À propos de l’enlèvement, et de la grande tribulation

Nouvel article.

L’enlèvement de l’Église fait partie des enseignements importants de l’eschatologie chrétienne (= qui concerne la fin des temps), particulièrement dans les courants évangéliques. C’est également un sujet sensible sur lequel les sectes millénaristes parfois se focalisent, et autour duquel peuvent se nouer des drames terribles, comme récemment au Kenya[1].

L’enseignement biblique se fonde sur deux textes explicites du Nouveau Testament :

« Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d’après la parole du Seigneur : nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles » (1 Thessaloniciens 4/13 à 18).

« Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’oeil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés » (1 Corinthiens 15/51, 52).

La chronologie de la doctrine telle qu’elle est enseignée

1. Les croyants vivants et morts sont enlevés.

2. Ensuite commence la Grande Tribulation sur Terre : une période de sept ans marqués par des jugements qui produisent des bouleversements et des souffrances (certaines interprétations situent l’enlèvement pendant ou après la période de sept ans).

3. Ensuite vient la Seconde Venue du Christ, lorsqu’il revient sur la Terre avec ses saints pour établir son règne.

La réflexion du présent article va remettre en question le point 1, notamment le manque de nuance de son affirmation initiale : « tous les croyants vivants seront enlevés ».

Qui est concerné ? Qui sera impliqué ?

Quand on considère la grande famille des chrétiens, on la voit composée de diverses dénominations, elles-mêmes traversées par divers courants, qui partagent un certain nombre d’articles de foi, mais aussi pas mal de divergences d’interprétation au plan théologique. Et malgré les efforts déployés pour travailler à l’unité des croyants, on déplore beaucoup de divisions qui empêchent de satisfaire à la prière de Jésus : « je prie … afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17/20). Les écueils sont nombreux, à commencer par la tendance de l’Homme a se considérer comme la mesure de toute chose, ce qui le pousse à plutôt créer un nouveau mouvement, que de s’associer à ce qui est existant. Autre écueil, celui qui consiste à se contenter d’une unité de façade — qui peut contenir de profondes divisions. Autre écueil encore : celui d’établir l’unité comme une règle, une loi, une contrainte, ce qui provoque une confusion entre l’unité et l’uniformité.

L’espérance biblique existe pourtant, rendue possible par le témoignage donné par l’église de la première foi : « La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un coeur et qu’une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux » (Actes 4/32). Bien évidemment, ils ne sont pas parvenus à cet état pur en annulant le principe de propriété et en instaurant un partage « réglementaire », ce qui ne mènerait pas très loin. 

Ce qui fait la grande différence entre l’église de la première foi et toutes les autres, c’est que ses membres avaient déjà un pied dans le ciel : ils croyaient vraiment qu’ils allaient voir, de leur vivant, le second avènement du Seigneur Jésus-Christ. L’idée transparaît dans le passage cité de la lettre aux Thessaloniciens : « nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts ». C’est ce sentiment prophétique sur lequel se fondait leur vision de l’Église, ce qui peut expliquer le zèle de cette communauté naissante. Ils faisaient UN avec le Seigneur ; et s’ils faisaient UN avec lui, alors ils étaient également, ensemble, un seul cœur et une seule âme : cela rejoint le sens de la révélation du Corps, dont Christ est la tête et dont nous sommes les membres (1 Cor. 12/27). 

De la différence entre l’Église et l’Épouse, dans la perspective de l’enlèvement

Il y a un enjeu extrêmement grand à accepter (ou refuser) la différence que font les Écritures entre l’Église et l’Épouse. Entre la foule des croyants et le groupe des disciples. Et parmi ces derniers, entre ceux qui vont cheminer un temps avec le Seigneur, et se détourner de lui (Jean 6/66) tandis que d’autres vont le suivre jusqu’au bout.

Cette idée d’un bon commencement, et d’une fin incertaine, voire de l’échec, parcourt les Écritures et impose une réalité spirituelle parfois dramatique : il y a des pleurs et des grincements de dents pour des croyants (par ex. la parabole des talents ou celle du repas des noces), ce qui signifie qu’une partie des conviés « n’en étaient pas dignes » (Matthieu 22/8).

Sur le plan prophétique, qui peut raisonnablement contester qu’il a existé (et qu’il existe encore) un christianisme corrompu ? De même, preuve est faite que parmi le grand corps des croyants du temps de Jésus, une bonne part a rejeté le Messie, en pensant rendre un service à Dieu. On peut évoluer dans une foi sincère et se tromper totalement, comme c’était le cas du pharisien Saül de Tarse. Être dans ce type d’erreur ne me semble pas compatible avec le profil d’une épouse de Christ sans tache ni ride, et donc avec l’enlèvement.

Pourquoi serait-il si difficile de concevoir que si le Seigneur revenait aujourd’hui pour juger les vivants et les morts, une partie du christianisme serait condamnée avec le monde, parce que le nom de Jésus est employé à tort et à travers, et qu’il est même blasphémé par les nations à causes des œuvres – des crimes – commis par certains de ceux qui sont sensés le représenter ?

C’est seulement à cause d’une confusion entre la crédulité et la foi que certains croyants attendent la réalisation de la promesse de l’enlèvement, persuadés que le Seigneur vient chercher « toute l’Église ».

Un indice révélateur important : les profils des croyants précédemment enlevés 

Que nous disent les exemples de personnes enlevées : Henoch le septième, Elie le prophète, et Jésus le Messie ? Et quels sont leurs dénominateurs communs ? 

Ce sont des hommes qui ont tout donné, et tout abandonné ; qui se sont entièrement livrés à la volonté de Dieu et qui ont connu la souffrance et le rejet lié à leur obéissance sans compromis. 

L’histoire du patriarche Hénoch, dont on ne sait presque rien, explique simplement que l’homme marcha avec Dieu au point de recevoir le témoignage céleste « qu’il était agréable à Dieu » (Heb. 11/5), tout comme Jésus reçut lui aussi un témoignage céleste au moment de son baptême « Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection » (Matthieu 3/18) ainsi que sur le Thabor (Matthieu 17/5). 

Recevoir le témoignage de Dieu, c’est quelque chose de beaucoup plus grand qu’une émotion. C’est une confirmation aussi forte que recevoir le feu du ciel sur son sacrifice. Et dans la nouvelle alliance, il se traduit par le baptême de l’Esprit — dans le sens biblique du terme, et non dans son sens évangélique commun. En clair, cela signifie que le baptême de l’Esprit est donné pour que Christ soit formé dans le cœur (Gal. 4), c’est-à-dire pour que le croyant se transforme jusqu’au caractère de Christ, et non pas seulement pour assumer quelques fonctions, ou pour le plaisir de partager l’onction. Le témoignage de Dieu est tombé sur eux, et leurs œuvres les suivent.

La doctrine de l’enlèvement ne s’explique pas par elle-même, mais elle s’explique par les Écritures. Elle n’est pas porteuse d’un sens particulier, mais d’un sens général. Elle est une question personnelle, parce que du temps d’Élie, Dieu a dit qu’il restait 7000 hommes qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal, cependant un seul fut enlevé.

La doctrine de l’enlèvement ne peut pas y associer tous les croyants, parce qu’il y a une question de maturité de la foi et de sanctification qui est un facteur déterminant, par exemple au travers de l’expérimentation du sacrifice de soi-même — ce que dit Jésus : « De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna, et leur dit: Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple »(Luc 14/25 à 27). 

Sur la question de l’enlèvement avant la tribulation

L’étude des prophéties relatives à la fin des temps explique que la tribulation est une période de jugements, ceux de la colère de Dieu. Et la doctrine de l’enlèvement avant la grande tribulation, justifie son interprétation par le fait que les croyants du moment ne peuvent pas être concernés par cette phase, puisque la colère de Dieu est tombée sur Christ pour eux (à leur place). Ainsi comprennent-ils ces versets : 

« Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Esaïe 53/5) et aussi : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère » (Romains 5/8 et 9). 

Mais il est malheureusement possible que Dieu décide que la tribulation doive être traversée par l’Épouse, à cause de deux exemples bibliques qui font sens, parce qu’ils s’inscrivent dans le cadre d’un jugement divin.

Lors du Déluge par exemple, préfiguration d’un jugement universel, huit personnes seulement ont été conduites non pas à éviter cette épreuve, mais à la traverser. Et il y a avait une nouvelle dispensation qui attendait, comme c’est également le cas pour les,jugements de la fin. La configuration spirituelle de l’enlèvement est très proche : nous avons aussi la disproportion entre les sauvés et les perdus, et le fait que les sauvés forment une seule famille. Dieu n’a pas épargné l’ancien monde, mais il avait besoin de témoins de sa fidélité.

Ailleurs dans l’Ancien Testament, le peuple d’Israël a connu plusieurs périodes de jugements divins, dont deux qui ont été vécues comme des fins du monde, matérialisées à chaque fois par la chute de Jérusalem, le pillage et la destruction du temple, et de la ville. Et nous pouvons considérer qu’elles nous ont été rapportées pour nous servir d’exemples, et nous avertir pour des temps semblables à venir.

Au moment de la première chute en -586, nous trouvons ce peuple de Dieu avec son temple, ses sacrifices, son culte, ses prêtres, etc. Mais qui n’avait plus que les formes extérieures de la foi, au milieu duquel se trouvait Jérémie, représentant un type de cette épouse sans tache ni ride. Et il n’était certainement pas seul : il y avait certainement un petit groupe de croyants authentiques, perdus au milieu d’un grand nombre : toujours cette même disproportion et disparité des croyants. Et que voyons-nous ? Dieu aurait pu conduire Jérémie et ses amis ailleurs, et laisser la colère tomber sur les apostats. Mais il avait besoin de son prophète dans ce moment crucial. Il fallait qu’il soit là, pour être la voix de l’Esprit au milieu de cette génération. Au milieu des doutes et de la souffrance. Et eux, lui ont fait comme ils ont voulu. Ils l’ont persécuté. Et ce temps a servi à quelque chose, ne serait-ce que pour préparer « ce poids éternel de gloire » dont parle 2 Corinthiens 4/17.

Ces analogies du Déluge, de la chute de Jérusalem, sont des lumières du passé qui éclairent l’avenir. Dieu ne fera rien de nouveau, ni rien de différent, car tout est déjà accompli. Toutes les doctrines bibliques sont cohérentes ensemble et représentent un tout. Et nous avons besoin d’une vision large mais également profonde pour comprendre le plan divin, à une heure où, malheureusement, les sujets sont traités avec de moins en moins de nuances, et avec de plus en plus de superficialité. Ce sont des plaies de la fin, et il ne fait pas de doute que l’Épouse ne tombera pas dans ces pièges grossiers, qui pourtant font et feront encore beaucoup de victimes.

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[1] Le pasteur autoproclamé de l’Église internationale de la bonne nouvelle, au Kenya, Paul Nthenge Mackenzie, a annoncé la date de l’enlèvement et poussé les membres de sa congrégation à une jeûne de préparation, dont l’issue a été fatale pour près de 450 personnes, dont 190 enfants.

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