Rien de nouveau sous le soleil

Au 18è siècle, l’Europe mène un combat inégal contre une des maladies les plus meurtrières, la variole, appelée petite vérole pour la distinguer de la vérole ou syphilis, dite grande ou grosse vérole, avec laquelle elle n’a aucun lien de parenté, mais qui laisse également d’affreuses cicatrices.

En France, environ 95 % de la population est touchée par cette maladie, et un décès sur dix est dû à celle-ci. Les enfants en sont les premières victimes : 90 % des morts par variole en Angleterre sont âgés de moins de 5 ans, 10 % des enfants meurent chaque année de variole en Suède, un enfant sur sept meurt de variole en Russie.

Dans son livre « Les rois aussi en mouraient » (2010) Catriona Seth montre combien le principe de l’inoculation (précurseur de la vaccination) s’oppose radicalement aux conceptions traditionnelles de la médecine de l’époque, qui consistaient surtout à  évacuer le mal par l’emploi de médicaments diurétiques ou purgatifs et par les saignées (!).

Soigner le mal par le mal

Il s’agissait donc de sauver la population par un processus inusité, sur lequel on n’avait pas de recul, en lui injectant le mal, pour imaginer guérir le mal par le mal. On comprend la difficulté de faire accepter la démarche, qui était pratiquée en Orient et en Afrique depuis longtemps.

Dans son compte-rendu du livre de C. Seth, Jacqueline Vons explique que « L’immunisation marque le début d’une médecine préventive à titre individuel et s’inscrit dans une démarche de santé publique, qui fut l’objet de violentes polémiques au XVIIIe siècle ; cette pratique intéresse aujourd’hui l’historien de la médecine, le juriste, l’anthropologue, le sociologue. 

L’immunisation préventive fut essentiellement un fait urbain, touchant les classes aisées. L’intérêt pour cette pratique date du début du XVIIIe siècle ; une des premières adeptes fut l’épouse de l’ambassadeur britannique à Constantinople, Lady Mary Wortley Montagu, qui, en 1718, fit inoculer ses enfants. Ce procédé en usage chez les médecins de l’Empire ottoman consistait à insérer du pus de variolé dans une petite scarification pratiquée au niveau du bras afin d’introduire chez le patient, une variole atténuée, et protéger ainsi le malade d’une forme plus virulente de la maladie. Si l’inoculation se répandit en Angleterre dès 1722, y compris à la cour, la France connut de violentes polémiques entre partisans et opposants de l’inoculation, malgré la terrible épidémie de 1723 qui décima la population. C. Seth retrace avec brio et vivacité ces luttes d’influence auxquelles participèrent savants, médecins, hommes de lettres, dévots, pendant la première moitié du siècle, mettant en jeu la Sorbonne et le Parlement de Paris.

En 1756, le médecin genevois Tronchin inocula les enfants du duc d’Orléans, mais ce ne fut qu’en 1774, avec la mort de Louis XV, que l’opinion bascula en faveur de la technique d’inoculation. Celle-ci n’était cependant pas sans danger et nombre de parents hésitaient à prendre la décision.

Au nom de l’amour du prochain

L’auteur élargit ensuite son enquête au cheminement de l’inoculation, des cours royales aux villes, dans les milieux intellectuels ouverts au progrès et aux Lumières, combattus par le zèle des dévots et des théologiens en France ; elle montre, textes à l’appui, que les attitudes sont beaucoup moins tranchées qu’on ne le dit souvent : curieusement, il y a des philosophes pour s’opposer à l’inoculation, et des hommes d’église qui se prononcent en sa faveur au nom de l’amour (p. 161). 

Les enjeux de l’inoculation sont donc autant philosophiques que médicaux : en inoculant le mal, l’homme s’attribue un pouvoir divin, on l’accuse d’être un nouveau Prométhée, au pire un apprenti-sorcier. On oppose variole naturelle à variole artificielle (c’est-à-dire inoculée), cette dernière étant vue comme un défi porté à la Nature. D’autres rappellent les dangers de l’attentisme. Partisans et adversaires s’affrontent : épitres (Voltaire, La Condamine), romans (Rousseau), poèmes didactiques (Darluc, abbé Roman), journaux (Journal des savants) prennent position. L’intervention de d’Alembert, cependant partisan de l’inoculation, enflamme le débat en introduisant la problématique du risque, et oblige Diderot à condamner le « géomètre » en lui opposant la notion de bien collectif (p. 232). 

L’agonie et la mort de Louis XV, attribuées à la « grosse vérole », et perçues comme un châtiment pour sa vie de débauche, précipitèrent l’inoculation royale en France. Ce fut un médecin peu connu, Richard, qui se chargea d’inoculer le roi et la famille royale.

L’inoculation a engendré des peurs, des refus, des exclusions ; connaître leurs mécanismes est utile pour comprendre des réactions semblables plus près de nous.

Commentaire du Sarment

Rien de nouveau sous le soleil : pour exprimer cette parole bien connue de tous (même des incroyants) l’Ecclésiaste (1/9) rempli de l’Esprit s’est penché sur l’Histoire et sur le passé. C’est une source d’enseignements. C’est un peu ce que nous faisons ici. Paul dit aux Corinthiens (1-10/11) que « ces choses sont arrivées pour nous servir d’exemple » afin de ne pas répéter les erreurs du passé.

Pour les uns, le principe de combattre le mal par le mal (l’inoculation, puis plus tard la vaccination) est apparue comme une hérésie, à la fois sur le plan de la Science connue, mais aussi sur le plan spirituel. Il faut bien reconnaître que c’est audacieux. Si la chose se produisait aujourd’hui dans un contexte similaire, des voix bien plus nombreuses et beaucoup plus fortes s’exprimeraient dans le monde. Le rapport de force serait forcément plus compliqué car aujourd’hui, les foules sont plus nombreuses et plus manipulables : le monde entier est connecté à une même bouche qui parle, l’individualisme est à son apogée, la réflexion intelligente est noyautée par l’émotionnel, et un orgueil démesuré pousse des ignorants à se prendre pour des savants. Il suffit d’un ou deux posts sur facebook pour déclencher l’indignation de toute une frange de la société et lui jeter en pâture un ou deux boucs émissaires. Il suffit d’un clic pour déclencher une lapidation : nous sommes revenus au temps du Moyen-Âge

Le mouvement antivax-élargi est construit sur un mécanisme

Le rejet vaccinal se dissimule souvent (pas toujours) derrière de multiples écrans de fumée qui sont émis par notre intelligence et font appel à la Raison, et on voit bien dans cet exemple historique de la lutte contre la variole qu’il faut pourtant parfois se lancer sans avoir de recul, selon l’expression consacrée de ceux qui sont opposés par exemple à la technologie ARN. Et que la « Science établie » est parfois le dos au mur, devant se réinventer elle-même face à une nouvelle menace qui la dépasse.

Le mouvement de résistance aux vaccins n’est pas que négatif : il a sans doute provoqué dans l’Histoire de nouvelles recherches et des améliorations de produits, et il ne faudrait pas déduire de cet article que l’ensemble de la politique vaccinale de l’OMS serait considérée comme irréprochable. Il existe bien des zones d’ombre.

Mais il s’agit ici de démontrer par l’Histoire que le mécanisme de résistance à l’inoculation a produit un mouvement dont les antivax radicalisés d’aujourd’hui sont les héritiers. Ils portent le même fruit parce que c’est le même arbre. Et c’est à cela qu’il faut réfléchir. Dans bien des cas, le raisonnement de rejet d’un vaccin anti-covid (d’une proposition scientifique non-maîtrisée) va devoir s’appuyer sur un discours naturaliste de dénigrement de la science et de la médecine, de négation des progrès de santé attribuables à la vaccination, mais aussi sur un discours politique qui va opposer la liberté individuelle au principe de responsabilité collective, et monter en épingle les corruptions financières, politiques et scientifiques. Dans ses formes les plus radicales, l’esprit antivax fait croire que le vaccin est plus dangereux pour les populations que le virus, dans un aveuglement coupable face aux bilans des pays du monde (probablement sous-estimés pour certains d’entre eux).

L’esprit antivax radical entraîne dans une logique soupçonniste, accusatrice, condamnatrice. Et la violence est malheureusement liée à cette logique. Un peu partout dans le monde, la question de l’autorité et de la légitimité devient centrale, ce qui rejoint une question biblique fondamentale : partout où le principe d’autorité est contesté, ce n’est pas le Saint-Esprit qui est à la manœuvre. Comment faire pour marcher par l’Esprit, respecter le principe d’autorité, dans un monde corrompu ?

6 comments On Rien de nouveau sous le soleil

  • Bonjour Jérôme,

    Le monde est devenu fou !

    Vous-même, vous fermez les yeux sur tout ce qui démontre l’absurdité d’inoculer un vaccin expérimental à ceux qui n’ont qu’une chance infinitésimale à en mourir même sans prendre les traitements précoces toujours encore interdits, et vous continuez à nous sortir tout ce qui peut alimenter votre façon de voir les choses.

    Ce que disait mon beau -frère : “De toute façon, vous allons tous mourir un jour, alors vivons l’instant présent en profitant de tous les plaisirs à notre portée “ résume bien la raison pour laquelle la plupart des personnes en bonne santé se sont fait vaccinées. Et le discours officiel leur donne bonne conscience puisqu’ils manifestent ainsi leur amour du prochain.

    Tous ceux qui sont contre ces injections ne sont pas des personnes animées par un esprit de révolte. Ce que je constate, c’est qu’effectivement nous sommes revenus au temps du Moyen-Age et les sorcières à exterminer, ce sont ceux qui attendent toujours encore un vrai vaccin comme celui contre la variole empêchant de contracter la maladie, empêchant la transmission, sans rappel obligatoire tous les 5-7 mois et avec des effets secondaires minimes !! Car vous n’êtes pas non plus en mesure d’évaluer les effets nocifs réels de cette vaccination en urgence ! Alors, vous ne pouvez pas dire en toute objectivité qui du virus ou de la vaccination tuera ou blessera le plus grand nombre de personnes !

    Néhémie avait un réel fardeau parce que Jérusalem était dans un piteux état et comme Spurgeon, il avait réagi en reconstruisant les murailles et les portes de Jérusalem. Les murailles parlent de la séparation de ce qui est du bon dépôt de la foi “ la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes “ d’avec tout ce qu’on y ajoute ou que l’on en retranche. J’acquiesce à votre combat contre toutes les révélations comme celle de ce frère éclairé mentionnée par Delp dans son commentaire. Effectivement, les murailles de l’église ont été renversées et la saine doctrine abandonnée à la faveur de la scrutation de ce qui se passe dans le monde des ténèbres. Et ces dérives sont à dénoncer et à faire sortir de l’église.

    Mais la noirceur de tout ce mélange anti vaxx ne blanchit pas pour autant la gestion de la crise sanitaire ni l’utilisation de la technologie à arn à l’échelle mondiale alors que son utilisation jusqu’à présent par ex sur des patients ayant des maladies dues à un gène muté ou abimé a induit un certain pourcentage de leucémies.

    • Bonsoir Lilli
      Apparemment, vous ne semblez pas en mesure de recevoir ce que dit l’Histoire, car ça remet en question votre compréhension du sujet, et donc vous ne serez pas non plus en mesure de recevoir quoi que ce soit de ma part dans un tel échange. On le voit bien depuis le début. Il est donc vain d’argumenter ensemble, ce que je regrette parce que je vous apprécie et que je sais que Dieu a mis son dépôt en vous. Mais sur ce sujet, il y a achoppement.

      Mais bon. Nos désaccords personnels avec le Seigneur sont bien pires, et pourtant il continue de nous aimer et de vouloir notre bien de manière inlassable. Imitons-le si nous pouvons, et nous serons animés d’un autre esprit que celui qui nous souffle de nous abandonner à la colère, ou de simplement secouer la poussière de nos chaussures et de passer à autre chose.

      Votre chemin et le mien vont dans la même direction et visent le même but, mais nous divergeons sur la compréhension de cette crise et sur notre responsabilité chrétienne : ok. Et maintenant ? si vous êtes dans la vérité (et moi dans l’erreur), le Seigneur peut vous donner le nécessaire en termes de lumière et de sagesse pour me parler, à moi et à tous ceux qui sont tombés dans la séduction. Vous en avez le potentiel spirituel. Nous sommes membres les uns des autres. Il faut tout faire pour dépasser le niveau où toutes choses sont égales, et où un avis vaut un autre avis, où c’est le dernier qui a parlé qui a raison. Vous et moi, et ceux qui nous lisent et qui aiment le Seigneur, nous devons répondre à l’invitation à monter plus haut, pour recevoir une Parole lumineuse parce que nous sentons bien le poids d’une séduction qui pèse sur nos sociétés – et nos églises, et qui nous harcèle nous-mêmes. Elie a eu besoin de ça et il s’est éloigné du champ, il est sorti de l’échiquier pour pouvoir remonter à la source, jusqu’à la montagne de Dieu. Je crois qu’on a tous besoin de ça.

  • Bonjour Lili,

    Vous dites que « Tous ceux qui sont contre ces injections ne sont pas des personnes animées par un esprit de révolte. »

    C’est très probable, en effet. La question faisant écho à la conclusion de cet article est alors la suivante : quel esprit anime ces personnes ?

    Plusieurs réponse peuvent s’envisager et j’aimerai en soumettre une : ces derniers jours, une chrétienne m’a fait parvenir un lien pour visionner le documentaire « Hold On », suite du fameux documentaire « Hold Up ». Au delà de savoir si les infos contenu dans ce film sont exactes ou non (et certaines le sont puisqu’il s’agit de témoignages de ce que des personnes vivent), il m’a paru évident que « l’esprit » véhiculé par les messages de ce film était principalement un esprit de peur.

    Certains croient et boivent les paroles des médias de masse, d’autres croient et boivent les paroles des réseaux sociaux (ayant un discours contraire). Mais dans les deux cas, le même esprit de peur, le même vent de crainte est à l’oeuvre … seul l’objet diffère. Pour les uns le virus fait peur, pour les autres le vaccin ou les autorités font peur … c’est toujours une histoire de peur.

    Mais à quoi nous conduit l’Esprit de Dieu ? Que nous inspire-t-il ? Le calme, la confiance, la paix, la foi, la maitrise de soi, etc. « Que votre coeur ne se trouble pas, croyez en Dieu, croyez en moi », et « vous aurez des tribulations dans le monde mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » nous dit Jésus.

    Phi 4:6-7 « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus Christ. »

    Dieu nous invite-t-il aujourd’hui à des attitutes différentes de celles d’hier ? L’Esprit de Dieu a-t-il changé ces derniers temps ou Jésus est-il le même hier, ajourd’hui et éternellement ?

    Le combat qui se joue aujourd’hui (et hier) n’est pas celui des pro ou des anti-vax … c’est celui du coeur. Notre coeur et nos pensées doivent être gardés en Jésus-Christ. Nos yeux spirituels ne doivent pas le quitter du regard et nos bouches ne doivent pas donner gloire à un autre.

    Jésus nous a appelé à retrancher de nos vies toute chose qui nous fait quitter la pensée de Dieu, si réelle, si légitime, si véridique nous semble-t-elle (Mat 5:29).

    De même, le Seigneur ne nous a pas invité à combattre pour que notre prochain prenne ou ne prenne pas une injection mais à combattre pour que la foi en Christ lui soit « injectée dans le coeur ». Que servirait-il à un homme de discerner les tenants et les aboutissants d’une crise et de refuser une injection s’il perdait son âme ?

    Si nous voulons aimer et bénir nos prochains, n’est ce pas, plus que jamais, le moment pour nous même de nettoyer notre lampe, de remplir notre vase d’huile et de laisser briller Christ, la Lumière du monde, en nous ?

    Amitiés fraternelles

    • Bonjour Bruno,
      C’est tellement beau tout ce que vous exprimez sur la paix de Dieu gardant nos coeurs et nos pensées en Jésus Christ…
      Je suis d’accord avec vous que notre vocation c’est de presser notre prochain à se réconcilier avec Dieu. Et justement, je trouve cela anormal que des sommités évangéliques fassent la promotion de la vaccination au nom de l’amour du prochain authentifiant ainsi le discours officiel et c’est contre cela que je m’insurge.

  • Bonjour Bruno
    Tout à fait d’accord avec vous
    On se trompe de combat
    Ceci dit, prendre le vaccin ou pas, reste une conviction personnel, avec un consentement éclairé calculé sur le bénéfice/risque et non en étant manipulé par la peur du vaccin où du covid que les pro et antivax nous servent.

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