Qu’est-ce que l’enfantisme (originellement childism)? La notion est apparue dans les années 2000 dans le champ des recherches américain sur l’enfance (Childhood Studies). On y considère que les enfants sont un groupe social victimiste, auquel les adultes (y compris les parents) imposent leur volonté de manière abusive : pour justifier cette affirmation, on s’appuie sur des statistiques qui démontrent, par exemple, que la plupart des violences subies par les enfants ont lieu dans le cercle familial élargi[1].
Il s’agit donc de leur donner de nouveaux moyens de défense, en faisant évoluer leur statut juridque pour qu’ils parviennent à une égalité de droits avec les adultes, en changeant si nécessaire les structures sociales. Comment ?
Premièrement en donnant une existence scientifique à cette compréhension du sujet, en capitalisant sur les données négatives qui lui sont attachées ET en travaillant à produire une alternative. L’institut du childism, par exemple, explique sur son site qu’il porte ce projet de manière internationale et interdisciplinaire : très actif, il alimente depuis peu d’années des colloques universitaires, des ateliers, des conférences, des publications collaboratives, des numéros spéciaux de revues, des volumes édités et des livres. Il génère également des blogs publics, des articles d’opinion, des documents de politique, des collaborations juridiques et des consultations pour des organisations locales, nationales et internationales[2].
La stratégie est toujours la même : investir l’espace universitaire (ça vient la plupart du temps des milieux universitaires américains) pour acquérir un statut scientifique. Puis dans un second temps, investir les médias grand public, afin d’infuser dans l’opinion. Enfin, en produisant un projet politique et social pour permettre de faire évoluer la législation.
Deuxièmement en remettant en question le statut d’adulte (ça s’appelle le déconstructionnisme) qui peut et qui doit, selon eux, être critiqué comme un mode de domination (c’est l’obsession wokiste), de la même manière qu’on a remis en question l’identité masculin/féminin (le Gender/la théorie du genre), toujours pour les mêmes raisons : le masculin y est considéré comme le prédateur du féminin (selon le féminisme radical égalitaire).
Le childism institute explique : « En tant que tel, l’enfantisme est une critique nécessaire pour déconstruire l’adultismeet le patriarcat et reconstruire une société plus juste ». On reconnaît bien les éléments de langage qui ponctuent les discours wokistes habituels. « L’enfantisme fonctionne comme le féminisme, mais pour les enfants ».
Dans le média Alateia, le juriste Matthieu le Tourneur attire l’attention sur l’émergence de cette nouvelle idéologie qui ambitionne de protéger l’enfant de la prétendue « oppression » de ses parents. Il oppose le préambule de la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, qui dit que « l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux ».
Dans le viseur : l’autorité parentale
« L’enfantisme n’est pas une théorie isolée. [3]Cette notion est la dernière-née d’une longue généalogie idéologique allant de l’École de Francfort, à l’intersectionnalité woke, en passant par la French Theory, les rapports Kinsey, les théories critiques.
… Abritée derrière des objectifs louables (lutte contre l’inceste et les violences), la conséquence principale est surtout la disqualification des parents comme premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. Car dans la logique de ceux qui dénoncent le prétendu système de domination enfantiste, l’autorité parentale n’est plus une protection mais une oppression. Éduquer, transmettre, poser des limites, dire « non » : tout cela est rendu suspect, et même abusif. … faire de l’autorité parentale elle-même un problème structurel c’est introduire une confusion pernicieuse entre la mission des parents de faire grandir leurs enfants … et un pouvoir qui serait un pouvoir de domination. Supprimer la protection juridique des enfants, qui s’exprime en droit français par l’autorité parentale, c’est les livrer sans défense à la merci des idéologies, des utopies et des prédateurs de toute sorte. C’est aussi ouvrir grand la porte à un remplacement dangereux : celui de l’autorité parentale par l’État, caractéristique des régimes dictatoriaux[4] » (Alateia).
Un témoignage lunaire, parmi d’autres
« Mon fils doit se faire opérer des végétations. Son père et moi avons signé l’autorisation parentale que l’hôpital nous a adressée, tendant la feuille en regardant les parents, pas l’enfant. A juste titre, mon fils me demande pourquoi il n’a pas dû signer une autorisation infantile, car il est concerné tout de même. Il a raison. On a signé cela sans même se poser la question. C’est un enfant, son corps ne lui appartient pas, nous, adulte le gérons et l’administrons comme ça nous chantent (sic). Sans se dire qu’il a une voix, un choix. Sans même penser qu’il pourrait en être autrement. Je ne peux m’empêcher de faire des ponts avec l’accaparement du corps des femmes. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’en prenant en compte l’enfant dans son entièreté, cela en ferait des adultes plus épanouis, moins en quête de reconnaissance, de pouvoir, de domination, de revanche. Car ils auraient été écouté, pris en compte, non objectifié. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’en les écoutant plus, nous grandirions aussi… L’infantisme serait-il le dernier chantier ? Une domination de plus à deconstruire ? » (Source).
La déconstruction, un système spirituel destructeur
Aussi longtemps que l’Église a été détentrice de l’autorité (du pouvoir) de dire ce qui était bien et ce qui était mal, il existait un garde-fou dans la société des hommes, à tous les échelons. Il y avait des tabous, certaines choses étaient indiscutables. Rien n’était parfait, mais les principes étaient immuables.
Mais en devenant un système religieux, en acceptant de substituer à l’autorité spirituelle perdue un pouvoir plus politique, le christianisme s’est affaibli et son influence n’a cessé de décroître, pour finir par être marginalisé, réduit à sa dimension morale, et finalement décrédibilisé par les péchés de son système humain (et par le péché de ses élites). Face à l’Histoire, c’est une lumière qui baisse, lentement, comme la fin d’un long jour. Parallèlement, l’espace occupé par l’obscurité grandit.
C’est le même phénomène qui est à l’œuvre dans l’exemple d’Adam, qui a eu le point de départ le plus lumineux de toute l’Histoire, et qui, en se détournant de Dieu, va perdre sa vie au terme d’un long millénaire. Jusqu’à ce que le dernier grain de sable tombe.
Le déconstructionnisme, dont le wokisme fait partie, est un produit de l’apostasie, qui se traduit par une augmentation de l’obscurité dans le monde ; et les chrétiens doivent y résister, le dénoncer, le combattre. Mais ils doivent également considérer qu’il est une conséquence mécanique d’un processus prophétisé, et un signe convaincant que le sablier s’est bientôt vidé :
« Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. … » (2 Timothée 2/3 )
L’apostasie prophétisée est le produit d’une poussée spirituelle puissante qui doit aboutir à l’avènement du Seigneur, précédé de l’avènement de l’antichrist. Le déconstructionnisme, le wokisme, le nihilisme, la montée des extrêmes, sont les symptômes d’une maladie que la Bible présente comme incurable : celle du cœur humain sans Dieu. L’apologie de la loi du plus fort, l’égocentrisme, le narcissisme, l’individualisme forcené, la disparition de l’esprit de sacrifice, sont quelques-uns des marqueurs prophétisés, d’une manière ou d’une autre, d’une civilisation qui parvient en même temps à son crépuscule moral, et à son apogée technologique. Un peu comme si on confiait la direction de la nation la plus puissante du monde à un homme dont la maturité émotionnelle est celle d’un enfant.
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[1] En 2024, 450 100 victimes de violences physiques ont été enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales, soit une stabilité par rapport à l’année précédente (+1 %). Plus de la moitié des victimes ont subi ces violences dans la sphère familiale (conjugale ou non, 54 %). Site du Ministère de l’Intérieur français.
[2] Trois sites existent actuellement, chacun fonctionnant de manière semi-indépendante : l’Institut du pédilisme de l’Université Rutgers, États-Unis; l’Institut du l’Université de Stavanger, en Norvège ; et l’Institut du pédisme de l’Université de Roskilde, au Danemark. Ceux-ci sont coordonnés, respectivement, par John Wall, professeur distingué de philosophie et de religion ; Tanu Biswas, professeur agrégé de pédagogie, et Hanne Warming, professeur de sociologie.
[3] https://fr.aleteia.org/2025/11/20/linfantisme-la-nouvelle-ideologie-regressive-qui-menace-lenfance-et-la-famille/
[4] Citation in extenso de l’article en lien Alateia