Sous le signe du feu

par Jérôme Prekel

Un journaliste interrogea un vieux philosophe face à son immense bibliothèque d’ouvrages rares et d’auteurs majeurs, et il lui demanda : « maître, si le feu se déclarait dans votre maison, qu’emporteriez-vous ? ». Après un long moment de réflexion, ne pouvant se décider, le maître répondit : « le feu ».

Cet homme considérait que toute œuvre qui compte et toute pensée importante est née grâce au « feu » de l’inspiration, et porte la marque du « feu ». Et que cette flamme a plus de valeur que les choses, même les choses qui sont venues à l’existence grâce à elle. Ainsi en est-il du temple de Dieu comme de l’Église : nous devons tenir davantage au feu qu’aux éléments – saints et précieux – qu’il a fait naître.

Le manque de feu abaisse le pouvoir de la vérité et réduit son autorité

Nous savons que la lumière de Dieu éclaire parce qu’elle contient le feu[1] : celui de la vérité, du jugement, de la séparation, de la sainteté. Il nous faut en accepter le prix. Seule la recherche du feu — et l’entretien de ce feu — pourra nous garder de tomber dans les compromis avec cette vérité[2], qui abaissent le pouvoir de sa lumière et la puissance de son autorité. 

Peut-être que la perte du feu du premier amour est un phénomène universel, et non pas seulement réservé à une église (Ephèse, Apoc . 2/4). Le Cantique des cantiques semble indiquer que même la fiancée perd le contact avec son amour, qu’elle retrouvera après bien des tribulations. 

Le feu indispensable à la vie de l’Esprit

La vérité doit toujours contenir le feu, sinon elle devient tôt ou tard une religion, un standard qu’on cherche inconsciemment à abaisser à la hauteur de l’humain, à la hauteur du possible. La religion, c’est le terrestre qui gère le céleste. Le feu, lui, vient du ciel. Ses élans seront difficilement canalisables. 

Si nous voulons que l’évangile reste l’évangile, que le Seigneur reste le Seigneur, que le christianisme reste conforme au modèle originel, alors nous avons besoin du feu : « Il fait ses anges des esprits, et ses serviteurs des flammes de feu » (Psaume 104/4).

Il ne faut pas que le feu baisse : « N’éteignez pas l’Esprit »[3]. Examinez-vous pour savoir si vous êtes toujours dans la foi vivante[4], celle qui est animée par le feu : « car tout homme sera salé de feu » (Marc 9/49). Un feu qui sépare ce qui est précieux de ce qui est vil[5], autour de nous et surtout en nous. Pas un perfectionnisme : mais un feu qui détruit ce qui doit être détruit (=ce qui entrave notre marche), qui consume ce qui est impur « afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra » (1 Pierre 1/7).

Le feu qui brûle est celui qui m’éclaire

Tant que la vérité est théorique et que je suis un consommateur de cultes et d’enseignements, elle est sans force. Mais lorsque la vérité cesse d’être simplement extérieure — parce que nous acceptons qu’elle pénètre dans notre vie et jusqu’à l’intimité (image de la circoncision) — alors le feu qui est en elle pénètre en nous aussi et nous transformera, si nous en acceptons le prix : il entrera en guerre contre le péché, traitera comme il se doit la recherche perpétuelle de notre intérêt personnel (égocentrisme et égoïsme), et désirera embraser notre vie toute entière : « le zèle de ta maison me dévore (me consume) ». David parlait de ce feu-là[6]

Il ne faut pas avoir peur de ce feu, car le feu qui brûle est celui qui m’éclaire[7]

Le feu cherche des autels et des sacrifices

Dans une société de plus en plus tournée vers les plaisirs et les distractions[8] religieuses, le feu rencontre des difficultés croissantes à trouver des autels spirituels à enflammer, pour y consumer des sacrifices spirituels. Parce qu’à la fin, l’amour du plus grand nombre se refroidira (Mat. 24/12) par manque de la chaleur du feu.  La tiédeur dont par le Seigneur à l’église de Laodicée, c’est un refroidissement après le temps de l’embrasement, lorsqu’on désire la lumière mais qu’on ne veut pas le feu… on veut bien éclairer — briller même — mais on ne veut pas de l’action du feu qui consume. On désire tout gagner, mais ne rien perdre. On aspire à tout conquérir, mais sans rien sacrifier. On veut le feu du Saint Esprit sans passer par le feu de l’obéissance.

Pourtant, une vérité qui ne brûle rien, qui ne coûte rien, qui ne juge rien, qui ne condamne rien, n’est plus qu’un simulacre religieux, parce que le ministère du Saint-Esprit consiste à convaincre le monde de péché, et de justice, et de jugement (Jean 16/8), c’est-à-dire en un mot : qu’il connaisse le feu.

Dieu est bon, il n’éteint pas le lumignon qui faiblit[9] , la flamme d’un feu qui vacille : alors recherchons les moyens de l’attiser, cherchons à ranimer le feu : « … C’est pourquoi je t’exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l’imposition de mes mains »  (2 Timothée 1/6). Ne craignons pas de laisser le feu de la vérité faire son œuvre : « Je préfère une vérité qui dérange, qui blesse, qu’un mensonge utile. Car la vérité guérit toujours le mal qu’elle a fait »[10].

Le Seigneur est le feu

C’est ce que Daniel et ses amis ont expérimenté, lorsqu’ils ont refusé d’adorer la statue d’or du roi Nebucadnetsar : ils sont entrés dans le feu, et c’est dans le feu qu’ils ont rencontré l’Ange de l’Éternel. De la même manière qu’il était dans le feu du buisson ardent. 

Dieu est un feu dévorant (Heb. 12/29) et « le feu marche devant Lui » (Ps. 50/3, 97/3). Le Saint-Esprit est un Esprit de feu (Actes 2/3). Et Jésus a dit : « Je suis venu sur la terre pour apporter le feu »[11]La vie chrétienne conforme à la volonté de Dieu est impossible sans le feu : il FAUT avoir le feu, le trouver ou le retrouver. Ça ne peut être en aucun cas une simple option. 

Que le temps qui nous reste encore à vivre soit placé sous le signe du feu ! 

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Jérôme Prekel2021©www.lesarment.com


[1] Hébreux 12/29 : « Car aussi notre Dieu est un feu consumant».

[2] Jean 8/44 : «Le diable … ne s’est pas tenu debout dans la vérité… (n’a pas persévéré)»

[3] 1 Thessaloniciens 5/19

[4] 2 Corinthiens 13/5 : « examinez-vous vous-mêmes, et voyez si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes».

[5] Jérémie 15/19 : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche».

[6] Psaume 69/9

[7] Etienne de la Boetie

[8] 2 Timothée 3/4

[9] Matthieu 12/20

[10] Johann Wolfgang von Goethe

[11] Luc 12/49

9 comments On Sous le signe du feu

  • Rien à redire dans cet article, c’est juste dommage qu’il ne parle pas de vaccination, il ne sera pas beaucoup partagé 😉
    Et sinon, vous faites comment pour vivre le temps qui vous reste sous le signe du feu ?

    • Colibri
      Merci pour l’encouragement, et pour la question … Ce que l’article aurait pu ajouter, c’est qu’il existe plusieurs applications au feu :

      1/ Devant le tabernacle, il y avait le feu qui brûlait sur l’autel des sacrifices, et ça ne devait pas être un feu étranger. Parce qu’il avait une origine surnaturelle (Lev. 9/24), on l’oublie souvent, et qu’il devait « simplement » être continuellement entretenu. Tout apport « profane » était proscrit sous peine de mort comme Nadab et Abihu, les deux fils d’Aaron, en ont fait l’expérience (Lev. 10/1). Tout service marqué par le feu produit un zèle, mais la Parole nous dit qu’il existe aussi « un zèle amer » (Jac. 3/14), qui est produit non par le feu de l’autel, mais par une énergie naturelle, une passion, un désir de reconnaissance, etc … autant de choses qui sont le « feu étranger ». On peut être un serviteur zélé de la vérité ou de la justice, en ne servant pas l’Éternel, mais nos valeurs personnelles ou notre idéologie religieuse.

      2/ Dans le tabernacle, le même feu servait aussi vraisemblablement à allumer chaque soir le chandelier qui était la lumière du lieu saint (Ex 27/20, 21, Lev. 24/2, 2 Chr. 13/11, 1 Sam 3/3,). Le temple doit être éclairé même la nuit. Ici, on a besoin du feu tous les soirs, mais on a besoin aussi d’une réserve d’huile ! cf la parabole des 10 vierges (Mat. 25).

      3/ Dans le lieu saint, le feu servait pour brûler les offrandes de parfum (Lev. 16/12 et 13), image de l’adoration et de la louange : ici encore, il faut les deux éléments (feu + parfum). La composition du parfum est très intéressante : la fabrication obéissait à des règles strictes données par l’Éternel pour le choix des éléments, et comportait du sel (Ex. 30/34, 35), et ensuite c’était réservé à Dieu. Ces parfums ne brûlaient que dans le lieu saint. Le parfum pour l’Éternel, ce n’était pas pour la galerie.

      Comment je fais pour vivre le temps qui me reste sous le signe du feu ? Je suis comme tout le monde et je passe par des variations de température. Lorsque ma confiance se déplace vers moi, lorsque je perds une bataille, lorsque mes choix de vie pointent vers moi et non vers le royaume de Dieu, mon feu se refroidit. Parfois, plus rien ne fonctionne … c’est alors le moment de rechercher ce qui manque et de reprendre le terrain perdu. Se mettre en retrait, s’humilier sous la puissante main de Dieu, sentir sa misère, élaguer, jeûner et prier.

  • Bonjour colibri,

    Pour vivre sous le signe du feu, il me semble qu’il nous faille tout à nouveau s’émerveiller du projet d’amour de Dieu pour nous ; Dieu le Père prenant l’initiative d’envoyer Son Fils bien-aimé, l’objet de ses délices, de Sa satisfaction, la plénitude de Sa vie pour nous tirer de notre misère. Dieu le Père a accepté de se séparer de Son Fils pour nous : c’était le summum de l’expression de Son amour pour nous. Dieu Le Fils s’est associé à ce projet d’amour du Père. Il est allé librement à la Croix avec une joie intense au fond de Son Cœur, la joie de nous avoir éternellement avec Lui dans Son intimité. Il allait mourir pour nous avec une pleine détermination et avec toute Sa volonté. Il a bu la coupe jusqu’à la lie et a présenté Son sang versé pour nous en tant que Souverain Sacrificateur de l’alliance qu’Il a contracté avec nous devant Son Père. Et nous avons été donnés par le Père au Fils et le Fils veut nous avoir auprès de Lui pour que nous voyions Sa gloire.

    C’était la compréhension de cet amour incommensurable existant entre le Père et le Fils et produisant une unité indissoluble entre les personnes de la Trinité divine et la compréhension du projet de Dieu consistant à introduire les hommes et les femmes purifiés par le sang de Christ dans cet Amour divin et cette Unité divine en tant qu’épouse de Christ qui enflammaient les premiers chrétiens. Leur unité de cœur, d’âme, de pensée était tellement impressionnante que les autres n’osaient pas se joindre à eux. Leur unité était dans le Nom du Seigneur Jésus, le Nom qu’ils portaient, celui de leur Sauveur bien-aimé, celui du Fils unique venu du Père. Ils étaient réunis pour son Nom, pour les intérêts de Son Nom, la gloire de Son Nom, parce qu’ils l’aimaient, parce qu’ils l’avaient dans leur cœur comme source de Vie.

    Donc vivre sous le signe du feu, c’est pour moi entrer dans cet Amour de Dieu et ce Projet de Dieu.

  • Excellent message ….combien il résonne en moi et combien ce que vous partagez est précieux ….plus précieux que le diamant qui résiste au feu , car ce feu produit la Vie qui n a pas de prix !Martine

  • Excellente réflexion ! J’ai beaucoup apprécié.
    J’ajouterai juste ce que dit Elie à Israël « Le Dieu qui répond par le feu, c’est celui-là qui est le vrai Dieu ». Dieu, le vrai Dieu répond par le feu, sans le feu, ce n’est pas le vrai Dieu.

  • Excellent article. Fondamental. Que le Seigneur nous soit en aide
    Armand Fabre

  • je le répète: Un très bon article
    Il y a néanmoins quelques mentions du feu qui ne venaient pas nécessairement de Dieu
    Par exemple: le feu qui a consumé les troupeaux de Job, le passage où après être tombé sur l’autel d’Elie et que celui-ci
    se soit réfugié dans une grotte, l’Eternel est passé devant Elie. Il est dit qu’un feu est passé, mais l’Eternel n’était pas dans le feu. Et puis le feu étranger allumé par les fils d’Héli. Je laisse le développement de ces exceptions à Jérôme

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