Vivre avec le sentiment d’un Dieu lointain

La question de la recherche déçue de Dieu me hante depuis longtemps. J’ai beaucoup réfléchi au combat que mène celui qui cherche Dieu et qui déclare : « J’ai tout essayé, mais je ne sens pas Dieu ». Le groupe de chanteurs bien connu U2 a dans son répertoire un chant intitulé : « Je n’ai pas encore découvert ce que je cherche ». Les paroles vous conduisent à travers tout ce que la vie peut offrir et mentionnent même l’évangile, mais chaque strophe se termine par « Je m’y suis rendu, je l’ai fait, mais je n’ai pas encore découvert ce que je cherche ». Je tirerai deux conclusions au sujet de cette quête légitime.

La première est que d’une manière ou d’une autre, la vie nous brisera. Il faut que nous soyons brisés. Mais nous pouvons l’être par le mensonge ou par la vérité. A la veille d’un choix crucial, Jésus a montré d’une façon dramatique la réalité de son brisement. Le choix en question est au coeur du sujet qui nous occupe ici, celui du sentiment de proximité ou d’éloignement de Dieu. Hélas, nous ne lui accordons que peu d’attention. En affrontant la croix, Jésus savait ce qui L’attendait. Il savait que quelle que serait la direction qu’Il prendrait, Il en sortirait profondément meurtri. Un cri d’angoisse jaillit du plus profond de son être, révélant l’horreur que Lui inspirait ce moment. Il demanda à ses disciples de rester près de Lui. Il avait besoin de sentir leur présence. Sa prière était : « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! » (Matthieu 26/39). Cette prière nous plonge dans la plus vive inquiétude. Heureusement, Il ajoute : « Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, mais la tienne » (Luc 22/42).

Qu’est-ce qui L’effrayait ? Certainement pas la souffrance physique. Il était capable de lui faire face. C’était le fait de se savoir et de se sentir abandonné du Père, alors qu’Il était au centre de la volonté divine. Lors de cette opération, Dieu ne serait pas auprès de son Fils. D’où ce cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » (Matthieu 27/47).

Dans un souci d’éviter la rupture de la communion avec son Père, de ne pas être abandonné par Lui, Jésus aurait pu renoncer à s’offrir en sacrifice. Mais s’Il l’avait fait, Il se serait définitivement mis en dehors de la volonté de Dieu. Parce qu’Il décida de mourir et d’accepter cette séparation, Il fut accueilli dans le sein du Père. Christ avait le choix : renoncer à la croix et laisser le monde brisé, ou accepter d’être brisé pour que le monde puisse retrouver le chemin vers Dieu et vivre.

La croix sur laquelle le Seigneur a été brisé, où Il a endossé notre péché et notre châtiment, où Il a connu l’éloignement de Dieu à notre place, où Il a été abandonné de tous, cette croix est au coeur de l’évangile.

Cette vérité nous lance un défi personnel de la plus haute importance. En face de la croix, nous sommes devant un choix. Nous pouvons reconnaître tout ce qu’elle signifie, et nous offrir nous-mêmes en sacrifice pour Christ, avec nos passions et tout ce que nous sommes, pour vivre ensuite à portée de sa voix et au contact de ses battements de coeur, ou bien tourner le dos à la croix et vivre avec le sentiment d’un Dieu lointain. MAIS C’EST LA QUE RESIDE LA SEDUCTION : CROIRE QUE NOUS POUVONS VIVRE DANS LA PROXIMITE DU PERE SANS MOURIR A NOUS-MEMES. Dans le cas de Christ, c’était impossible.
Nous entendons beaucoup parler de « venir à Christ », mais trop rarement d’être crucifiés avec Lui. Si nous venons à Lui avec tout ce que nous avons hérité du passé, rien ne changera si nous ne crucifions pas la vieille nature.

Quelque chose doit mourir : soit le mensonge auquel nos émotions croient, soit la vérité à laquelle elles doivent se soumettre. Tel est l’enjeu de la crucifixion avec Christ.

Pouvons-nous sincèrement faire moins dans notre consécration à Christ ? L’apôtre Paul illustre cette vérité fondamentale dans sa lettre à Timothée : « Je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’Il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là » (2 Timothée 1/12).

Ravi Zacharias, extrait du livre « Les cris du coeur », Editions FAREL.

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