Il était une foi : le platisme

Ceux qui pensent que la terre est plate sont de plus en plus nombreux : comment est-il possible en 2021 de concevoir une réalité alternative de cette envergure … cosmique ? Aussi bizarre que ça puisse paraître, les adeptes du platisme justifient leur croyance par la lutte contre le mensonge, celui d’une terre ronde. Ils pensent porter et défendre la bannière de la vérité dans un monde dont ils accusent toutes les structures d’être corrompues : politiques, scientifiques, sociales, culturelles et même religieuses.  Un air connu, qui est partagé par beaucoup de nos contemporains, en proie au virus du soupçonnisme.

L’éventail de la foi « platiste » va du simple doute, au militantisme le plus convaincu. Longtemps anecdotique, la vision d’un monde plat réussit aujourd’hui l’exploit de convertir un nombre croissant d’adeptes, grâce à la capacité d’internet de fédérer de nouvelles communautés de croyances. 

« Si tu avais de la foi comme un platiste, tu dirais à cette planète de s’aplatir, et elle le ferait »

Aux États-Unis, les « flat earthers » (adeptes de la théorie de la Terre plate) seraient environ 12 millions, d’après le très sérieux NationalGeographic. Et ce nombre ne cesse d’augmenter. Au Brésil, 7 % de la population serait acquise à cette cause, qui fait recette dans une partie de la sphère évangélique. Un entrepreneur « terreplatiste » convaincu et militant, Anderson Neves, témoigne : « Aujourd’hui, au Brésil, nous parlons de plus de 11 millions de personnes qui ont déjà compris que la Terre est plate ». Ça fait du monde, effectivement ! « Le modèle qui nous est imposé – la Terre sphérique – est trop plein de contradictions » affirme un influenceur brésilien, Siddhartha Chaibub (le Guardian). Il n’en faut pas davantage pour entrer en conflit avec la version officielle, puis de démarrer une croisade « pour le rétablissement de la vérité », à laquelle va s’agglomérer une population hétéroclite.

Un phénomène mondial

Dans les réseaux Youtube alternatifs, les personnes qui prennent publiquement position pour ce type de conviction à contre-courant sont identifiés comme des modèles de courage, des héros de la vérité et assimilés à des lanceurs d’alerte. Et le fait qu’ils soient moqués et stigmatisés les renforce dans leur sentiment de légitimité et sacralise en quelque sorte leur combat, parce qu’ils invoquent une « persécution » des « merdias » — mot-valise qu’on rencontre assez souvent chez les complotistes, comme sur le site de Michèle d’Astier, par exemple.

En France, une récente étude menée par l’Ifop pour l’institut Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch montre que 9 % des français croient « possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ».  Mais le phénomène est mondial : une enquête d’opinion menée dans douze pays européens auprès de 12 000 personnes âgées de 14 à 24 ans a ainsi révélé que 31 % pensent que des sociétés secrètes travaillent à mettre en place un nouvel ordre mondial, et 7 % donnent du crédit aux théories de la terre plate. 

Le « terreplatisme » fait donc partie d’une tendance de nos contemporains à remettre en question la réalité admise, la version dite officielle, qui serait portée par les médias mainstream[1]. Le planisme, c’est un peu l’archétype du complotisme, qui rassemble sous son aile tous les déçus du système, à cause d’une crise de confiance dans les institutions (et les autorités, donc), qui peut s’interpréter comme un ébranlement d’un monde qui ne veut pas de Dieu.

Les 3 arguments platistes principaux

Comme le montre l’illustration ci-après, empruntée à un des nombreux sites platistes, les adeptes considèrent qu’il existe bien un cercle terrestre, mais qu’il est aplati. Au centre, se situe le pôle Nord, l’Arctique, tandis que le pôle Sud constitue le contour qui empêche les océans de s’écouler dans le vide. La calotte glaciaire antarctique forme une grande barrière de glace sur les bords extérieurs du disque-monde. Au-dessus de ce disque, une sorte de dôme constitue un espace clos à l’intérieur duquel évoluent les astres.

Bien qu’il existe des preuves mathématiques, physiques et même photographiques de la sphéricité de notre planète, le mythe platiste résiste aux évidences, tout simplement parce qu’il relève de la CROYANCE.

 On est rendu à un niveau qui frise la foi, et il n’y a aucun argument rationnel qui va les convaincre parce qu’on est vraiment sur deux niveaux de discussion ou de conversation qui sont incompatibles. 

Pierre Chastenay, astronome et professeur de didactique à l’UQAM (Université du Québec à Montréal).

Le platiste croit que :

  • Toutes les preuves produites par l’astronomie sont fabriquées et photoshopées pour faire croire que la terre est sphérique. Selon eux, les astronautes comme Thomas Pesquet seraient filmés en studio, les fusées décolleraient vides et la NASA, l’agence spatiale américaine, ne serait qu’un organe de propagande.
  • La terre est stationnaire : le platiste pense que si elle tournait véritablement à 1’600 km/h (comme on le dit), nous devrions nous envoler. 
  • Puisque la courbure de l’horizon est plate, c’est une preuve, car si la terre était ronde, l’horizon serait courbe.

Face à certaines contradictions (par exemple : comment expliquer le jour et la nuit avec une terre plate) ils ont réponse à tout, il suffit de consulter quelques chaînes Youtube sur le sujet.  Pour prouver ses convictions, le platiste est prêt à tout : l’un des membres les plus médiatisés de la communauté, Mike Hugues, travaillait depuis des années à la conception de fusées artisanales destinées à l’emmener à une hauteur suffisante pour ramener la preuve photographique qu’il cherchait (le platiste n’a confiance qu’en lui-même). Après un essai prometteur qui lui avait permis de décrocher quelques financements privés, Mike Hugues a finalement perdu la vie dans le crash de sa dernière fusée, le 22 février dernier. Un martyr de la foi platiste.

La vérité platiste vous rendra libre

Depuis plusieurs années, des rassemblements et séminaires s’organisent pour tenter de fédérer la foi platiste. Aux États-Unis, le réalisateur Robbie Davidson, chrétien Baptiste déclaré, a initié une série de conférences sur le sujet. Dans l’un de ses discours d’ouverture, il n’a pas hésité à faire une analogie entre son travail et celui de Martin Luther, qui avait publié 95 thèses contre l’Église catholique romaine 500 ans auparavant :

« Nous sommes à l’aube d’une nouvelle Réforme. Ce que nous vivons aujourd’hui aura un effet sur des millions et des millions de personnes », affirmait-il avec fierté. Au total, les intervenants vedettes de la conférence comptaient plus de 680 000 abonnés YouTube et 90 millions de vues cumulées. Ce qu’ils attendent ? « La Troisième Guerre mondiale est déjà en marche. Elle ne nous opposera pas à la Corée du nord : c’est la guerre des citoyens du monde contre les autorités souveraines ». Une guerre de la vérité, donc. « Notre liberté, nos esprits, notre planète sont attaqués de toutes parts, et la Terre plate n’est qu’un outil parmi d’autres qui permettra de nous débarrasser de nos illusions ». Selon Robbie Davidson, c’est la vérité platiste qui nous rendra libres !

Pour Rajiv Golla, auteur d’un article-enquête sur le sujet, « Le mouvement platiste encourage les gens à remettre en question l’ensemble de ce qu’ils savent et de ce qu’on leur dit, à faire leurs propres recherches et à en tirer les conclusions qui s’imposent (NDLR : ce qui est devenu un mantra du complotisme). Sur le principe, la promotion de l’esprit critique et du scepticisme sont plutôt sains. Mais combinées à une paranoïa conspirationniste, ces injonctions peuvent rapidement tourner mal. Surtout quand elles s’adressent à des personnes qui estiment que, par défaut, le fait de recevoir des critiques est le signe que l’on est dans le vrai ».

le platisme et la foi
KEVIN CAMPBELL, PRÉDICATEUR CHRÉTIEN PLATISTE, TENANT UNE PANCARTE LORS D’UNE CONFÉRENCE EN COMPAGNIE DE SON ÉPOUSE ET DE SA FILLE. SON MESSAGE DIT EN SUBSTANCE : « SI VOUS CROYEZ EN LA TERRE RONDE, VOUS IREZ EN ENFER ».
PHOTO DE RAJIV GOLLA

Le platiste et la Bible

L’existence d’une foi platiste chrétienne a de quoi nous interroger. Certains adeptes estiment que la Bible contiendrait les preuves de ce qu’ils croient :

« Voici les visions de mon esprit, pendant que j’étais sur ma couche. Je regardais, et voici, il y avait au milieu de la terre un arbre d’une grande hauteur. Cet arbre était devenu grand et fort, sa cime s’élevait jusqu’aux cieux, et on le voyait des extrémités de toute la terre ». Daniel 4/10-11   

Déduction platiste : Une terre plate possède un milieu, ce qui est impossible à une terre ronde. 

« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui repose sur ton sein, ou ton ami que tu aimes comme toi-même, t’incite secrètement en disant : Allons, et servons d’autres dieux ! -des dieux que ni toi ni tes pères n’avez connus, d’entre les dieux des peuples qui vous entourent, près de toi ou loin de toi, d’une extrémité de la terre à l’autre » Deutéronome 13/6, 7

Déduction platiste : Non seulement une terre sphérique ne possède pas de centre, mais les deux versets évoquent des extrémités. Il va de soi qu’une terre sphérique n’a pas d’extrémités.

On l’aura compris, tout est possible à celui qui croit que la terre est plate. Mais en réalité, le principe s’applique à toutes les croyances, surtout lorsqu’elles sont construites sur un biais cognitif, notamment le biais de confirmation; pour le dire simplement : on finit toujours par tomber du côté où on penche.

L’ADN du soupçonnisme

La contruction du raisonnement platiste — qui remet en question certaines réalités pourtant établies par les faits — partage certains critères avec différents autres courants soupçonnistes :

  • Rien n’est tel qu’il paraît : les apparences sont trompeuses
  • Une grande partie de ce qui est officiel est suspect 
  • La presse et les médias sont au service du mensonge
  • Le mensonge est au service d’entités qui nous contrôlent et nous asservissent
  • La vérité est cachée et refusée par 95% des gens
  • Rien n’arrive par hasard  
  • Les drames/catastrophes (comme une pandémie) sont le résultat d’intentions malfaisantes

Les cibles du soupçonnisme

On reconnaît le raisonnement soupçonniste à ce qu’il pointe invariablement vers un ou plusieurs boucs émissaires, qui seraient les cerveaux responsables des problèmes (par ex Bill Gates ou un groupe de personnes : Bilderberg, illuminatis, francs-maçons) ou encore des entités extraterrestres (reptiliens, aliens); et tout comme le bouc émissaire biblique (lire Lévitique 16), le ou les coupables sont chargés des péchés les plus horribles : ils sont pervers, assassins, cruels, satanistes, pédophiles, et parfois nécrophages. 

Le réseau complotiste Qanon aux États-Unis (qui a soutenu Donald Trump et qui est un instrument de l’assaut du Capitole) a véhiculé et amplifié des accusations d’assassinats d’enfants par des figures emblématiques Démocrates (comme le couple Clinton) : le sang de ces enfants servirait à produire une substance antivieillissement, l’adrénochrome, destinée à l’élite mondiale, qui serait sataniste. Il semble qu’il n’y ait pas de limite à l’imaginaire soupçonniste. Mais comment expliquer que tant de personnes soient prêtes à le croire ?

Hier, ce sont les juifs qui étaient stigmatisés par les antisémites et soupçonnistes de l’époque, à peu près dans les mêmes termes : ils étaient accusés d’assassiner des enfants non juifs à des fins rituelles, pour la confection de pains azymes pour la Pâque. Il s’agit de l’une des allégations antijuives les plus anciennes de l’Histoire

Le fait que nous retrouvions ces précédents dans l’Histoire a quelque chose de dramatique ! Cela signifie que l’erreur et la folie peuvent se répéter, même dans de tels exemples qui mettent en scène le pire de l’être humain, dans ses mensonges et sa folie. Normalement, le simple rappel de ce qui s’est passé hier devrait suffire à faire s’éteindre toutes les réminiscences d’aujourd’hui. Mais non ! Le réseau Qanon continue d’injecter ses impuretés qui sont partagées jusqu’en Europe, y compris dans certains blogs chrétiens, et qui s’invitent dans nos conversations, habillées comme des vérités.

L’escroquerie spirituelle d’une vision du monde sous l’angle d’un complot

Toute construction intellectuelle, doctrine, idéologie, philosophie, qui contient l’idée d’une conspiration des puissants contre le bas peuple, des forts contre les faibles, des riches contre les pauvres, contient l’ADN du complotisme et transmet potentiellement son virus.  L’escroquerie spirituelle est simple : elle consiste à allumer et attiser la colère contre le système, contre les coupables-méchants-satanistes, ce qui a pour effet de détourner les esprits de la seule véritable raison de tous les dysfonctionnements et de toutes les malédictions : la désobéissance de chacun de nous à la Parole inspirée de Dieu.

Si chaque homme et chaque femme en colère contre les gouvernants, la finance, les banques, les riches, les lobbys pharmaceutiques (et globalement : ceux qui décident et qui sont en position d’autorité), recevait la révélation de son propre péché, il cesserait à l’instant-même de pointer du doigt ou de lever le poing. Et le monde serait libéré à l’instant-même d’un contestataire systématique, remplacé par un témoin de Christ.

Les scénarios complotistes aux relents révolutionnaires (accusations-condamnations-appel au meurtre) sont des activateurs émotionnels. Du bon carburant de masse, parce que nous cherchons tous prioritairement à consommer ce qui nous fait vibrer. Quand la religion n’est plus l’opium du peuple, il faut trouver autre chose, d’aussi puissant et mobilisateur. Avec internet, nous sommes entrés dans l’ère de l’infodémie (toujours dramatisante, en cas de crise) qui produit des ressources H/24. Dans un courant mélangé d’infos et d’infox, les internautes sont confrontés à une surcharge de données qu’ils ne sont pas en mesure d’absorber et encore moins d’analyser. Chacun est donc condamné à devoir se prononcer sur des sujet graves, sur la base d’une perception subjective, qui a donné naissance au premier commandement complotiste : ce que je crois, moi, c’est ce qui est vrai. C’est ce que la Bible appelle « être livré à ses sens » (ou à ses biais cognitifs).

Dans le soupçonnisme-complotisme, le pouvoir croyant augmente tandis que la foi diminue

Dans le flux continuel de Youtube et des réseaux sociaux, les croyances augmentent en nombre d’une manière exponentielle (tel le platisme), ce qui sursollicite et surdéveloppe la crédulité et qui en même temps fait diminuer la foi.

En renonçant à privilégier premièrement la recherche du royaume de Dieu et de sa justice, et en refusant d’obéir à LA vérité, pour aller vers un système de croyances à la carte (« chacun sa vérité ») qui redéfinissent le réel, l’Homme moderne redessine une vérité à son image, et se condamne à davantage d’errance : « … Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes, étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité; délateurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents …» (Romains 1).

La vérité biblique sollicite la foi du croyant, pour l’amener à la repentance et le conduire à Christ, qui devient le Sauveur de tout et le Seigneur de tout. Cette foi n’a aucune accusation à porter sur quiconque, puisqu’elle est encouragée à regarder l’autre comme étant supérieur et à aimer son prochain comme soi-même.

Platisme, illuminati, reptiliens, Qanon, grand reset, grand remplacement, 11 septembre … : la crédulité des hommes livrés à leurs sens les pousse dans une redéfinition du réel, et un soupçon généralisé envahit l’espace sociétal, dans tous ses compartiments : scientifique, médiatique (par les réseaux sociaux), politique (par le populisme). 

Un symptôme majeur de déchristianisation

Il existe des raisons sociologiques et spirituelles au déploiement de la pensée complotiste dans le monde et la toute première d’entre elles est la déchristianisation, c’est-à-dire le désintérêt progressif, puis le rejet des valeurs fondamentales sur lesquelles sont construites la plupart des nations modernes, en tous cas occidentales. C’est ce que la Bible appelle l’apostasie. Elle se traduit par une dégradation de la confiance dans la vérité de la Parole de Dieu (qui fut un jour admise par le plus grand nombre et constituait un récit collectif) au profit d’un transfert de la confiance vers l’Homme — ce qui a toujours causé sa perte et qui la causera encore (Jérémie 17/5).

L’augmentation de la crédulité et la lente disparition de la foi provoquent une augmentation de l’illétrisme biblique, — à moins qu’elles ne l’accompagne — qui est un critère d’appauvrissement spirituel, terreau idéal de toutes les séductions. Et en même temps, nous assistons mécaniquement, à la montée des relativismes et des progressismes, qui se traduisent par une recherche d’alignement de l’église avec la morale du monde, fondée sur la liberté individuelle : liberté d’expression qui va jusqu’à l’apologie du blasphème, liberté de toutes les préférences sexuelles, liberté de s’affranchir du genre naturel, liberté d’augmenter la nature humaine. La liberté sans frein, c’était le moteur de la Chute, dont la répétition ne pourra pas être évitée, à court ou moyen terme.

Le recul de la foi précède l’abandon de la foi

Si aucune réponse spirituelle n’est apportée au recul de la foi, à savoir un retour au point de départ (là où Dieu est reconnu comme le Seigneur), alors l’abandon de la foi peut se matérialiser, masqué par une culture religieuse progressivement dépouillée de sa force spirituelle.

Les prophéties de Paul annoncent-elles un sursaut de l’Église face à l’apostasie ? La réponse est malheureusement non. L’apostasie est décrite comme la préfiguration de l’avènement de l’antichrist, qui provoquera à terme le retour du Seigneur. Que faire ? Nous ne pouvons pas nous extraire d’un temps de déclin, de même que nous ne pouvons pas nous retirer du Monde, mais nous pouvons influer sur notre propre trajectoire spirituelle, puis sur celle des autres. Comment ? La révélation de l’apostasie des temps de la fin, pour qui la reçoit, est un appel à la consécration personnelle et à la sanctification du Seigneur Jésus dans nos cœurs. Ce n’est pas une séparation des églises, mais une séparation du péché. Ce n’est pas de sortir de Babylone, mais de faire sortir Babylone de notre cœur. Et c’est encore moins un appel à l’indépendance alimentaire ou énergétique, ni à faire des provisions. C’est un appel à acheter de l’huile avant que la nuit devienne trop avancée et à intégrer et digérer pour soi-même le message de l’Esprit aux 7 églises. La sanctification, la consécration, le revêtissent de la marque de Dieu, c’est maintenant.

Conclusion

Le platisme est une bulle d’erreur, dont le mécanisme repose sur une contestation de la réalité et une déformation de la vérité, ce qui constitue à nos yeux un microcosme de ce qui se passe à une plus grande échelle. Les repères divins ont été perdus, entraînant l’égarement des hommes, et maintenant, c’est leur relation à la réalité qui fait logiquement naufrage. On l’aura compris, cette bulle fait partie du grand mouvement du complotisme, qui fonctionne sur la base d’une réaction en chaîne brassant un mélange de vérités et de mensonges, de colère égocentrique et d’indignation narcissique, qui manifestent devant nos yeux chaque jour ce que l’apôtre Paul appelle « l’énergie d’erreur », l’esprit de la confusion. Son crédo, c’est l’amour de la liberté individuelle, ce n’est pas l’amour de la vérité.

Aujourd’hui, la mécanique de l’apostasie opère dans les deux domaines conjoints du Monde (qui se déchristianise depuis quelques décennies) et de l’Église, cette dernière souffrant de plus en plus à maintenir un modèle de fonctionnement biblique, un idéal de la consécration reposant sur une séparation d’avec le monde, à cause de la pression des attentes d’un public dont l’attitude a été prophétisée : « aimant les plaisirs plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété mais en ayant renié ce qui en fait la force » (2 Timothée 3/4).

Les vrais croyants seront au bénéfice de l’énergie de vérité (en opposition à l’énergie d’erreur) qui déploie invariablement sa puissance vers Christ, par Christ, pour Christ, qu’elle s’emploie à révéler : « Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi » (Jean 15/26). Et le découvrement progressif de cette connaissance entraîne une augmentation de la foi, de la confiance, de l’admiration, de la reconnaissance, de l’adoration, et d’un esprit de service, voire de sacrifice, consacré à Christ.

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Jérôme Prekel 2021©www.lesarment.com.

Cet article est dédié à Eliane Colard, disparue il y a un an jour pour jour, le 20 juillet 2020. Auteure de nombreuses publications d’édification, elle trouvait le temps de contribuer souvent sur le blog du Sarment, avec beaucoup de pertinence et d’acuité. Elle savait apporter la contradiction, aussi ! Elle avait perçu dans le complotisme une plaie spirituelle et voulait écrire sur le réseau américain Qanon. Ce nouvel article de dénonciation du complotisme, et particulièrement de la compromission des chrétiens avec cette mouvance, lui est dédié.


[1] La théorie du complot comme un simulacre de sciences sociales ? Park Jung Ho, Chun Sang Jin


[1] L’anglicisme média mainstream est un terme utilisé pour désigner collectivement les divers grands médias de masse qui influencent un grand nombre de personnes et qui reflètent et façonnent les courants de pensée dominants.

6 comments On Il était une foi : le platisme

  • Bonjour Jérôme,

    Encore merci pour ce texte édifiant.
    Un désaccord, minime : vous êtes pessimiste quand vous écrivez : « Les prophéties de Paul annoncent-elles un sursaut de l’Église face à l’apostasie ? La réponse est malheureusement non. »
    Je n’en vois un malheur que pour ceux qui se perdent dans les théories fumeuses. Pour ceux qui croient en Jesus, qui est l’incarnation de la Vérité, si l’apostasie s’étend, y compris et surtout dans les églises, cela annonce aussi l’enlèvement de l’Eglise (universelle), le retour de Christ et c’est, finalement, une bonne nouvelle. D’ailleurs, vous poursuivez votre texte par : « L’apostasie est décrite comme la préfiguration de l’avènement de l’antichrist, qui provoquera à terme le retour du Seigneur. »
    Autre remarque concernant l’idée complotiste du grand remplacement. Ce qui est complotiste est de penser qu’il y a une volonté cachée de groupes satanistes qui ont pour objectif de remplacer les populations européennes de culture gréco-romaine et de religion judéo-chrétienne par des populations africaines subsahariennes ou maghrébines. Par contre le constat du remplacement des populations sur un territoire donné par des populations venues d’ailleurs n’est pas complotiste en soi. C’est l’histoire de l’humanité tout simplement et sur l’ensemble de la surface du globe. Les populations se déplacent. Prenons l’exemple de la France. Bien avant de s’appeler France, ce territoire a connu de multiples changements de populations. Sans remonter à la préhistoire, on a vu les ligures céder la place aux celtes, ces derniers ont fusionné avec l’envahisseur romain. Puis il y a eu les « grandes invasions » comme on disait dans les manuels scolaires de ma génération : les Wisigoths, les Francs, les Normands, etc… À notre époque, ce qui caractérise les migrations, c’est la rapidité du phénomène grâce aux moyens de communication qui n’existaient pas bien évidemment dans les siècles précédents. Cette rapidité ne permet pas l’assimilation des populations indigènes avec les nouveaux venus. Cela va trop vite, d’autant que les moyens de communication permettent aussi de rester en étroite relation avec les pays d’origine.
    Je suis intimement persuadé que le plan de Dieu s’accomplit. Je pense que nous, chrétiens, il nous appartient de prier été d’œuvrer pour l’évangélisation des populations nouvellement arrivées. Qui sait si Dieu ne nous les a pas envoyés pour cela et qui sait si demain l’Eglise de France ne sera pas majoritairement composée d’algeriens, de tunisiens, de marocains, de maliens, d’ivoiriens, etc… ?

    • Bonjour Papysaxo, et merci pour l’intervention. J’aimerais tellement être pessimiste ;)! Malheureusement, j’ai peur d’être simplement spirituellement réaliste, non sur la base des évènements ou des circonstances, mais sur la base de la prophétie des temps de la fin. D’où une certaine récurrence des thèmes que je traite.

      Le grand remplacement est un leurre éclairé, en fonction de l’angle où on le considère. On peut comprendre les gens (les chrétiens) qui, prêtant une oreille complaisante à certaines prospectives pseudo-prophétiques, estiment voir ces dernières confirmées par les flux migratoires, ou l’augmentation des réfugiés, ou les désordres sociaux dont se rendent coupables des immigrés de première ou deuxième génération. On rejoint ici le sujet de l’emballement des urgences, dont je parle dans un autre article.

      Alors ces mêmes chrétiens vont s’inscrire dans une démarche politique pour aller vers une solution à ce problème, parce qu’on va leur promettre que c’est possible. Le populisme va être le grand acteur des prochaines élections présidentielles. Mais le grand remplacement demeure un leurre, même s’il est éclairé par des faits assez robustes. Le vrai sujet reste (pour les chrétiens) l’apostasie, qui est la vraie cause de l’augmentation des déstabilisations de tous ordres, et le vrai chemin c’est de revenir à l’Eternel de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée. La chose est-elle possible ? Nous avons tous envie de le croire parce que si nous n’espérons plus, nous pensons désespérer. Mais c’est une erreur. Comme disent les platistes : il faut arrêter de croire dans un mensonge confortable, qui ne sert finalement qu’à nous arrimer à une réalité rassurante. Je n’en reviens pas d’avoir écrit cette phrase !
      Le Seigneur revient parce que le mal et la rébellion auront envahi totalement l’âme humaine qui n’appartient pas à Christ. Nous allons donc vers un échec moral inégalé dans l’histoire de l’humanité. C’est probablement ça, le 666.

    • Merci bcp Jérôme pour tes analyses profondes et ô combien intelligentes.
      Sur l’ensemble, je suis d’accord avec toi en tant que chrétien convaincu.
      Tant que le monde continuera de s’éloigner de la vérité Divine incarnée par Christ, l’errance continuera sans fin….

  • Bonsoir Jérôme,

    La première impression ressentie à la lecture de ce post un peu rébarbatif à lire, il faut bien l’avouer, c’est que peut-être vous aussi vous finirez par tomber du côté où vous penchez. De tout temps, les puissants ont dominé sur les faibles, les riches ont exploité les pauvres. Je pense qu’il faut rétablir l’équilibre. Même si tous ces courants soupçonnistes n’existaient pas, notre monde serait tout de même dans pareil état de perte de liberté. Le fonds du problème, c’est comme vous le dites si bien : ”nous assistons mécaniquement, à la montée des relativismes et des progressismes, qui se traduisent par une recherche d’alignement de l’église avec la morale du monde, fondée sur la liberté individuelle : liberté d’expression qui va jusqu’à l’apologie du blasphème, liberté de toutes les préférences sexuelles, liberté de s’affranchir du genre naturel, liberté d’augmenter la nature humaine.” LA LIBERTE SANS DIEU amène toujours à l’ESCLAVAGE. Et comme vous l’expliquez si bien en analysant les caractéristiques et les raisons du succès des complotismes, le monde de liberté sans dominateurs que leurs adeptes revendiquent les amènera finalement dans le même ASSERVISSEMENT auquel ils espéraient échapper car ils ont aussi écarté le DIEU DE LA BIBLE de leur chemin. Les seuls hommes libres, ce sont ceux que Christ a affranchi du péché et du moi et qui acceptent librement de vivre dans une dépendance totale de Dieu.

    Juste une remarque : Vous dites « Ce n’est pas une séparation des églises, mais une séparation du péché. Ce n’est pas de sortir de Babylone, mais de faire sortir Babylone de notre cœur”. Je pense que sortir de ou fuir Babylone c’est aussi ne pas participer à tous les actes de désobéissance envers Dieu et de révolte contre Dieu. Et dans certains cas, il faut sortir des églises qui visiblement ne veulent pas se repentir ou qui enseignent l’évangile du développement de soi par ex et intégrer une église plus fidèle.

    J’aime bien votre conclusion : “les vrais croyants seront au bénéfice de l’énergie de vérité (en opposition à l’énergie d’erreur) qui déploie invariablement sa puissance vers Christ, par Christ, pour Christ, qu’elle s’emploie à révéler .”

    • Merci Lilli pour votre commentaire. Vous avez raison de dire qu’il faut parfois sortir d’une église qui enseigne l’évangile du développement de soi. Ou d’autres choses iniques. Simplement ce que je voulais dire, c’est que l’appel à sortir de Babylone, appliqué à l’église, peut légitimer toutes les contrariétés. Combien de « chrétiens » vont quitter le navire parce qu’ils ont la démangeaison d’entendre des choses agréables ? Ou parce qu’ils sont repris dans leurs péchés ? Alors oui, effectivement, il existe des cas où il faut sortir d’une église. Attention simplement à nos sentiments, qui nous poussent à chercher l’église qui nous correspond, parce que ce n’est pas du tout le but de l’Esprit.
      Sur le sujet ultrasensible de la perte de liberté, ou de la réduction des libertés, vous rappelez justement que ça ne date pas d’aujourd’hui : nous sommes tous liés au péché, et prisonniers de nous-mêmes. Un prisonnier de Christ sera libre partout, en France avec un pass sanitaire ou même en Chine. Tandis que le christianisme mondain fonctionne sur les mêmes réglages et le même tempo que les gens du monde : même indignation, mêmes argumentaires. C’est pathétique.

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