] Source OMS : Prévention du suicide, l’état d’urgence mondial (2014)

http://www.who.int/mental_health/media/en/382.pdf

[17] La sous-estimation du nombre de décès par suicide peut provenir par exemple d’un défaut de déclaration par les instituts médico-légaux ou de l’existence de « suicides cachés » inscrits dans d’autres rubriques de décès comme les accidents ou les intoxications.

[18] selon le Dr Shekhar Saxena, responsable du rapport «Prévention du suicide»

[19] Exemples : en 2011, tuerie d’Oslo par Anders Breivik, chrétien islamophobe : 77 morts, 151 blessés – en 2012, aux États Unis, 7 fusillades ont provoqué la mort de 68 personnes.

[20] www.leparisien.fr/espace-premium/actu/des-ados-abattent-un-jeune-homme-pour-s-amuser-22-08-2013-3070555.php

[21] D’après le psychologue Franck Ardouin, spécialiste des adolescents meurtriers

www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/ados-meurtriers_489876.html#MZoLTCOwssq3GoUj.99

[22] Le site de l’OMS indique que sur les quelques 211 millions de grossesses qui surviennent chaque année, 46 millions se terminent par un avortement provoqué, soit plus de 20 %. Ce chiffre est à majorer par tous les actes clandestins, qui ne sont donc pas répertoriés. (www.who.int/whr/2005/chapter3/fr/index3.html)

[23] Données CépiDc (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès)– Inserm, 2008

[24] Anne Tursz (Inserm U988/Cermes3, Site Cnrs, Villejuif, 94), qui participait au dernier congrès des Sociétés médico-chirurgicales de pédiatrie (juin 2014 à Bordeaux). Source : Dr Marielle ammouche, (site egora)

[25] http://www.ifop.com/media/poll/2818-1-study_file.pdf

[26] Francesca Minerva (Univ. de Melbourne et Alberto Giubilini, (Univ. de Milan)

[27] www.huffingtonpost.fr/johann-roduit/avortement-postnatal-aton_b_1374577.html

[28] Alberto Giubilini n’est pas un inconnu en France : il a été invité à participer au colloque « Ethique famille » organisé à la mairie du XVIe arrondissement de Paris sous l’égide du CNRS, de l’université Paris-Descartes, de l’Union nationale des Associations familiales, avec Axel Kahn (www.colloque-ethique-famille.fr/spip.php?rubrique30).

[29] Hannah Arendt : «La condition de l’homme moderne».

[30] «Les étapes du capitalisme libéral au totalistarisme universel seront précisément les étapes de la déspiritualisation progressive de l’homme», Georges Bernanos, (cahiers de la Pléiade, juin 1948)

[31] 2 Thess 2/8-10 : «Et alors paraîtra l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement» + Apoc. 13/16

[32] Il est estimé à plus de 425 milliards d’euros (source : Euromonitor International, 2009–www.cosmetic-valley.com/page/presentation/chiffres-cles). À titre de comparaison, le montant global de la réponse humanitaire internationale en 2010 (aide publique au développement comprise) a été estimée à moins de 200 milliards de dollars. (Global Humanit. Assist. report 2011).

[33] 4,5 milliards d’euros, en croissance de 10% l’an, grâce aux nouvelles techniques de rajeunissement non invasives (botox).

[34] Le phénomène du « mort kilométrique » correspond au fait que les médias accordent de l’importance aux victimes d’un drame en fonction de la distance qui les sépare du téléspectateur, auditeur ou lecteur. Parce qu’on a constaté que l’empathie du téléspectateur est proportionnelle à sa proximité géographique personnelle du drame.

www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=219&Itemid=77

[35] www.omnsh.org/ressources/448/la-figuration-de-la-mort-dans-les-jeux-video-de-roles-et-daventures-de-la-fonction

[36] Le Témoignage de JP. Rozenczeig, président du Tribunal pour enfants de Bobigny (93) : « Un certain nombre de jeunes sont dans un monde irréel : ils enfoncent un couteau dans le coeur de quelqu’un pour lui prendre sa montre et ils s’étonnent qu’il ne se réveille pas ».

[37] Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d’après lequel le monde (et plus particulièrement l’existence humaine) est dénué de tout sens, de tout but, de toute vérité compréhensible ou encore de toutes valeurs.

[38] Apocalypse 13/17, 14/9, 14/11, 15/2, 16/2, 19/20, 20/4

[39] Matthieu 18/7

[40] Qui se montre partisan d’un conservatisme étroit ou d’un retour vers un état social ou politique antérieur.

[41] Proverbes 22/28

[42] Romains 12/2 : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ».

[43] Jn 17/14 : «Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal».

[44] Apocalypse 5/9 : «Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant: Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux; car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation; 10tu as fait d’eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre».

[45] 1 Corinthiens 16/13 : «Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous», 1 Pierre 5/8 : «Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera»

[46] Hébreux 12/16 : « Veillez à ce qu’il n’y ait ni impudique, ni profane comme Esaü, qui pour un mets vendit son droit de premier-né. Vous savez que, plus tard, voulant obtenir la bénédiction, il fut rejeté, quoiqu’il la sollicitât avec larmes; car son repentir ne put avoir aucun effet ».

[47] Galates 4/19 : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous…»

[48] 2 Pierre 1/4: « … lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise »

[49] Ephésiens 4/20 à 24 : « Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris Christ, si du moins vous l’avez entendu, et si, conformément à la vérité qui est en Jésus, c’est en lui que vous avez été instruits à vous dépouiller, eu égard à votre vie passée, du vieil homme qui se corrompt par les convoitises trompeuses, à être renouvelés dans l’esprit de votre intelligence, et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.»

[50] Luc 14/33

[51] Luc 14/26

[52] http://www.lesarment.com/2008/12/fondement-du-discipolat/

[53] A.W. Tozer. http://www.lesarment.com/2007/12/la-nouvelle-croix/

[54] 2 Corinthiens 2/15 : «Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent: aux uns, une odeur de mort, donnant la mort; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie».

[55] http://www.lesarment.com/2007/12/la-nouvelle-croix/

[56] www.lesarment.com/2011/03/la-base-inalterable-d’un-ciel-ouvert-c’est-une-tombe/

[57] Jean 16/8 : « Et quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement»

[58] Galates 2/20 : « J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi ».

[59] Jean 7/38 : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture ».

[60] 2 Timothée 4/2 à 4 : «… il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables.»

[61] http://www.lesarment.com/2007/12/la-nouvelle-croix/

[62] Hébreux 11/6

[63] 2 Timothée 2/3 : « Prends ta part de souffrances, comme un bon soldat de Jésus-Christ. Il n’est pas de soldat qui s’embarrasse des affaires de la vie, s’il veut plaire à celui qui l’a enrôlé; »

[64] 1 Corinthiens 6/19

[65] Matthieu 7/13 : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là.»

[66] Prendre plaisir en Dieu (John Piper)

http://www.lesarment.com/2014/08/le-bonheur-de-dieu-la-fondation-de-lhedonisme-chretien/

Mes Frères, songez à l’hédonisme chrétien, par John Piper

[67] Philippiens 3/17 à 19 : « Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j’en parle maintenant encore en pleurant. Leur fin sera la perdition; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre.…»

[68] A.W. Tozer, http://www.lesarment.com/2007/12/la-nouvelle-croix/

[69] http://www.info-sectes.org/pseudo-evangeliques/prosperite.htm

[70] Jacques 3/15 : « Ce n’est pas là la sagesse qui descend d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale, diabolique ».

[71] « Et tous ôtèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles, et ils les apportèrent à Aaron. Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent: Israël! voici ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte … Lorsqu’Aaron vit cela, il bâtit un autel devant lui, et il s’écria : Demain, il y aura fête en l’honneur de l’Eternel!…» (Exode 32/3 à 5).

[72] Proverbes 15/33 et 18/12

[73] 2 Corinthiens 4/16 : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour ».

[74] Jean 16/2 : «et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu»

[75] Apocalypse 14/11 : « Et la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles; et ils n’ont aucun repos, ni jour, ni nuit, ceux qui rendent hommage à la bête et à son image, et si quelqu’un prend la marque de son nom ».

[76] Jacques 4/5 : « L’Esprit qui demeure en nous, désire-t-il avec envie?», Galates 5/17: « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez.»

[77] Ésaïe 35/8 : « Il y aura là un chemin frayé, une route, Qu’on appellera la voie sainte; Nul impur n’y passera; elle sera pour eux seuls; Ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s’égarer ».

[78] A.W. Tozer, http://www.lesarment.com/2007/12/la-nouvelle-croix/

[79] Matthieu 24/11 : « Plusieurs faux prophètes s’élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens. Et, parce que l’iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira. 13Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé.…»

[80] 2 Timothée 3/1 et 4, 5

[81] Romains 12/1 : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable ».

[82] 2 Corinthiens 4/12

[83] Luc 18/8 : « Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? »

4 comments On Signes d’apostasie : fausse mort et perte de la quête de l’immortalité

  • Bonjour Gérôme,
    Voilà un article qui mérite sa publication et son audience auprès du monde chrétien et plus particulièrement auprès de la blogosphère évangélique à laquelle j’appartiens ! (Parfois, je l’avoue, avec le sentiment d’y perdre trop de temps à déchiffrer et comprendre des positions étranges).
    Tu touches là non seulement un point fondamental de la vie chrétienne, mais parviens à démontrer (et à démonter) de manière éloquente et bien documentée les ressorts et rouages de cette machine infernale qu’est la fausse mort sous l’égide du grand menteur et prince de ce monde.
    Car sans la conscience de la vraie mort, comme tu le rappelles vigoureusement, il ne peut exister de résurrection authentique. Aussi notre conscience naturelle nous dirige-t-elle continuellement vers des leurres (autant de fausses morts) qui nous amènent, malheureusement, vers une mort spirituelle bien réelle, celle-ci: la seconde mort (Ap 20:6), perpétuation ad infinitum de la vraie mort avortée, anesthésiée, assassinée. Condamnés que nous sommes à vivre (c’est un comble !), déjà sur cette terre, la mort spirituelle. Et tous ces gens (dont nous pourrions faire partie si nous n’y prenons pas garde) qui font un pied de nez à la fausse mort, qui se moquent d’elle effrontément !
    Tristement, et paradoxalement, il y a du vrai dans la mise à distance, la dérision et même le culte de la fausse mort assumée: la propre mise en scène effective d’un carnaval funeste aux visages biologiquement vivants et spirituellement morts sous les masques.
    Combien ce piège, à défaut de nous engloutir complètement, nous éloigne de notre vraie vocation chrétienne, faite de renoncement à soi-même, de sacrifice et de service désintéressé (comme le serviteur inutile). Attachés que nous sommes à vouloir transformer le monde (mot d’ordre donné tout récemment dans une église évangélique locale). Comme si le monde, en tant que monde au sens biblique du terme, pouvait être transformé ! Existe-t-il un seul exemple de théocratie aboutie ? Mais beaucoup de coeurs peuvent être radicalement transformés dans le monde lorsque la vraie vie paraît à travers la vraie mort acceptée.
    Merci, Gérôme, pour ce rappel vital, qui m’a beaucoup touché et conforté dans la volonté de me tenir dans le monde mais de ne pas lui appartenir, serait-ce par des liens invisibles et subtiles qui nous démangent pourtant, si nous voulons bien écouter la voix de l’Esprit.

    • Bonjour François
      Merci pour le retour et les encouragements. Il faut reconnaître que c’est un sujet relativement inhabituel — et donc assez rarement traité. J’espère qu’il apportera matière à réflexion, quel que soit le niveau de maturité ou de connaissance des uns et des autres.
      Comme tu le rappelles, il existe effectivement aujourd’hui une tendance assez nette à l’assimilation du Monde dans l’église, et de l’église dans le Monde, et le courant prophétique qui consiste à renvoyer ces deux principes dos à dos ne risque pas de se développer. Il n’a jamais prospéré, et ça ne va pas commencer aujourd’hui. C’est ce que le message de A.W.Tozer, cité dans cette brochure, restitue très bien.
      Bénédictions/Jérôme

  • Tout simplement merci Jérôme Prekel.
    D’accord avec l’article et le commentaire de Mr Poreti.
    Dominique . Goetzmann

  • Réflexion transmise par Jean-Louis Bulté:

    Le rapport de nos contemporains vis à vis de la mort est effectivement significatif et je voudrais m’arrêter sur deux phénomènes très actuels qui en disent long.

    Le premier est celui de l’incinération : de plus en plus de gens, en occident du moins, décident de se faire incinérer. Cela serait plus propre, plus rapide que des obsèques ordinaires et aussi moins coûteux. Mais derrière cette volonté de disparaître en cendres se dissimule un état d’esprit rebelle à l’ordre divin ; l’affirmation finale de vouloir disposer de son corps en toute liberté sans rendre compte à qui que ce soit ; la proclamation d’une foi contraire à l’Evangile qui prétend qu’il n’y a rien après la mort et que le corps n’a aucune espèce d’importance. Je ne peux choisir ma façon de mourir ni l’heure de ma mort à moins de mettre un terme délibéré à mes jours, mais beaucoup estiment avoir au moins la liberté de choisir leurs obsèques. Rien de très choquant quand il s’agit de la position de personnes éloignées de Dieu jusqu’à la dernière heure.

    Beaucoup plus choquant quand la réflexion est ouverte parmi les chrétiens pour savoir si ce « mode opératoire » concernant les dépouilles est recevable ou non. La réponse devrait être immédiate et parfaitement claire tant la Bible nous déclare que nos corps-mêmes ne nous appartiennent plus mais appartiennent au Seigneur. Comment donc prendrais-je la liberté de disposer de mon corps alors qu’il ne m’appartient plus ?

    D’autre part, c’est se borner à des considérations matérielles et financières ridicules alors que l’enjeu va au delà d’une simple incinération. Comment pourrais-je m’associer aux païens dans un acte qui transpire l’incrédulité et le mépris de l’éternité ? Pourquoi décider que je doive disparaître en cendres quand l’Ecriture nous affirme que notre corps a la promesse de la résurrection ?
    En bref, la décision de vouloir être incinéré est tout, sauf anodine. Elle en dit long et résulte d’un aveuglement total et coupable.

    L’autre point est celui du don d’organes auquel le corps médical ne cesse de nous sensibiliser. Après tout, quoi de coupable de vivre avec le coeur, le foie, les reins, les yeux -et j’en passe- d’un autre ? Tout cela n’est après tout que chair, un ensemble de pièces détachées biologiques ! En réalité, il y a ici le rejet de la mort qui apparaît comme la fin définitive de toute existence. Puisqu’il n’y a rien après la mort, aucune espérance, autant essayer de prolonger au maximum la vie terrestre. Voilà l’enjeu. Nous en sommes rendus à ce point de folie que certains chercheurs envisagent de créer des enfants pour fournir des organes et d’en créer avec les cellules mêmes de la personne malade pour éviter tout rejet. Mener de telles réflexions est tout simplement effrayant,écoeurant au plus haut point et je pense que tous les chrétiens s’indignent comme il se doit sur de telles perspectives thérapeutiques !

    Par contre, la séduction liée au don d’organes me semble plus réelle. Après tout, il s’agit de sauver une vie ! Et n’est-ce pas un acte d’amour par excellence ? Ne sommes-nous pas appelés à aimer notre prochain comme nous-mêmes ? Nos corps ne sont finalement destinés qu’à la poussière, alors un organe en moins, qu’est-ce que cela change ?
    Que de pensées purement charnelles bien qu’elles se drapent ici ou là d’un brin de spiritualité et d’amour du prochain. Pour Dieu, nous sommes tous uniques et de ce fait, nos corps sont uniques et ne sauraient être assimilés à de vulgaires amas d’organes bien assemblés. Seul un refus de la mort -et Dieu peut très bien prolonger les jours de qui Il veut- peut motiver cette acceptation de l’organe d’un autre. Je ne crois pas à l’au-delà et je veux encore profiter du temps présent…

    Qu’elle est loin la proclamation de Paul : « O mort, où est ta victoire ! O mort, où est ton aiguillon ? » Cet homme avait une telle vision du Ciel et du Royaume qu’il considérait comme bien meilleur de quitter ce corps pour être avec le Seigneur. Bien sûr, pour considérer la mort comme un gain, faut-il encore que Christ soit réellement devenu notre vie ! Nous le voyons donc clairement : l’incinération et le don d’organes sont deux phénomènes qui en disent long et expriment la même chose : il n’y a que cette vie terrestre et rien d’autre. Minimiser l’importance de ces questions comme le font certains pasteurs est coupable, assurément coupable !
    Jean-Louis Bulté

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