Questions et réponses sur l’intériorité Part 1 : doit-on aller vers soi-même pour trouver Dieu ? par Jérôme Prekel 

Cette étude est publiée ici en deux parties. Toutes les notes de bas de page/fin d’article sont importantes. Les contributions contradictoires sont bienvenues, pour un travail forcément incomplet. À exprimer dans les commentaires.

Introduction

Plusieurs questions ont été posées à la rédaction du SARMENT à propos d’enseignements chrétiens (d’hier et d’aujourd’hui) sur le thème du développement de la vie intérieure, de « la pratique de l’intériorité », qui conduit à la recherche (ou à la rencontre) du « Christ intérieur », un concept biblique parfois récupéré par certains courants ésotériques. 

Comment Dieu parle-t-il aux hommes ? Faut-il se tourner vers soi-même pour trouver Dieu ? Que signifie Leikh Leikha ? Dieu habite-t-il en l’Homme de manière innée ? Que penser du « Christ en tous » ? 

Ces questions sont importantes et méritent qu’on s’y arrête : cet article a été écrit pour ceux qui considèrent que la Bible est une source d’éléments de réponses digne de confiance et qu’elle continue de faire autorité, tant sur le plan de l’exposé des principes, que sur le plan des exemples. Et que tout ce qui vient de la tradition chrétienne (expériences et pratiques post-bibliques dans l’histoire du christianisme) est forcément une matière moins pure par définition. Cela ne signifie pas que l’Histoire chrétienne n’a pas produit d’éclairages, puisque la révélation est progressive, mais simplement que la Bible possède et conserve un rôle d’arbitre, et demeure la source principale des enseignements sur toute question, à commencer par celle du « Christ intérieur ». C’est un principe spirituel important, que l’apôtre Paul enseignait à ses disciples, afin qu’ils apprennent à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit (1 Cor. 4/5). Le « Ce qui est écrit » est toujours primordial, et lorsque nous entendons un discours relativiste à ce propos, c’est en général parce que la Bible dérange.

Face à ce positionnement émerge ce qu’on appelle la culture néo-chrétienne[1] qui se signale par une intention de dépoussiérer les anciennes croyances, une volonté de redéfinir des fondamentaux et changer ce qu’on estime dépassé. Ceux qui adhèrent à cette philosophie religieuse sont prêts à tout remettre en question pour sortir des cadres perçus comme sclérosants, se soustraire aux régimes et systèmes établis et trouver une relation spirituelle « plus authentique ». En assumant le risque d’écrire un nouvel évangile. 

La possibilité du « Christ intérieur » 

Vous entendrez parler du « Christ intérieur » dans deux courants : celui du christianisme et celui de l’ésotérisme[2].

Photo Unsplash©Chetan Menaria

Pour ce qui concerne les enseignements de l’Église, ils sont évidemment fondés sur les Écritures, qui parlent du baptême dans le Saint-Esprit, de la venue de l’Esprit de Dieu/de Christ dans le cœur du croyant. Quelques déclarations parmi d’autres l’attestent :

  • « vous êtes le temple du Saint-Esprit qui habite en vous[3] » (1 Corinthiens 3/16)
  • « … de sorte que le Christ habite, par la foi, dans vos cœurs » (Ephésiens 3/17)
  • « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jean 4/4)
  • « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? » (2 Corinthiens 13/5)
  • « … Christ en vous, l’espérance de la gloire[4] » (Colossiens 1/26)

Dans les courants ésotériques (New Age, notamment) le « Christ intérieur » est une expérience personnelle mystique, détournée du christianisme, qui participe à la recherche du « vrai Moi », et de son « éveil christique », qui va s’expérimenter en dehors de tout cadre religieux contraignant. L’objectif de cette expérience et de sa pratique est moins de rencontrer Dieu, son créateur, que de rechercher l’accomplissement de soi-même au travers d’une sublimation mystique. Avec, à la clé, dans certains courants, une quête de la divinité de l’homme.

La réflexion qui est développée ici s’appuie sur la Bible afin de tenter de démêler les chemins et de s’assurer de leurs destinations, car tout ce qui parle de Christ ne vient pas de Christ et ne mène pas à Christ. La recherche de Dieu, et de la communion avec Dieu, est une bénédiction pour tout homme, à condition d’adhérer à sa vision divine du monde, celle de la vérité et du mensonge, de la vie et de la mort, du bien et du mal, du juste et de l’injuste. C’est toute la difficulté, dont Jésus explique qu’elle consiste à marcher sur un sentier étroit, pour passer par une porte étroite (Matthieu 7/14).

« L’intériorité » c’est quoi ? 

L’intériorité se définit d’une manière générale comme un contrepoint de l’extériorité, qui focalise notre attention de manière incessante, et sur-sollicite notre énergie, surtout dans le contexte moderne. 

L’intériorité (tous courants confondus) est un mouvement de retour sur soi et peut être assimilée à une discipline réflexive qui, comme son nom l’indique, va explorer et développer la conscience de soi, et questionner sa place au monde, aux autres et le rapport à soi-même. Enfin, l’intériorité chrétienne est une prise de distance avec l’extériorité constituée par les devoirs religieux ; elle se veut être un cadre relationnel plus authentique avec Dieu, rendant tous les autres systèmes caduques, ce qui inclut celui des églises.

Pour les adeptes d’une pratique de l’intériorité chrétienne (souvent d’influence orthodoxe), le but est d’entrer dans une plus grande communion avec Dieu, au moyen d’exercices méditatifs, contemplatifs, et dans la recherche d’un dialogue intérieur basé sur le silence des pensées et des émotions, et l’apprentissage de l’écoute de l’Esprit de Dieu. 

Au cours des siècles, les adeptes de l’intériorité ont « modélisé » un chemin (un développement) qui comporte des étapes de progression, d’élévation dans la communion avec Dieu, appelée « la voie de l’hésychia ».

« L’intériorité » c’est pour qui ? 

On parle ici de la communion intérieure avec Christ : la Bible montre que l’accès à Christ est ouvert à quiconque le désire. Tous sont éligibles à la Grâce de Dieu, sans distinction aucune. Tous peuvent recevoir le baptême de l’Esprit, tous peuvent devenir le temple du Saint-Esprit, tous peuvent vivre une communion intérieure grâce à la venue de l’Esprit de Dieu en eux, … mais tous les hommes ne le vivront pas, nous le savons. Il y a beaucoup d’appelés à ce niveau de Salut, mais peu d’élus (Matthieu 22/14). Pourquoi ? Parce que le préalable est de reconnaître l’existence du Dieu Créateur et la messianité de Christ.

Ainsi, « l’intériorité » dans son sens chrétien n’est possible que si l’Esprit de Dieu vient s’établir dans le temple, ce qui relève de la plus élémentaire logique.  

Cependant, Il existe dans le monde des approches ésotériques qui « empruntent » Christ au christianisme, et qui vont universaliser sa messianité, sa pureté, sa puissance, etc, en s’affranchissant du cadre conditionnel de la révélation biblique. C’est ce qu’on appelle « le Christ intérieur », qui s’apparente alors davantage à un guide intérieur, un maître à penser, qu’à un Dieu sauveur. 

Mais pour ceux qui désirent savoir tout ce qu’il est possible de connaître de Christ, en termes d’informations originelles et fiables, il est nécessaire de se tourner premièrement vers la Bible. C’est là que nous y trouvons l’histoire de Christ, que nous découvrons la personne de Christ, les enseignements de Christ et la dimension terrestre et céleste de Christ. Et c’est là où nous apprenons la révélation de Christ, là encore que se trouvent tous les éléments préliminaires à une relation personnelle et intérieure avec Christ.

Photo Unsplash©Ben White

L’intériorité chrétienne, celle qui consiste en une communion avec le Christ, est donc le fruit de la conversion à Christ, d’un rapprochement personnel si étroit qu’on puisse parler d’union. C’est en tous cas de cette manière que les Écritures le définissent :

  • « Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14/6) : Christ est nécessaire
  • « Celui qui n’a pas le fils n’a pas le Père » (1 Jean 2/23) : Christ est incontournable
  • « Je suis le commencement et la fin, l’alpha et l’omega » (Apocalypse 22/13) : Christ est indispensable
  • « Je suis le chemin, la vérité et la vie (Jean 14/6) : Christ est l’Essentiel

Il serait donc hors de propos d’enseigner comme une possibilité universelle « la communion avec le Christ intérieur » à des personnes qui n’ont pas encore accepté (ou reconnu) Christ, c’est-à-dire qui sont ignorantes de qui Il est vraiment, bibliquement parlant, en un mot : qui ne le connaissent pas, ni ce qu’il a historiquement accompli et ni pourquoi il l’a spirituellement accompli. A fortiori, il serait périlleux de laisser miroiter la possibilité de recevoir des révélations émanant d’un « Christ intérieur » à des gens qui ne veulent pas du Christ révélé dans la Bible ou qui pensent faire l’économie de la reconnaissance de sa place unique de Sauveur et de Seigneur, son rôle central dans l’univers de Dieu, son statut de roi des rois, son essentialité

Conclusion de ce paragraphe : c’est donc la conversion à Christ qui va rendre possible de recevoir l’Esprit de Christ. Il s’agit là d’une base qui va ouvrir l’accès à une communion intérieure ; et ceux qui décideront de les ignorer (ou pire : les contester) s’exposeront au risque de nourrir une illusion de relation, ou alors une relation avec « un autre christ[5]» que le Christ de la Bible, c’est-à-dire une contrefaçon spirituelle.

Parenthèse : l’intériorité sans Dieu, c’est possible

Répétons-le : n’importe qui peut faire une expérience de l’intériorité. Chacun peut entrer en dialogue avec soi-même, indépendamment de toute croyance, comme le décrit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains : « Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi [de Dieu], ils sont, eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; ils montrent que l’oeuvre de la loi est écrite dans leurs coeurs, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s’accusant ou se défendant tour à tour » (Romains 2/14, 15). 

Les hommes décrits ici pourraient-ils avoir une certaine vie intérieure ? de fait, ils semblent bien l’avoir et elle est conflictuelle. Ces hommes qui sont des non-croyants (païens / ethnos) pourraient-ils trouver Christ en eux (en cherchant bien) ? Si c’était le cas, la Bible en parlerait. Paul n’aurait pas parlé ici de conscience, mais de l’Esprit de Dieu. 

Pour ce qui concerne ceux qui sont devenus croyants, il est tout à fait possible de cheminer un certain temps dans une saine et sainte orthodoxie, sans même savoir qu’une vie intérieure avec le Christ est possible, comme le démontre l’exemple des disciples d’Ephèse : « Paul leur dit : avez-vous reçu le Saint-Esprit, quand vous avez cru ? Ils lui répondirent : nous n’avons pas même entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit. 3Il dit : De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Et ils répondirent : Du baptême de Jean. 4Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus. 5Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. 6Lorsque Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit vint sur eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient. 7Ils étaient en tout environ douze hommes. » (Actes 19/2 à 7).

On notera que Paul ne les a pas enjoints à se tourner vers eux-mêmes pour y trouver un Christ ignoré, mais il a prié pour eux afin qu’ils Le reçoivent. Cette conclusion logique et biblique met un terme à tout enseignement qui prétendrait que le Christ sommeille en chacun de nous.

Fausse croyance du Dieu en tous : les sources d’un mensonge séduisant

La croyance du soi divin « par défaut » provient de l’idée platonicienne de « la divinité innée » de l’âme[6] et de son immortalité[7], qui a influencé les Pères de l’Église, et qui participera à certaines conceptions théologiques de « l’intériorité » et de l’hesychiasme[8].

Et nous trouvons ce même arrière-plan dans l’imago dei de Carl Gustav Jung : pour le psychanalyste, passionné d’occultisme, il existe dans l’homme « un Autre inconnaissable », que le moi ressent comme plus grand que lui, un facteur puissant et autonome. Cependant Jung rejetait dans le même temps toute croyance en Dieu, et toute adhésion à une religion particulière[9]. Pour lui, l’Imago Dei, c’est l’image du divin en soi (une sublimation de l’humain), qui ne peut — et ne doit pas — être extérieur. C’est l’humain-dieu. Il disait : « Votre vision ne devient claire que lorsque vous pouvez regarder dans votre cœur. Celui qui regarde à l’extérieur rêve. Celui qui regarde à l’intérieur s’éveille » (Carl G. Jung) : c’est un mantra de l’intériorité ésotérique ! Inutile de préciser que dans ce chemin, qui consistera à découvrir la part divine qui est dans l’Homme, le besoin du Christ rédempteur est totalement superflu.

On comprend que cette idée de « Dieu en soi » universel ait infusé dans certains courants chrétiens : « La découverte du principe transcendant à l’intérieur de soi-même (Dieu en soi) constitue l’élément central de la religion gnostique[10]» (« La Gnose, origines des sectes gnostiques » Jean Doresse).

D’après l’historienne Madeleine Scopello[11] « Les gnostiques peuvent être des penseurs chrétiens d’une grande culture, et de fins exégètes de la Bible » qui embrassent la gnose (la connaissance) pour mieux diverger du christianisme classique — qui prête le flanc à bien des critiques comme chacun sait.

En ce début de 21è siècle, la conception de la divinité de l’âme, de Dieu en soi, est dynamisée par les influences de spiritualités diverses et variées qui s’immiscent et se développent dans le néo-christianisme actuel[12].

Un exemple d’errance “néo-chrétienne” : le Christ en tous de Ruben Cedeno

Dans son ouvrage « le Christ intérieur », l’auteur Ruben Cedeno (+300 livres au compteur) explique sa conception de la présence de Dieu dans le cœur de chacun, croyants ou pas, religieux ou pas : 

« Le Principe Christique qui agissait en Jésus se trouve également à l’intérieur de tout être humain ; c’est ce que nous connaissons sous le nom de Christ Intérieur. Il est capable de faire pour nous tout ce que Jésus faisait pour les autres : guérir les malades, multiplier les aliments, calmer la tempête, pardonner, aimer, être sages, savant, ressusciter, ascensionner, prêcher la vérité et beaucoup d’autres choses encore. Cela ne consiste pas à défier Dieu, par orgueil, dans le but d’être aussi puissant que Lui ou Jésus ; cela revient à exercer toutes ces capacités que nous possédons par héritage divin » (chap 1).

Avec un tel préambule, Ruben Cedeno est certain de s’assurer l’attention du plus grand nombre : posséder la solution en nous, sans avoir besoin d’autre chose que de l’explorer, c’est le programme idéal de la formation idéale. C’est « le chemin de la pleine réalisation de l’Ego », décrit par Gilles Lipovietsy dans son livre « Le bonheur paradoxal » : « Au cœur de l’incroyable supermarché que constitue la nébuleuse néo-spirituelle, s’affirme la primauté de l’expérience intérieure comme condition du bien-vivre ».

Il suffit d’une exégèse élémentaire pour se rendre compte que Ruben Cedeno se fait l’oracle de fausses promesses, et le porte-voix d’un faux enseignement (ou une doctrine mensongère), mais ça se vend très bien ! Dans la préface de son ouvrage, l’auteur, tout à fait décomplexé, n’hésite pas à affirmer : « Tout ce que contient ce livre se fonde sur les enseignements du Maître Jésus » …

Mais il suffit de quelques pages pour que le lecteur averti constate qu’il n’en est rien, et que l’auteur tourne en roue libre, au gré de l’inspiration de son propre « Christ intérieur », qui n’est probablement qu’une version sublimée de lui-même, en mode Junguien, (le cas est plus fréquent qu’on ne pense) :

« Les enseignements de Jésus, précise-t-il, ne sont pas un dogme qu’on a l’obligation d’accepter, à l’instar de certaines affirmations chrétiennes. Ce que Jésus a voulu enseigner, ce sont des vérités universelles qu’on peut observer n’importe où. Peu importe la croyance qu’on a, ou la religion qu’on pratique, ses énoncés s’accomplissent et apportent à celui qui s’y tient, le bonheur, la paix, la santé physique et mentale, la prospérité et la sagesse, tout cela sans contrainte et sans l’autorité de la tradition » (page 7)

La recette Cedeno est donc simple : on prend parmi les paroles de Jésus ce qui nous intéresse, et on laisse le reste ; en langage biblique, ça s’appelle « un autre évangile[13] ». Puis on modélise ce qui nous semble correspondre à un besoin de l’air du temps, pour le vendre à la foule comme une clé de réussite, sachant que ça plaira aux oreilles qui veulent entendre des choses différentes, agréables[14] — et dont le nombre augmente, paraît-il, à la fin des temps. 

Le lecteur notera le besoin de décrédibiliser « les contraintes … et l’autorité de la tradition » (dernière ligne), ce qu’il faut comprendre par l’Église et les systèmes religieux, mais aussi « l’autorité de la Bible ». C’est une constante : ceux qui cherchent à délégitimer la Bible sont en général gênés par son autorité et les limites qu’elle pose. Alors ils cherchent à en réduire la force et l’influence. Lorsque nous entendons cette petite musique, cela signifie que la personne qui nous parle, même si elle est un ange[15], peut légitimement être suspectée de divergence.

Ce livre de Ruben Cedeno est donc une preuve supplémentaire qu’on peut prétendre parler au nom de Jésus, et dire n’importe quoi, tout en étant écouté religieusement par des milliers de personnes attentives et gagnées à la cause. 

« Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde ».

1 Jean 4/1

La Bible parle souvent des enseignements mensongers, qui se distinguent par leur mélange de vérité et d’erreur[16], prodigués par des gens qui agissent la plupart du temps de bonne foi mais qui manquent de rigueur, ou qui veulent aller plus loin, dépasser les limites des anciennes croyances, sortir des anciens sentiers. Loin de cette tentation, les acteurs du Nouveau Testament se révèlent et s’affirment comme les administrateurs du mot brut de Dieu : « Nous ne falsifions pas la Parole de Dieu, comme le font plusieurs » (2 Corinthiens 2/17). Même s’ils devaient perdre de l’audience, ou recevoir des pierres.

Dieu habite-t-il dans l’homme de manière innée (en tous)?

Cette question est donc centrale parce que certains enseignements, comme on le voit dans les paragraphes précédents, se font passer pour chrétiens, prétendant justement que le divin réside dans l’âme humaine, par nature. Cette affirmation audacieuse est totalement contredite par un large éventail d’exemples et d’enseignements bibliques, qui affirment clairement que Dieu ne réside pas dans l’être humain, dans son état naturel. C’est un des principes de base de la révélation de l’action divine dans l’humanité. 

Cependant, l’être humain est déclaré par la Genèse comme étant fait par Dieu à l’image de Dieu : il est donc possible dans ce sens de prendre conscience de la part – ou de l’empreinte divine – en soi, et également dans l’humanité tout entière. L’œuvre de Dieu est effectivement admirable et la contempler est une source d’inspiration et d’éveil. 

Mais les Écritures vont établir une autre révélation pour l’humanité, subséquente[17], celle de la perte de la présence et de la communion de Dieu, à cause du péché. 

L’être humain est décrit en effet comme séparé de Dieu[18] depuis la Chute, livré à la chair, dont l’apôtre Paul explique qu’elle est opposée à l’Esprit de Dieu[19]. Auparavant, le livre de la Genèse montre qu’Adam et Ève ont vécu dans la présence de Dieu, dans le jardin d’Eden, puis en ont été chassés, dans un état spirituel dégradé. Ils ont dû alors apprendre à invoquer l’Éternel, c’est-à-dire amorcer et entretenir une relation extérieure, ayant altéré ou perdu leur communion : « Seth eut aussi un fils, et il l’appela du nom d’Enosch. C’est alors que l’on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (Genèse 4/26). 

La perte de la présence de Dieu a entraîné un déplacement de l’homme vers lui-même, désormais gouverné par « l’homme naturel », c’est-à-dire la chair, son intelligence propre, ses instincts, et par tout ce que le psychisme peut contenir : le moi, le surmoi, le ça, le je, etc. 

« L’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est par l’Esprit qu’on en juge ».  1 Corinthiens 2/14

D’une certaine manière, on peut dire qu’en écoutant la voix du tentateur, l’être humain s’est détaché de Dieu, s’est tourné vers lui-même, en investissant sa confiance en lui-même, pensant devenir dieu. Si l’Esprit de Dieu (rouah, le souffle de vie) a fait partie de la nature humaine, il arrive un moment où cet état de fait cesse : « Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair » (Genèse 6/3).

Selon les Écritures, l’Éternel ne peut résider dans le cœur de l’être humain pécheur (qui a manqué le but) et qui est livré à ses sens naturels : « Car je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien; car le vouloir est avec moi, mais accomplir le bien, cela je ne le trouve pas » (Romains 7/18). 

En Adam, l’humanité a été coupée de Dieu : « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3/23). 

Le chemin de la restauration

La restauration est possible, mais conditionnée à la réconciliation qui a été accomplie par Christ à la croix (la rédemption) d’une manière universelle. La chose est confirmée par Jésus, expliquant à Nicodème, pourtant croyant et enseignant des Écritures, que s’il ne naît pas de nouveau, il ne peut VOIR le royaume de Dieu (Jean 3) — et donc y entrer. 

Pour le Seigneur, cette humanité-là ne possède PAS Dieu en elle, et il la regarde comme spirituellement morte, quoique vivante sur le plan naturel (et en dépit du fait qu’elle est religieuse). C’est pourquoi on trouve ailleurs certaines phrases énigmatiques, comme « nous étions morts dans nos fautes » (Ephésiens 2/5), c’est-à-dire avant la conversion à Christ. Ou encore : « laisse les morts enterrer leurs morts » (Matthieu 8/22). 

Mais grâce à Dieu, il existe une expérience qui peut faire passer l’être humain de la mort à la vie[20] : c’est la reconnaissance de l’existence, de l’œuvre et de la seigneurie de Christ (vieux mot qu’on pourrait remplacer par « royauté » avec l’idée que le roi peut prétendre à toute autorité). 

Cette reconnaissance s’accompagne de la repentance, qui n’est pas posturale, ni mystique, mais concrète et qui se signale par un changement de vie, de perspectives, de mentalité, de valeurs et de but. Renouvelé, on est envahi du désir et de la volonté d’une vie radicalement différente. Les choses anciennes sont vouées à la disparition, et nous avons soif d’une vie nouvelle. La repentance nous fait prendre notre place de créature face au Créateur, en reconnaissant que Dieu est Dieu et que nous ne sommes rien sans Lui. Que le monde n’est rien sans Lui. C’est une nouvelle naissance, avec des valeurs absolues, qui ne peut PAS être complète si Jésus n’est pas reconnu et déclaré « LE Sauveur ». ALORS la promesse de recevoir l’Esprit de Dieu dans notre cœur devient réalisable[21], parce que l’expérience de la foi en Christ a fait de nous, concrètement, le temple du Saint-Esprit qui peut donc venir en nous (1 Corinthiens 3/16[22] et 6/19[23]).

Seule, cette catégorie de personnes peut espérer « voir » le royaume de Dieu, en elles, et autour d’elles et au travers d’elles. Elles seront amenées à cultiver un dialogue intérieur (mais également extérieur) avec le Seigneur, et à réaliser une consécration aussi bien extérieure (les apparences) qu’intérieure — la tentation étant de se contenter de l’extérieur et du visible. La consécration intérieure, c’est la circoncision du cœur[24]. Le vrai homme spirituel, ce n’est pas celui qui l’est au-dehors, mais au-dedans, l’homme caché du cœur (1 Pierre 3/4 Dby).

« Assemblez-moi mes saints, qui ont fait alliance avec moi par un sacrifice, ceux qui ont fait alliance avec moi par un sacrifice »

Psaume 50 

En conclusion de ce paragraphe : pour les incroyants, ou les simples adhérents à des concepts moraux, religieux, ou intellectuels, il serait hors de propos de leur laisser penser ou croire que Dieu peut habiter en eux, sans la rédemption reconnue et acceptée. Et ce qu’ils pourraient éventuellement entendre dans l’Église, à propos des prérogatives spirituelles des enfants de Dieu, des enseignements de l’identité en Christ, ou de l’adoration, ne peut pas encore pleinement s’appliquer à eux. C’est un fait spirituel juridique qui est solidement établi dans la Bible. Tout simplement parce que Dieu a soumis toutes choses à une alliance dont Christ est le détenteur, la porte, et la clé[25]. Il ne répand son Esprit QUE sur toute chair qui se repent[26], c’est-à-dire qui Le reconnaît comme Sauveur et Seigneur. 

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JeromePrekel2023©www.lesarment.com

Chapitres à venir : 

8. Leikh leikha / Se tourner vers soi-même pour trouver Dieu 

9. Leikh leikha / L’interprétation du bon sens

10. L’amour de la vérité c’est le respect de ses limites

11. Aller vers Christ

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Sources et notes :


[1] Définition dictionnaire Littré : courant de philosophie chrétienne, destinée, dans l’esprit de ceux qui y adhèrent, à renouveler ses croyances

[2] Du grec esôterikós, « de l’intérieur » ; peut désigner l’ensemble un ensemble d’enseignements réservés à des initiés. Il peut exister un courant ésotérique chrétien, musulman (soufisme), judaïque (kabbale), taoïste ou Bouddhiste. 

[3] 1 Corinthiens 3/16, 17 : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?  Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes.»

[4] Colossiens 1/24 à 26 : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église. C’est d’elle que j’ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m’a donnée auprès de vous, afin que j’annonçasse pleinement la parole de Dieu, le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints, qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir : Christ en vous, l’espérance de la gloire.»

[5] 2 Corinthiens 11/4) : « Car, si quelqu’un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous avons prêché, ou si vous recevez un autre Esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre Evangile que celui que vous avez embrassé, vous le supportez fort bien ».

[6] Dans Phédon : « Quand elle examine en elle-même et pour elle-même, [l’âme] se dirige vers ce qui est pur, éternel, immortel, toujours identique à soi.»

[7] La réminiscence (en grec ἀνάμνησις, anamnésis ; également traduit par ressouvenir) est, dans la pensée de Platon, l’éveil par l’âme des possibilités latentes qu’elle porte en elle-même. Cette théorie, développée dans « Menon » postule que l’âme, avant de naître, a tout connu, mais que lors de son incarnation elle oublia tout. Le travail de connaissance est alors celui de re-connaissance. Cette théorie sert tout à la fois à démontrer l’immortalité de l’âme et l’existence de réalités intelligibles.

[8] Du mot grec hésychia, qui, dans l’hellénisme chrétien, désigne le « silence » et la « paix » de l’union à Dieu, l’hésychasme consiste en une méthode ascétique et mystique, « art des arts et science des sciences », qui est au cœur de la spiritualité de l’Église orthodoxe. Il s’agit de « désinvestir » la conscience du flot des logismoï (images et pensées « passionnelles », idolâtriques) pour la « faire descendre » dans le « cœur », qui est le centre d’intégration potentiel de l’être total et que le baptême a uni à l’humanité déifiée et déifiante du Christ. Alors, l’hésychaste prend conscience — d’une manière opérative — de la « grâce baptismale », de l’« énergie divine » présente à la racine même de son être. (Olivier Clément, Encyclopedia Universalis)

[9] Source : Jung et le phénomène religieux, Aimé Agnel

[10] Le gnosticisme est un mouvement de pensée centré autour de la notion de « connaissance » (en grec : gnôsis) regroupant des doctrines qui se caractérisent généralement par l’affirmation que les êtres humains sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel. La gnose peut conduire à un ascétisme rigoureux aussi bien qu’à une certaine libéralité sexuelle. Exemples d’écrits de gnostiques : l’Évangile de vérité, l’Évangile selon Thomas, l’Évangile selon Marie, l’Évangile de Judas, le Livre des secrets de Jean, le Livre sacré du Grand esprit invisible ou encore l’Apocalypse d’Adam.

[11] Les Évangiles apocryphes, Ed. Presses de la renaissance, 2016, 160 p

[12] Néo-christianisme : philosophie chrétienne qui propose une modernisation, une rénovation du christianisme, prônant par exemple un syncrétisme (mélange) avec d’autres courants religieux.

[13] 2 Corinthiens 11/4 : « Car, si quelqu’un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous avons prêché, ou si vous recevez un autre Esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que celui que vous avez embrassé, vous le supportez fort bien ».

[14] 2 Timothée 4/3 : « Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, 4détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables »

[15] Galates 1/7 à 9 : « Non pas qu’il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l’évangile de Christ. Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure : si quelqu’un vous annonce un autre évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »

[16] Matthieu 24/24 : «Car il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus», Actes 20/30 : «et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux», Romains 16/18 : «Car de tels hommes ne servent point Christ notre Seigneur, mais leur propre ventre; et, par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les cœurs des simples»

[17] « qui vient après »

[18] Romains 3/23 : « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu »

[19] Romains 8/6 : « Et la pensée de la chair, c’est la mort, tandis que la pensée de l’esprit, c’est la vie et la paix; 7car la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. 8Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu » ; Galates 5/16 : « 16Je dis donc: Marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair. 17Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez. »

[20] 1 Jean 3/14 : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » Jean 5/24 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie ».

[21] Joël 2/28 : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions ».

[22] 1 Cor. 3/16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. »

[23] 1 Cor. 6/19 : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »

[24] Romains 2/29 : « Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement; et la circoncision, c’est celle du coeur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu ».

[25] Jean 14/6 : « Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » Actes 4/12 : « Il n’y a de salut en aucun autre; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés », 1 Timothée 2/5 : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ».

[26] Joël 2/28 : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions », Actes 2/17 : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes ».

Photos Unsplash : Rod Long et Ben White

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