La fausse doctrine de l’enlèvement global

«L’Eglise» sera-t-elle enlevée dans les jours de la fin des temps ?
Une annonce de plus en plus répandue aujourd’hui prétend que l’ensemble du corps de Christ (c’est-à dire «l’Eglise» et donc par extension «les chrétiens») sera enlevé avant le retour du Seigneur. La plupart des commentaires traitent de la chronologie dans laquelle s’inscrit l’enlèvement, ou focalisent notre attention sur les détails économiques et politiques de la préparation du règne de l’antichrist, mais nous exposent plus rarement le sens et la signification profonde de l’enlèvement, ainsi que l’intention divine.
Cette carence entraîne une simplification dangereuse de ce sujet, qui fait directement le jeu de l’ennemi du peuple de Dieu, en ce qu’elle inhibe la préparation volontaire et active des coeurs, favorisant une forme de passivité qui entraîne fatalement à mépriser l’exhortation céleste : «Que celui qui se sanctifie, se sanctifie encore!» (Apoc. 22/11).
La démonstration qui suit cherchera à établir qu’au contraire, «l’Eglise» ne sera pas enlevée dans le sens où on l’entend globalement, et que le peuple de Dieu a tout à gagner à reconsidérer sa conception de l’enlèvement. Comment ? En cherchant d’un coeur vrai à rendre à la Parole de Dieu toute l’autorité sur nos interprétations, parfois fondées sur une théologie héritée de la tradition. Que disent les Ecritures au sujet de l’enlèvement ?
« Car le Seigneur lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel; et les morts en Christ ressusciteront premièrement; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur». 1Thess 4:16
C’est principalement sur ce passage des Écritures que se fonde l’attente de «l’enlèvement» (ainsi que Matthieu 24/40 : «au jour du Fils de l’Homme …l’un sera pris, l’autre laissé»).

La première chose que nous pouvons dire, le premier fondement de notre réflexion sur ce sujet, c’est que dans l’Ancien Testament, l’enlèvement est un phénomène qui a été réservé à des figures de premier plan dont la foi et l’engagement étaient absolus pour la cause de Dieu (Hénoc, Genèse 5/24 et Elie, 2 Rois 2/1 – ainsi que dans le N.T. Jésus, Actes 1/9), et il est intéressant de conserver à l’esprit ces trois exemples dans notre méditation de cet évènement futur. Dieu ne change pas, et les valeurs qui sont les Siennes n’ont pas subi l’érosion du temps, ni varié malgré l’impuissance de l’Homme à se conformer à Son plan.

«Nous, les vivants qui demeurons …»: la définition de l’enlèvement communément entretenue admet donc, au travers d’un consensus assez large, que l’expression «nous, les vivants qui demeurons» englobe l’ensemble des croyants concernés par ce moment. C’est pour cette raison qu’il est prêché que «l’Eglise sera enlevée au retour du Seigneur». Mais est-ce juste ?

Ne faisons-nous pas preuve d’une certaine forme de naïveté – pour ne pas dire d’angélisme – si nous nous arrêtons à cette conception des choses qui stipule que tous ceux qui croient en Dieu seront enlevés ? Vous conviendrez en effet qu’entre les formules : «l’ensemble des croyants» et «tous ceux qui croient en Christ comme leur Sauveur», nous pouvons d’emblée constituer deux corps spirituellement très distincts. Cela nous entraîne donc inévitablement à définir d’une manière plus précise : qui sont«…les vivants qui demeurons …»?

Si nous choisissons d epenser que «l’Eglise» est simplement constituée par l’ensemble de ceux «qui croient en Dieu», alors nous pouvons admettre effectivement que l’enlèvement s’opérera dans toutes les dénominations chrétiennes, et ce, dans leur intégralité, sans distinction aucune. Cette interprétation représenterait en quelque sorte une garantie de non-élitisme de l’amour de Dieu qui sied à quelques-uns. Mais si nous sommes prêts à écouter le message du Saint-Esprit qui se dégage de l’ensemble des Ecritures, alors nous serons amenés à réformer nos conceptions (inspirées par une fibre humaniste ou sentimentale) pour les calquer sur des enseignements bibliques plus fidèles.

«Nous, les vivants qui demeurons …» peut-il faire référence à une «Eglise» qui serait «l’ensemble de ceux qui croient en Dieu» ? L’épître de Jacques nous montre que la vraie foi va plus loin qu’une simple adhésion. Elle dit clairement que celui qui se contente de croire que Dieu est vivant (et même qu’Il est unique), ne se distingue pas encore des démons qui partagent cette vision du divin… (Jacques 2/19). Croire «simplement» en Dieu sans que cela soit suivi d’effets spirituels concrets est même assimilé à une stérilité, une vanité : la foi sans les oeuvres est morte (Jacques 2/26).

«Nous, les vivants qui demeurons …» ne peut raisonnablement concerner l’ensemble de la corporation de ceux qui croient en un Dieu unique, car l’attachement à la Parole de Dieu et la fidélité à la Personne-même de Christ y sont perçues de manières très disparates. Nous en trouvons une confirmation dans le discours de Jésus sur le Cep et les sarments : « tout sarment EN MOI qui ne porte pas de fruit, Il le retranche » (Jean 15). Quelques temps auparavant, dans sa discussion avec la femme samaritaine, Jésus lui explique « Vous en savez pas ce que vous adorez » (Jean 4). Il ne lui dit pas que sa foi est inexistante, mais en déclarant que le Père « se cherche de vrais adorateurs », il admet qu’il en existe de faux. On peut donc croire en Dieu et ne pas le connaître. Or, l’enlèvement concerne vraiment ceux et celles qui connaissent vraiment Dieu.

Dans beaucoup de cas bibliques, Dieu montre que «les ensembles» doivent passer par des tests qui révèleront les véritables attachements. Or, «l’Eglise» fait partie de ces «ensembles».
Il y avait par exemple parmi ceux qui suivaient Jésus lors de son ministère terrestre un ensemble apparent, et pourtant de profondes séparations cachées :

  • une grande foule qui criait «Hosanna !» … mais qui criera aussi «crucifie !»; puis parmi elle un cercle plus étroit constitué par les proches et amis; puis un autre cercle constitué par les disciples, plus proches des enseignements de Jésus;
  • puis un autre cercle plus étroit encore, constitué des proches choisis, Pierre, Jacques et Jean; chaque ensemble verra sa fidélité et son attachement testé par l’épreuve, jusqu’à cette évidence finale de Golgotha:
  • un seul au pied de la croix, c’est-à dire Jean, à l’heure où tous l’ont abandonné.
    Ces cercles concentriques deviennent de plus en plus étroits, leur cadre de plus en plus resserré, et ceux qui se tiennent dans la plus grande proximité de Dieu … seront ceux en lesquels le processus de l’amour sera le plus avancé (ici, l’apôtre Jean) et qui démontrent qu’ils ne font pas de cas de leur vie (Apocalypse 12).

«Nous, les vivants qui demeurons, nous seront ravis ensemble … à la rencontre du Seigneur, en l’air et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur» est donc la traduction d’un attachement puissant à Christ, dans la pensée de l’apôtre, dont la composante principale ne peut être que l’amour, et non une adhésion formelle à un concept religieux bien ou mal défini.
Si nous croyons donc (ou pire : si nous laissons croire) que «l’ensemble des chrétiens» est promis à l’enlèvement, nous sommes les victimes et les artisans inconscients d’une demi-vérité qui travaillera à la perte d’un grand nombre d’hommes et de femmes sincères qui, n’ayant pas été avertis, se seront reposés sur une interprétation erronnée du plan divin.

L’INTENTION DIVINE

«Celui qui vaincra, je lui donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai vaincu et je me suis assis avec mon Père sur son trône» (Apocalypse 3:21).

Dans bien des passages nous pourrions trouver des traces d’enseignements de l’intention divine éternelle pour nous (voir aussi Rom. 8/29 et Eph. 1/5). Elle est manifestée ici de façon très claire et dépasse de loin ce que nous pouvions imaginer : c’est-à dire la participation, pour les «vainqueurs», au gouvernement et au règne sur toutes choses, pour toujours. Le don de la Vie est ici sublimé par le partage de la gloire et de l’autorité personnelle de Dieu. Et si ces choses nous dépassent et nous donnent le vertige, elle nous permettent en même temps de mieux comprendre la pureté et la sainteté de ce grand but divin pour nous, qui nécessite de notre part un engagement et une alliance dont la vocation est de s’affermir (Proverbes 4/18). Car Dieu veut que Son Épouse se prépare (Apocalypse 19/7), et qu’elle le fasse sur la base d’un choix libre et entier. C’est une des leçons de la parabole des 10 vierges.

Le Saint-Esprit est la force qui nous a été donnée, qui a été mise à notre disposition pour suppléer à toutes nos faiblesses, pour être notre énergie morale et spirituelle, notre force d’âme et la vitalité de notre vertu, afin de nous rendre capables de CHOISIR de servir (d’épouser) la Justice de Dieu et de marcher dans Sa vérité et Sa lumière.
Notre fruit est dans la sainteté (Rom. 6), c’est-à dire dans la séparation volontaire (l’acceptation du but divin pour notre vie) avec les choses anciennes.
C’est le sens-même du mot «église» dont la racine grecque «ekklesia» contient l’idée de séparation («hors de»).

La préparation de l’Épouse est un choix, de la même manière que les vierges folles ont fait le choix, à données égales, d’une vie spirituelle qui les a amenées (ou pas) à remplir leurs vases. Peut-être certaines nobles activités devraient-elles être délaissées au profit de l’essentiel … Le choix du Bien et de la Vie est continuellement proposé dans notre existence. Le choix existe et nous appartient, depuis le jardin d’Eden (où l’homme fit le mauvais choix), jusqu’au jardin de Getsémané, où le fils de l’Homme fit le choix de renoncer à Sa volonté, pour épouser la volonté céleste, malgré le chemin de douleur et la perspective de la mort.

LA CONDITION DIVINE

Il revient donc à dire que la condition sine qua non de l’enlèvement est la sainteté (dans le sens de «séparation» des choses anciennes, et donc la réservation pour la Vérité) ainsi que la révélation totale de la Justice de Dieu dans notre vie et son instauration dans toutes les sphères de notre existence. C’est l’installation d’une confiance qui a grandi en Lui, de force en force, de gloire en gloire, d’épreuves en épreuves, à un point tel que Christ a été formé dans le coeur (Galates 4/19), Lui, le visage de l’amour du Père, qui est le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa personne (Hébreux 1:3).

Les apparences tendent ici (dans cet article) à montrer que la condition divine de l’enlèvement est restrictive ou élitiste, alors qu’au contraire nous devons la considérer comme une forme d’attestation divine qui donne du sens à la confiance et à l’amour de ceux qui «n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort, (qui ont vaincu la bête et son image, Ap. 15/4) à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage» (Apocalypse 12:11).
C’est pour eux que des places ont été préparées, depuis la fondation du monde, à la gauche et à la droite de l’Agneau, et même comme nous l’avons vu «avec Lui sur son trône». Non pas qu’elles soient réservées nominativement de par l’autorité divine, mais parce que Dieu savait, de toute éternité, qu’une partie de ceux qui disent L’aimer et Le servir traverserait toutes les tribulations et surmonterait tous les obstacles en se donnant à Lui avec confiance, et parviendrait devant Lui, poussés par une force plus grande qu’eux.
Quelque chose dans leur vie (comme dans la vie des vierges sages) les a entraînés à agir dans le sens où Dieu l’entendait, et là où Dieu les attendait. Ce «quelque chose» NE PEUT PAS être une prédestination divine arbitraire, car cela ferait apparaître (par exemple) les exhortations «aux vainqueurs» comme une vaste supercherie … puisque tout serait décidé d’avance pour tous.

L’amour de Dieu en eux a trouvé Son chemin, et leur volonté à épousé la Sienne : il est donc juste qu’ils soient appelés «l’Épouse de Christ». Leur pélerinage les a mené hors du camp de l’Humain (Hébreux 13/13) pour entrer, habiter et demeurer «dans le royaume du Fils de Son amour» (Colossiens 1/13), dans lequel nous avons tous été transportés, transplantés lors de notre nouvelle naissance.
C’est à ceux-là que l’enlèvement est réservé, eux, les vivants qui demeurent … Et cet appel s’adresse encore à nous tous aujourd’hui, et nous sommes encouragés à refuser l’échec de vies tièdes, ou l’enlisement de confession formelles, pour apporter devant le trône de la Grâce notre ardente supplication, et notre repentance. Et Il nous rendra capables de trouver «où acheter cette huile», et de nous préparer pour Lui. Car on ne peut pas réveiller l’amour de la fiancée avant qu’elle le veuille …

Article de Jérôme Prekel paru dans Le Sarment n°36

2 comments On La fausse doctrine de l’enlèvement global

  • n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort, qui ont vaincu la bête et son image à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage apocalypse 12.11

    ce verset est falsifié  » qui ont vaincu la bête et son image » a été rajouté et pris ailleurs

    • Bonjour
      Merci pour votre remarque.
      Notez que la définition du verbe «falsifier» du Larousse dit : «Altérer le contenu d’un texte, l’authenticité d’un document, afin d’induire en erreur», ce qui n’est bien sûr pas le cas ici. Le mot a probablement dépassé votre pensée. Néanmoins votre remarque est pertinente : pour plus de clarté, une référence a été ajoutée, celle d’Apocalypse 15/4, qui concerne «ils ont vaincu la bête et son image».
      Bénédictions/JP

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