J’ai un Père dans le ciel, pas un Papa

Depuis que quelques enseignants très érudits de la Bible ont prétendu que le mot « Abba » signifiait plus Papa que Père, la liberté a été rapidement prise par un certain nombre, dans nos milieux évangéliques, d’appeler Dieu, Papa. Tout d’abord, il est bon de préciser que cette nouvelle approche repose sur un aspect linguistique du mot « Abba » dont on aura intentionnellement forcé le trait, le but étant certainement de favoriser une conception de Dieu qui favorise un sentiment de plus grande proximité voir d’intimité.

Cela pourrait sembler être un sujet de peu d’importance. Après tout, est-il si grave d’appeler Dieu Papa plutôt que Père ? Laissez-moi quelques instants pour vous montrer à quel point ce genre de liberté peut avoir des répercussions loin d’être négligeables.

En adoptant le terme Papa en lieu et place du terme Père, nous procédons à une approche influencée par la dimension émotionnelle et non à une approche spirituelle. Jésus a déclaré à Marie qu’il montait vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu (Jean20 :17). Quand Jésus enseigne à ses disciples un modèle global de prière, c’est au travers du « notre Père » qui débute comme tout le monde le sait par « Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié… »

En parlant de Dieu comme de son Père, Jésus a introduit une vision de notre possible relation avec Dieu toute nouvelle car ce n’est pas ainsi que l’on avait coutume de parler de Dieu en Israël. Néanmoins le Dieu qui s’était révélé jusque là comme Adonaï, Elohim, El-Shaddaï, et d’autres noms encore, était déjà notre Père dans les cieux qui, par amour, allait donner son fils afin d’avoir beaucoup de fils et de filles.

Jésus allait ainsi introduire tous ceux qui saisiraient la grâce dans une véritable relation d’intimité avec son Père. Séisme spirituel en Israël ! De pouvoir appeler Dieu notre Père conduisait à une connaissance de Dieu plus intimiste : « comme un père a compassion de ses enfants, ainsi l’Eternel a compassion de ceux qui le craignent » annonçait déjà le psalmiste (Psaume 103 :13).

Mais il semblerait qu’au bout de vingt siècles d’histoire de l’Eglise où cette subtilité linguistique a échappé à tous les plus grands exégètes, on découvre enfin que le mot « Abba » se rapproche plus de la notion de Papa que de celle de Père. Cela pourrait sembler insignifiant, comme dit précédemment, mais en réalité il y a derrière cette approche moderniste un danger énorme et des répercussions très dommageables.

Le terme Papa nous ramène à une notion terrestre et très humaine avec le risque d’établir une relation avec Dieu encore plus libre pour ne pas dire encore plus cool en faisant du coup totalement abstraction que Dieu est et restera toujours le Dieu trois fois saint auquel il convient « de rendre un culte qui lui soit agréable avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant » (Hébreux 12 :28-29).

Le terme Père, déjà si merveilleux et glorieux, ne suffisait donc pas !!! Plus d’intimité diront les défenseurs de cette nouvelle terminologie : plus d’intimité… ou plus de familiarité, tout est là en fait, et c’est tellement différent.

Ce qui est curieux c’est de constater comment une telle approche apparaît en même temps que la conception des relations parents-enfants (et surtout de papa à enfant) évolue au sein de notre société, permettant à l’enfant d’appeler le papa par son prénom, brisant ainsi une barrière, celle d’une autorité qui se doit d’être respectée. Là aussi, ce n’est pas plus de familiarité qui apportera plus d’intimité. C’est plus qu’une dérive, c’est une séduction…

Après la notion du Dieu-ami de tous voilà la notion du Dieu-Papa qui vient renforcer la vision d’un Dieu tellement amoureux de nous qu’il ne saurait finalement faire preuve d’aucune sévérité. C’est ignorer la perception globale que l’ensemble des Ecritures nous accorde. Jésus a dit clairement que nous n’avions pas à craindre ceux qui peuvent tuer le corps mais qui ne peuvent tuer l’âme, mais que nous devions craindre celui qui peut jeter l’âme et le corps dans la géhenne (Matthieu 10 :28).

«  Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés et bonté de Dieu envers toi, si tu demeures ferme dans cette bonté ; autrement, tu seras aussi retranché »  (Romains 11 :22).

En appelant Dieu : Papa, son nom est-il toujours autant sanctifié, c’est-à-dire reconnu comme saint par excellence et le seul digne d’être vénéré ?

Pas étonnant que l’on éprouve de moins en moins le besoin de se mettre à genoux pour prier ou de se mettre face contre terre comme savaient le faire tous ces grands personnages de la Bible que nous avons en admiration !

La finalité de tout cela, c’est que nous ne travaillons pas à maintenir la crainte de Dieu au milieu de son peuple, comme c’est l’un des rôles essentiels des enseignants, non ; nous faisons tout, au contraire, pour qu’elle diminue, voire qu’elle disparaisse. Beaucoup de pasteurs pleurent devant le constat que le niveau de crainte de Dieu a beaucoup baissé dans l’Eglise lors des trois dernières décennies en particulier. Mais comment s’en étonner encore !

« Seigneur, où sont ces prédicateurs qui vont ramener tes brebis dans les sentiers de la vérité, qui vont par ton Esprit Saint communiquer à nouveau la crainte de ton nom. Père, Dieu de gloire, toi qui demeures dans une lumière inaccessible et dont personne ne peut contempler la face, revêts des hommes et des femmes de ton autorité pour rétablir au bon endroit les bornes qui ont été déplacées. Seigneur, toi l’Adonaï, l’Elohim, qui  nous as créé à ton image, garde-nous de nous faire un Dieu à notre image…et que ton nom de Père soit sanctifié, au nom de Jésus. Amen. »

 

Jean-Louis Bulté 2018

 

Leave a reply:

Your email address will not be published.

Site Footer