La relation sexuelle relève-t-elle de l’adoration ?

 

Le sujet est apparu sur le fil des commentaires du Sarment, faisant écho à des messages de la pasteure-prophète Sandra Dubi qui a créé le ministère « Esaïe 61 », dont une des formations porte sur « le pardon, la sexualité et la délivrance ». On y explique que « … la sexualité est une adoration » parce que « … le verbe « connaître » qui est employé dans le Genèse pour parler du premier couple « Adam connut Ève[1] » est le même mot (iada) utilisé pour dire « connaître Dieu[2] ». « Toute relation sexuelle est spirituelle … Dieu est adoré lorsque nous offrons notre corps … La relation sexuelle est une adoration[3] … ».

Le fait que ce soit un ministère féminin qui pose ces affirmations est très important et il faut reconnaître que la question sexuelle nécessite une réponse spirituelle, surtout à notre époque, parce que le monde autour de nous ne s’est pas amélioré en terme de sollicitations impures et de tentations de toute sorte (omniprésence de la pornographie et son impact sur la culture). Il faut donc faire quelque chose et on peut comprendre que certain(e)s, cherchent à changer la perception et la compréhension de la sexualité dans l’Église. À la spiritualiser. L’intention est probablement de rappeler que nous sommes le temple du Saint-Esprit et que la sexualité, comme le reste, doit être sainte : c’est une exhortation indispensable. Pour autant, la relation sexuelle peut-elle vraiment être considérée comme une adoration (bibliquement parlant)?

Une prise de position périlleuse

Assimiler la sexualité à l’adoration, (par un effet de symétrie du sens du verbe « iada »), est un exercice à double tranchant : si nous choisissons de considérer que la sexualité est de l’adoration, alors nous ne pourrons pas éviter (par contrecoup) de donner à l’adoration une dimension de sexualité. C’est un effet mécanique inévitable et on n’ose pas imaginer de quelle manière un masculin dévoyé se servirait d’un tel enseignement. Malheureusement, ça existe. Il y a donc un énorme enjeu spirituel, celui de donner aux choses et aux concepts spirituels une définition juste.

Trois objections à l’affirmation : « la sexualité est de l’adoration »

La première repose tout simplement sur le principe de confirmation : si aucun auteur biblique n’a parlé du sujet, on se gardera de faire d’une idée : une doctrine. Simple rappel. Comme on peut le voir dans l’objection suivante, la pertinence de l’utilisation symétrique du verbe « connaître » (pour l’adoration de Dieu et le rapport sexuel) est contestable.

La seconde est contextuelle : le lexique de l’hébreu biblique étant très limité, l’exercice de traduction est forcément complexe. En effet, l’Ancien Testament n’utilise que 8 000 mots, tandis que le traducteur, par exemple en latin, disposait de 40 000 mots dans la langue de destination ; le grec, 120 000 mots, et l’anglais, 200 000 mots. Quand on connaît ces paramètres, on comprend mieux pourquoi certains mots sont polysémiques (!), c’est-à-dire qu’ils ont plusieurs sens, en fonction du contexte de leur utilisation. 

Le risque de faire dire un peu ce qu’on veut à certains mots est donc assez grand (j’en avais parlé ici, autour de la traduction de l’expression « va vers toi-même »).  

Dans le cas présent, le verbe « connaître » doit s’entendre dans le sens « d’entrer en intimité », (intimité de Dieu, qui est spirituel, et intimité conjugale, qui est terrestre). L’expression ou l’idée peut s’entendre aussi dans le cadre de l’amitié. Entrer en intimité spirituelle avec Dieu n’a rien à voir avec le fait d’entrer en intimité sexuelle avec sa femme ou son mari. Associer la sexualité à un acte d’adoration est une idée moralement audacieuse, pour ne pas dire transgressive, qui est probablement considérée comme simplement avant-gardiste. Mais ce qui compte pour nous, c’est qu’elle soit justifiable bibliquement.

La troisième est doctrinale : si la sexualité dans un cadre conjugal respectueux et équilibré est de l’adoration, qu’en est-il du principe d’abstinence sexuelle que l’apôtre Paul a fait sien (et pas seulement lui), pour cultiver son service, son apostolat, et donc son adoration à Christ ? Il n’a certes pas prôné le célibat et a su célébrer le mariage ; il a même montré comment il fallait penser la relation conjugale chrétienne, mais il s’est tenu sur un chemin qui doit nous faire réfléchir et qui pourrait tempérer notre tentation à considérer le sexe (dans-un-cadre-conjugal-équilibré) comme de l’adoration. Et que faut-il penser des saints qui ne se sont pas souillés[4] par des relations sexuelles ? C’est une expression très forte. Si un prophète, une prophétesse, ou même un ange leur avait expliqué que la sexualité est de l’adoration, seraient-ils restés dans leur état de virginité, ce que le Saint-Esprit salue comme une adoration ?

À propos de l’esprit de l’adoration

Lorsqu’un chrétien adopte une sexualité saine et sainte, cela signifie que c’est son obéissance qui est adoration, ce n’est pas sa sexualité. Le présenter autrement est un dévoiement, une substitution de la cause par les effets.

C’est d’ailleurs sous cet angle (l’obéissance) que le christianisme a toujours traité l’adoration : comme une question de consécration de notre volonté dans son ensemble, un consentement volontaire et éclairé à la Parole de Dieu, par confiance. L’obéissance à une autre volonté que la nôtre est l’adoration : c’est ce que voulait dire Jésus en parlant « des adorateurs en esprit et en vérité » (Jean 4). Être sobre en toute chose[5] est de l’obéissance, ce qui ne signifie pas qu’en refusant un deuxième verre, je suis en train d’adorer. 

Ce ne sont pas les choses que nous faisons qui sont l’adoration, mais c’est comment et pourquoi nous les faisons. En ne respectant pas ce principe, l’Église moderne en est venue à considérer que « chanter est de l’adoration », et c’est même devenu une définition religieuse pour le monde qui nous entoure, et pour l’Église : c’est un drame. Spirituellement parlant, c’est un appauvrissement du sens. On peut toujours justifier par certains versets de l’ancien testament, que l’adoration était chantée, mais depuis l’exemple de la Croix, et la découverte des exigences spirituelles qui s’imposent aux disciples, nous voyons bien que leur adoration n’était pas dans les chants, mais dans une obéissance qui pouvait être mortelle. Et que s’ils adoraient en chantant, c’est parce qu’ils étaient prêts à tout.

Nous devons penser que nous avons à transmettre à la génération présente, et à la suivante, des définitions claires et conformes à la source. C’est une de nos missions spirituelles. 

Faut-il parler de sexualité dans l’Église ?

 « Avant on parlait peu de sexualité dans l’Église, voire pas du tout, on considérait que c’était impur et on excluait Dieu de la chambre à coucher alors qu’aujourd’hui, on sait que la sexualité est de Dieu … »[6]

Effectivement, l’Église a toujours considéré de manière consensuelle que le sujet de la sexualité relevait du charnel — et pas du spirituel — ce qui a été l’opinion des plus grands prophètes et des plus grands enseignants de l’Histoire. Mais voilà qu’on nous explique, après 20 siècles de ce christianisme, que la sexualité est devenue spirituelle. Mieux : c’est de l’adoration. Le décalage est troublant. D’où vient-il ? C’est une vraie question. Quelle est la source ? Devons-nous en conclure que l’Église du 21è siècle voit plus clair, et comprend davantage de choses que l’Église d’hier ? Certains le pensent, en révisant des concepts anciens, ce que le Saint-Esprit ne conseille pas : « Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée » (Proverbes 22/28).

Dans l’église moderne, la fonction des Pasteur(e)s les amène à se prononcer sur des problématiques nouvelles, complexes, et le domaine de la relation d’aide, du suivi pastoral personnalisé, serviront à aborder des questions sensibles, mais toujours sous l’angle spirituel. Cela dit, les problèmes de l’âme humaine sont constants : le livre de l’Ecclésiaste dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Et la Parole de Dieu apporte toujours également les mêmes réponses, immuables. La société change, les siècles se succèdent, mais la Parole de Dieu ne change pas. Et nous devons rappeler ici que les prophètes de l’Éternel amènent rarement des nouveautés dans le peuple de Dieu ; au contraire, ils se distinguent en ramenant des choses anciennes, en reconstruisant un vieil autel, et en rappelant au peuple de Dieu de vieux principes.

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JeromePrekel2026©www.lesarment.com


[1] Genèse 4/1 : « Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J’ai formé un homme avec l’aide de l’Eternel. »

[2] Extrait de l’enseignement « le Saint-Esprit, mon huile » 

[3] chapitre « Comprendre notre sexualité » du live du ministère Esaïe 61,

[4] Grec « Moluno » μολύνω : Souiller, se souiller, être souillé, contagionner, déflorer, Polluer, tacher, contaminer.

Utilisé dans le Nouveau Testament pour ceux qui ne se sont pas gardés purs de la souillure du péché, qui se sont souillés par la fornication et l’adultère. 1 Corinthiens 8/7 : « Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée (moluno) ». Apocalypse 3/4 : « Cependant tu as à Sardes quelques hommes qui n’ont (moluno) pas souillé (moluno) leurs vêtements; ils marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu’ils en sont dignes ».

[5] 2 Timothée 4/5 : « Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’oeuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère ».

[6] chapitre « Comprendre notre sexualité » du live du ministère Esaïe 61

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