J’étais la femme d’un pasteur. Le suicide a fait de moi la veuve d’un pasteur

Ce que j’ai appris sur la santé mentale et le ministère après la mort tragique de mon mari, par Kayla Stocklein, 10 septembre 2020.

Image : Avec l’aimable autorisation de Kayla Stoecklein

« J’avais 19 ans quand j’ai rencontré Andrew et je suis rapidement tombée amoureuse. C’était un enfant de pasteur qui se sentait appelé au ministère, et il ne m’a pas fallu longtemps pour réaliser que la vie avec lui signifiait la vie de femme de pasteur.

J’ai grandi en allant à l’église tous les dimanches, mais ce n’est que lorsque j’ai passé du temps avec la famille d’Andrew que j’ai eu un aperçu de ce qu’était la vie dans les tranchées du ministère. En me penchant, en écoutant et en apprenant, j’ai vu que même si le service dans le ministère peut être significatif et beau en coulisses, il peut aussi être stressant, décevant, décourageant et solitaire.

En 2015, Andrew est devenu le pasteur principal de l’église et j’ai rapidement trouvé des moyens de remplir mon nouveau rôle de femme de pasteur principal. J’ai fait partie de l’équipe du ministère des femmes, je me suis installée dans le groupe MOPS le mercredi et je suis arrivée à temps pour le tout premier service chaque dimanche.

Le ministère, c’était tout. Notre monde entier tournait autour de l’église locale et de l’appel que Dieu avait placé sur la vie d’Andrew. Son appel est devenu mon appel ; sa passion, ma passion ; son but, mon but.

Puis, le 25 août 2018, après avoir traversé une saison d’épuisement, de dépression et d’anxiété, mon mari bien-aimé Andrew est mort tragiquement par suicide.

La vie telle que je la connaissais a changé à jamais … Tout d’un coup, j’ai vu des images de ma vie et des photos de ma famille faire les gros titres partout dans le monde. Nous avons été propulsés sous les feux de la rampe en un instant.

Pendant que le monde nous regardait, se penchait, nous écoutait attentivement, j’ai choisi de parler. Je ne voulais pas que le suicide ait le dernier mot. Trois jours seulement après qu’il soit rentré au paradis, je lui ai écrit une lettre et l’ai publiée sur le blog de notre famille. « Ton nom vivra de manière puissante », lui ai-je promis. « Ton histoire a le pouvoir de sauver des vies, de changer des vies et de transformer la façon dont l’Église soutient les pasteurs. »

C’est par cette lettre que j’ai commencé à voir la main de Dieu à l’œuvre, rachetant ce qui était perdu et sauvant même des vies du suicide. Nous avons reçu des centaines de lettres, de cadeaux, de dons, de livres, de couvertures et de bouquets de la part de parfaits inconnus. L’amour était fort.

Ce que j’ai remarqué très tôt et ce que j’ai appris ces dernières années, c’est que l’histoire d’Andrew n’est pas rare. Cette semaine marque la Semaine nationale de sensibilisation à la prévention du suicide et, malheureusement, année après année, l’église américaine perd de plus en plus de ses dirigeants à cause du suicide.

Chaque pasteur a besoin d’un cercle de personnes sûres avec lesquelles il peut être vulnérable. Ils ont besoin d’amis proches et d’une communauté de confiance où ils peuvent baisser leur garde, enlever leur chapeau de pasteur et être simplement eux-mêmes. Andrew disait souvent : « C’est la solitude au sommet », mais ce n’est pas forcément le cas. Nous n’avons jamais été créés pour vivre seuls ; ça ne marche pas.

Le fardeau est d’autant plus lourd que les exigences du ministère semblent implacables. Il a fallu des années de pastorat à Andrew pour trouver ne serait-ce qu’un jour de repos par semaine. Si nous ne créons pas de marge de repos, nous allons nous retrouver à vide. Nous devons avoir l’intention d’éteindre notre téléphone, de nous déconnecter de nos e-mails ou de rester loin de notre ordinateur pendant la journée. Le repos est la clé du succès.

La vérité que j’ai découverte grâce à mon ancien rôle de femme de pasteur est que les pasteurs sont aussi des personnes. Ils ne sont pas surhumains, ils sont humains. Ils ne sont pas invincibles ; ce sont juste des vaisseaux cassés qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour être une lumière brillante dans un monde vraiment sombre et désespéré. Mais pour continuer à briller et à diriger à partir d’un lieu de force, les pasteurs doivent aussi prendre soin d’eux-mêmes. Les pasteurs ont besoin d’une communauté, ils doivent partager le poids du manteau, et ils doivent se donner la permission et la marge pour guérir et se reposer.

Pour les dirigeants qui se sont engagés envers l’église et envers Dieu à servir à tout prix, il peut être difficile – voire impensable – de dire que le coût personnel est devenu trop élevé. Mais la vérité est que votre vie et votre santé sont plus importantes que votre ministère. Si votre ministère vous tue, s’il détruit votre famille, s’il exacerbe votre dépression, il est temps de le dire à quelqu’un et de faire une pause.

Encore une fois, c’est difficile pour chacun d’entre nous, mais c’est particulièrement difficile pour ceux qui se considèrent comme répondant à un appel permanent et global à un leadership sacrificiel. Mais en dirigeant comme le Christ, nos pasteurs n’ont pas besoin de diriger à la place de Christ. Le sacrifice ultime a été accompli pour nous. Les pasteurs devraient être libres de partager leur douleur et leurs luttes, sachant qu’ils n’ont jamais été destinés à les porter seuls.


Kayla Stoecklein est une avocate des personnes confrontées à la maladie mentale et est la mère de trois jeunes garçons. Rejoignez-la sur kaylastoecklein.com et sur Instagram @kaylasteck. Son premier livre, Fear Gone Wild, a été publié cette semaine.

Article paru dans la revue Christianity Today

Selon une étude faite par l’Insitute of Church Leadership Development, 70% des pasteurs américains luttent contre la dépression. L’étude montre aussi que 71% des pasteurs ont le sentiment d’être en burn out, et 90% ont l’impression d’être fréquemment épuisé. Quand on leur demande l’impact de leur ministère pastoral, 80% disent que cela a eu un effet négatif sur le vie de famille.

4 comments On J’étais la femme d’un pasteur. Le suicide a fait de moi la veuve d’un pasteur

  • Ma compassion pour ces pasteurs croyant trouver dans la mort la solution à la dépression et qui laissent derrière eux leurs familles et leurs églises dans une grande confusion ne peut pas m’empêcher de voir le réel danger qu’il y a pour eux de rendre dépendant spirituellement les membres de leurs assemblées à leur ministère.

    Qu’ils en soient conscients ou pas, le résultat est le même et le principe de cette dépendance mutuelle est assez simple : dis moi que je suis un bon chrétien et je te dirai que tu es un bon pasteur.

    Le pasteur selon le coeur des hommes est au service des hommes et en reçoit les honneurs et le salaire.

    Le pasteur selon le coeur de Dieu est au service de Dieu. L’autorité que Dieu lui a donnée sur Ses brebis lui sert uniquement à les rendre dépendantes de leur Sauveur qui est aussi le sien. Ils veilleront ensemble à ce qu’aucun ne se prive de la grâce de Dieu et viendront à la croix selon Mathieu 11 : 28 – 29 – 30

    « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »

    Se décharger sur Jésus de nos fatigues, qu’elles soient physiques ou spirituelles, prendre sur nous Son joug pour recevoir Ses instructions : Lui le prince de la Vie qui s’est laissé conduire comme une brebis à l’abattoir, afin de faire de ceux qui portent Son joug pour le suivre, les héritiers des plus belles et précieuses promesses.

    Le joug et le fardeau sont à Lui, Il les a portés pour nous, c’est Son oeuvre, et elle est parfaite. Ce que Jésus désire c’est que l’on ait avec Lui un lien dans son humilité et ses souffrances.

    Que Dieu nous fasse la grâce d’accomplir sa volonté, comme Jésus son Fils unique l’a accomplie, car c’est à Lui seul qu’est le règne, la puissance et la gloire sur Son Eglise.

    RG

    • Merci RG pour votre commentaire. Face à de tels drames, nous ressentons effectivement comme vous le dites de la tristesse et de la compassion (vivre avec, partager la souffrance) pour ceux qui souffrent. Et nous prions pour que la cicatrice de cette perte puisse vraiment se refermer dans le cœur de ces enfants. Le sentiment d’abandon fait toujours des ravages dans les cœurs et les constructions de caractère, lors des divorces. Mais lorsqu’il s’agit d’un suicide, et qui plus est : du suicide d’un père pasteur, les cœurs sont dévastés. On peut penser qu’un sentiment de culpabilité (et l’entourage) pèsera sur toute l’église, face au suicide d’un pasteur, confrontés à la réalité de certains enseignements de la Parole de Dieu (nous sommes membres les uns des autres, et nos disputes ou nos indifférences empêchent de le vivre).

      Beaucoup de serviteurs de Dieu (pour ne parler que d’eux) souffrent en silence et j’ai voulu traduire et publier ce texte parce que je trouve qu’en Europe et surtout en France, il existe une vision de l’activité pastorale qui est d’un côté très critique, et d’un autre côté assez critique, ce qui donne un résultat d’ensemble relativement critique (je précise que je ne suis pas pasteur). J’aime assez cette phrase de Malraux : «Juger, c’est évidemment ne pas comprendre, puisque si l’on comprenait, on ne pourrait plus juger ».
      Personnellement je serai favorable à un pastorat tournant : toute l’église devrait vivre une année dans la peau (dans la charge) d’un pasteur, n’importe lequel fera l’affaire, et je suis certain que bien des atmosphères seraient assainies. Même un mois pourrait être bénéfique à tout le monde. Je crois que Kayla Stocklein exprime bien sa découverte de l’envers du décor de la vie pastorale, dans la première partie de son témoignage.

  • Bonjour Jérome,
    L’importance du pastorat dans les églises quelques qu’elles soient est vitale pour ses membres. Les diplômes et la personnalité du pasteur jouent un grand rôle dans sa réélection à son poste, et dans la plupart des églises « libres », , ils se passent le flambeau de père en fils.

    Mon discernement me pousse à me poser ces questions :
    Pourquoi cette prééminence pastorale ? et : Est ce que la parole de Dieu nous enseigne une telle pratique de ce ministère ?

    Dans Mathieu 23 : 8 – 9 – 10 : mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi, car un seul est votre maître et vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre, votre père, car un seul est votre Père, c’est celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeur, car un seul est votre directeur, le Christ.

    Les juifs ont leur rabbins, les catholiques leurs curés et les églises réformées, leurs pasteurs.

    L’homme naturel est religieux, et il a besoin d’être dirigé dans ce sens.

    Le peuple d’Israël, pour le prendre en exemple, dans 1 Samuel 8 : 5 – 6 -7 : Ils lui dirent, voici tu es vieux et tes fils ne marchent point sur tes traces, maintenant établis sur nous un roi, pour nous juger comme il y en a chez toutes les nations. Samuel vit avec déplaisir qu’ils disaient : donne nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l’Eternel. L’Eternel dit à Samuel : écoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux.

    Il n’y a plus besoin de vivre par la foi quand on est conduit par un ministère qui nous affranchit du jugement de Dieu pour vivre sous le jugement des hommes, qu’on nommera Rabbi, père, ou pasteur.

    Dans 1 Samuel 31:4 : Saül dit alors à celui qui portait ses armes : tire ton épée, et m’en transperce, de peur que ces incirconcis ne viennent me percer et me faire subir leurs outrages. Celui qui portait ses armes, ne voulut pas, car il était saisi de crainte. Et Saül prit son épée, et se jeta dessus.

    Le roi Saül finit par se suicider piégé et impuissant, abandonné par son peuple, celui même qui l’avait nommé roi sur lui.

    Le pasteur en pleine sécurité est celui qui se place avec les brebis que Dieu lui a confiées dans l’enclos de la parole prophétique de Dieu. Ensemble, ils savent que l’Eglise de Dieu a un seul Roi et un seul Berger, et c’est Jésus Christ. Ce pasteur se gardera de régner sur le troupeau de Dieu.

    1jean 2 : 21 : pour vous, vous avez reçu l’onction de la part de Celui qui est saint, et vous avez tous de la connaissance. Je vous ai écrit, non que vous ne connaissez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez, et parce qu’aucun mensonge ne vient de la vérité.

    Je crois que chaque frère ayant l’esprit de Dieu est le pasteur pour son frère, le conduisant dans la vérité, comme lui même est dans la vérité .

    Prenons exemple sur ces pasteurs d’hier et d’aujourd’hui qui l’ont été selon le coeur des hommes et qui le sont devenus selon le coeur de Dieu. (Austin Sparks, Chip Brogden, Ed Miller et bien d’autres, en référence sur le site connaîtrechrist.net).

    Fraternellement RG

  • Le pasteur est un homme , il ne faut pas l’oublier ! Et cet homme malgré son appel (faut il encore qu’il ait vraiment reçu un appel et ne pas être pasteur comme son père …par exemple ! ) reste un être en recherche qui a besoin lui aussi d’être accompagner dans certains moments de sa vie . Il me semble qu’il faut désacralisé ce ministère et regarder le pasteur comme un frère qui a choisi de servir à plein temps Dieu, en servant ses frères plutôt que ses âmes. C’est dans une dimension de soumission les uns aux autres, que le pasteur va pouvoir être libéré du joug
    de la responsabilité individuelle du corps local …Il n’est pas seul pour porter et trouver les solutions au problème du corps . Cette réorganisation collégiale du fonctionnement du corps , permet de recevoir « ensemble » les réponses de Dieu, nécessaires pour maintenir le petit troupeau dans sa présence , sous l’autorité et l’écoute de la parole biblique. Ce n’est plus le pasteur qui est responsable mais le corps de Christ de l’église locale ….

    C’est pourtant tellement plus simple de concevoir le corps de Christ comme un ensemble de personnes équipées des dons, pour répondre à ceux qui entrent dans le corps église locale, pour y trouver la foi en Dieu et des frères qui partagent leurs engagements spirituels dans la simplicité et l’humilité …
    1 Corinthiens 12:12-27 https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Corinthiens+12%3A12-27&version=LSG

    C’est cela un corps, à la différence d’un système clérical vertical ou pyramidal , qui lui reste religieux et exigent par manque d’amour fraternel .
    La connaissance intellectuelle spirituelle ne peut produire l’amour fraternel.
    Elle produit un savoir qui peut ne pas enfanter la vie de l’Esprit .
    Le corps lui peut produire l’amour agapè …par le partage fraternel des responsabilités et l’étude communautaire de la bible en vue de produire le fruit de l’ Esprit…. à savoir nous aimer les uns les autres comme Christ nous aime pour le bien de tous !!!!!!!!

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