Le post-évangélisme, qu’est-ce que c’est ?

Le Réseau Évangélique Suisse (RES) a pris l’initiative de créer un groupe de travail avec la Haute École de Théologie Protestante (HET Pro), autour du sujet du post-évangélisme, dans le but d’identifier et de mieux comprendre ce nouveau courant.

« Depuis quelques années, nous entendons parler de post-évangélisme. Représente-t-il un « mouvement » unique ou pluriel ? Faut-il le qualifier d’un « renouveau », d’un « reniement » ou d’une « adaptation » de l’évangélisme pour mieux transmettre l’évangile à la société occidentale du 21e siècle ? Qu’est-ce qu’il inclut exactement ? Peut-on le définir ? Quelles personnes s’y retrouvent-elles, explicitement ou implicitement ? »

Pour tenter de comprendre le post-évangélisme, il fallait partir d’un cadre de définition de l’évangélisme classique ; le groupe de travail du RES a proposé 4 axes principaux, sans aller trop loin dans les détails. En résumé, pour les évangéliques :

  1. la conversion est comprise comme une rencontre personnelle avec Dieu à l’initiative de Dieu lui-même ;
  2. la Bible est comprise comme Parole de Dieu entièrement digne de confiance et suprême autorité sur toutes les questions de foi et de vie (inerrance);
  3. la croix, ou la conviction que le sacrifice expiatoire du Christ est ‘l’unique fondement, pleinement suffisant, pour notre rédemption’ ;
  4. l’action, ou, plus précisément, le désir de communiquer sa foi par l’évangélisation et la mission.

Le post-évangélisme se caractérise par une remise en question de certains points fondamentaux, d’une manière plus ou moins prononcée : 

● Relation à l’autorité : 

Les différences concernant le rapport à l’autorité s’expriment autour de trois aspects principaux : les sources de légitimité de l’autorité et sa répartition au sein d’un groupe ; la compréhension de la soumission ainsi que des limites de celle-ci ; le poids et rôle des structures institutionnelles ainsi que des processus de décisions.

● Relation à la vérité : 

Entre autres désillusionnées par les promesses modernes de certitudes sur tous les sujets, de nombreuses personnes désirent donner davantage de poids à l’intériorité et à l’assimilation personnelle de la vérité, doutant que l’approche scientifique et objective de la vérité soit totalement possible. 

● Relation à la Bible : 

Les certitudes, quasi-objectives, caractéristiques de la foi évangélique sont remplacées par un accueil du doute et du questionnement essentiels à la vie de foi authentique. Concrètement, des sous-axes semblent se dessiner autour de : la part de ‘Parole de Dieu’ et ‘Parole des hommes’ dans le texte biblique (et donc la définition de l’inerrance) ; le poids absolu ou relatif donné à certaines parties de la Bible par rapport au tout ; l’interprétation biblique entre littéralisme et allégorisme ; la place donnée à l’écoute du monde dans le processus d’interprétation du texte biblique.

● Relation au péché : 

La compréhension du péché et sa place dans la nature humaine est étroitement liée à la compréhension de notre rapport à l’autorité, à la vérité et à la Bible. De plus, elle impacte directement les dimensions pratiques et éthiques des trois prochains points. (Ajout : la relativisation du péché modifie la compréhension de la séparation d’avec Dieu et donc de la perdition. Une mauvaise compréhension du péché modifiera la compréhension du salut, et le besoin exclusif du sacrifice de Jésus-Christ).

● Relation aux places et rôles des femmes et des hommes 

Un enjeu apparemment récurrent dans les divergences semble être la place et les rôles accordés aux femmes et, par conséquent, aux hommes. Plusieurs sous-dimensions sont souvent entremêlées dans cet axe : le positionnement entre complémentarisme et égalitarisme ; les rôles respectifs de la ‘nature’ et de la ‘culture’ dans la définition des hommes et des femmes ; l’accent mis sur les similitudes entre femmes et hommes (tous les deux sont humains avant tout et peuvent exprimer l’ensemble des traits de personnalité humains), respectivement sur les différences (insistant souvent sur l’existence de certains traits uniquement masculins hommes, respectivement uniquement féminins – et, par voie de conséquence, l’attribution réservée de certains rôles aux hommes, respectivement aux femmes).

● Relation à l’homosexualité et aux questions de genre : 

Les différences de positionnement éthique se combinent ici avec des divergences quant à l’herméneutique biblique et à la compréhension du péché et de ses implications pour la vie personnelle. Finalement, plusieurs débats tournent autour des définitions de l’identité (notamment identité de genre) : Qui a le droit et les compétences pour la définir, sur la base de quels facteurs ? Quelle est la liberté individuelle dans ces choix ?

● Relation au monde ‘hors de l’Église’ :

 « Dans le monde mais pas du monde ». Fondamentalement, il existe dans l’évangélisme une compréhension dichotomique, dans laquelle le monde n’a rien à apporter à l’Église (voire serait dangereux) qui s’oppose à une approche de dialogue dans laquelle le chrétien peut interagir avec le monde (pas seulement l’évangéliser), l’influencer, et même se laisser interpeller par lui et apprendre de lui. Avec trois conséquences : l’orientation sociale, qui va du retrait à l’adhésion ; l’attitude critique, qui va de l’antagonisme à la coopération ; la stratégie d’action, qui s’étend de la passivité à la transformation. 

Sans surprise, le post-évangélisme peut être défini par le dépassement de l’un ou plusieurs de ces éléments.

Retrouvez le compte rendu complet (édifiant) ici

Commentaire du Sarment

La question de la redéfinition du cadre évangélique dans le but d’adapter l’évangile à la transformation du monde est récurrente, et un parallèle peut être établi avec certains épisodes de la vie d’Israël. Les générations se succèdent, s’éloignent de ce qui a été révélé, puis reviennent, puis s’éloignent … et Dieu se révèle comme Celui qui est immuable, en qui il n’y a pas d’ombre de variation … pas un seul trait de lettre de la loi ne passera. On comprend pourquoi les tables de la loi ont été gravées dans la pierre… Les hommes essayeront de remodeler les choses à leur image, mais il faudra revenir à l’original. L’adaptation culturelle, la recherche de la nouveauté, la provocation (l’église disruptive), le révisionnisme, sont les signes distinctifs du début de l’apostasie. 

Les prophètes de l’Éternel ramènent toujours le peuple à la révélation initiale, ils ne se distinguent jamais en apportant une nouvelle manière de voir Dieu, de comprendre les Écritures. Ils ne défient pas les concepts anciens, ils ne challengent pas la vérité. Les prophètes de l’Éternel ramènent le cœur des enfants (les héritiers) à leur Père. 

Le sujet spirituel de l’héritage est très présent dans les Écritures. Quand le roi Achab convoite la vigne de Naboth, celui-ci lui répond : « Que l’Éternel me garde de te céder l’héritage de mes pères » (1 Rois 21/3). De même, on découvre dans le livre de Ruth, l’erreur spirituelle d’Elimelek, le mari de Naomi, d’abandonner son héritage pour essayer de survivre dans un autre pays, ce qui provoquera la ruine de sa famille. 

Il peut arriver que les conditions deviennent très difficiles, et qu’on soit tenté de brader un héritage pour lequel nos pères dans la foi ont combattu, et ont parfois accepté le sacrifice de leur vie. S’ils l’ont fait, c’est parce qu’ils évoluaient dans un contexte de guerre spirituelle et parce qu’ils connaissaient l’Éternel. La suite nous la connaissons : « Les temps difficiles produisent des hommes forts. Les hommes forts produisent des temps de paix. Puis les temps de paix produisent des hommes faibles. Et les hommes faibles créent des temps difficiles ».

Le Post-évangélisme est un dévoiement de la vérité, un affaiblissement de son autorité, un adultère parce que l’épouse réservée de Christ viole l’alliance de l’exclusive consécration à son fiancé et tout ça ne peut finir quand dans une forme de prostitution spirituelle. Les théologiens et les réseaux évangéliques ne peuvent pas le dire, parce qu’ils recherchent la paix et l’unité, ce qui est parfaitement biblique. Mais la contestation de l’autorité des Écritures, la négation de son autorité (par des chrétiens), doit être reprise et condamnée. Cela aussi, c’est biblique. 

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JérômePrekel2026©www.lesarment.com

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