La vérité sur quelques mensonges

Cette semaine, nous examinerons la stratégie de communication du mensonge-vrai autour du café. Oh, je sais, on pourra considérer que le traitement d’un tel sujet est bien inutile et bien léger, dans une chronique chrétienne. Détrompez-vous. Un proverbe (profane) dit que « le diable se cache dans les détails » ; vous allez voir ici COMMENT il se cache. C’est instructif.

Comment faire croire que le café est bon pour la santé alors que beaucoup d’études scientifiques montrent le contraire ? Comme d’habitude dans le secteur de l’agroalimentaire, en créant des « faux nez » (de fausses-vraies études) par le biais de vrais-faux organes scientifiques. En l’occurrence ici l’ASIC (Association Scientifique Internationale du Café). Retenez bien ce nom.

Une enquête du Canard Enchaîné précise : « Depuis trente huit ans, cette structure financée et pilotée par les grands noms du café, de Nestlé à Kraft Foods (Carte Noire, Jacques Vabre, Grand’Mère …) s’applique à « diffuser aussi largement que possible les connaissances scientifiques et techniques sur le café ». Pour ce faire, elle a créé un consortium européen (le Physiological Effects of Coffee) qui finance la plupart des chercheurs travaillant sur la caféine. Pas moins de cinq à dix publications par semaine !
Le but de la manoeuvre étant que la presse reprenne les yeux fermés toutes ces bonnes nouvelles sur la caféine. Ainsi, il y a peu dans « L’Express » un article enthousiaste de trois pages intitulé « Café à votre santé ». Parmi les personnes citées, une neurobiologiste, Astrid Nehlig, directrice de recherches à l’Inserm, laquelle affirme que la caféine n’entraîne pas de dépendance, et que boire du café est bon pour la maladie de Parkinson et le cancer du côlon.
Nulle part n’est précisé … qu’elle est membre du conseil d’administration de l’Asic et que son étude sur la dépendance au café chez l’homme a été entièrement financée – pour 46 000 euros – par le Physiological Effects of Coffee (à quoi s’ajoutent dix chercheurs de l’Inserm mobilisés pendant neuf mois). »

Contactée par le « Canard enchaîné», la scientifique reconnaît que les industriels du café « ont bien sûr un droit de regard sur les résultats avant leur publication » et qu’ils ont carrément choisi le thème de l’étude. Il faut dire que l’idée que le café puisse rendre aussi dépendant que le tabac leur donne du souci. Tout comme le fait qu’il pourrait augmenter, à forte dose évidemment, la tension artérielle, favoriser le cancer de la vessie, détraquer le rythme cardiaque, déclencher des crises d’angoisse, augmenter le risque de Parkinson chez les femmes qui prennent un traitement hormonal pour la ménopause, et se traduire chez celles qui sont enceintes par des retards de croissance pour l’enfant … voire bien pire(1).

A la suite de cette information, on serait tenté de greffer des résultats d’études montrant les dangers et les méfaits de la caféine, qu’on ne trouve pas seulement dans le café. Et ce serait bien légitime. Qu’il suffise de rappeler que nous trouvons de la caféine, qui est une drogue dans le sens le plus littéral du terme (et croyez-moi, je sais de quoi je parle) dans une célèbre boisson dont le nom commence pas « co » et qui finit par « ca » (c’est pour ne pas faire de la pub). Pas étonnant que le succès soit planétaire : la valeur de six morceaux de sucre par verre et une bonne dose de caféine – entre 35 et 46mg par canette – (2), c’est la recette miracle. Surtout pour les dentistes.

Plus sérieusement, il suffira à chacun de nous de tenter l’expérience de se passer du café pendant une semaine … euh disons 3 jours … enfin ne serait-ce qu’un seul jour (!) et vous aurez pris la température exacte de votre addiction véritable. Et vous cesserez de vous mentir. Vous comprendrez d’un seul coup, sans avoir un Master de biologie moléculaire, qu’on prend souvent les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, avec ces vraies-fausses études.

Pasteur Jean AYMAR
www.lesarment.com

Refs :

1) Comparé aux femmes qui ne boivent pas de café, celles qui consomment 4 à 7 tasses ont 80% de chances de mettre au monde un enfant mort-né, tandis que celles qui en prennent 8 tasses ou plus ont un risque accru de 300%… les femmes qui boivent beaucoup de café, fument et consomment plus d’alcool que les autres (Dr Peter Mareen – Wisborg K et al. Maternal consumption of coffee during pregnancy and stillbirth and infant death in first year of life: prospective study. British Medical Journal 2003;326:420-422..
http://www.e-sante.be/be/magazine_sante/sante_femmes_sante/cafe_augmente_risque_accoucher_enfant_mort_ne-3114-951-art.htm

2) Voici la quantité de caféine que contiennent des produits que vous prenez peut-être régulièrement. (Une « tasse » est une portion moyenne, soit environ 200 ml.)
une tasse de café filtre ou pression : 100 mg
une tasse de café instantané : 65 mg
une tasse de café décaféiné : environ 1 mg
une tasse de thé : 30 mg
une boisson gazeuse (280 ml) contenant de la caféine : 35 mg (Il existe de nos jours des boissons gazeuses qui contiennent deux fois plus de caféine.)
une tablette (50 g) de chocolat : 20 mg
une tasse de chocolat chaud : 50 mg
On considère que le seuil de dépendance physique est de 350 mg pour un adulte, et de 80 mg pour un enfant.

La caféine est la substance psycho-active la plus utilisée au monde. En Amérique du Nord, plus de 80 pour cent des adultes consomment de la caféine régulièrement.

Même une petite quantité de caféine aura un effet marqué sur un enfant parce que son corps est plus petit. Il est donc bon de faire attention à la quantité de caféine que vos enfants consomment, que ce soit sous forme de chocolat, de boissons gazeuses ou de médicaments.

Un rapport pourrait exister entre la consommation, la vie durant, de café ou d’autres formes de caféine et la perte de densité osseuse chez les femmes, ce qui augmenterait le risque d’ostéoporose.
http://www.camh.net/fr/About_Addiction_Mental_Health/Drug_and_Addiction_Information/caffeine_dyk_fr.html

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